Rapport de jury 2002

Prix de La main à la pâte 2002 décernés sous l'égide de l'Académie des sciences

Rapport de jury

Cette année, 33 dossiers ont été reçus, émanant d’une classe, d’un groupe de classes ou d’écoles. 4 de ces dossiers sont présentés par des écoles maternelles, 4 autres par des écoles comportant des classes de maternelles dont certaines se sont impliquées dans le projet.
Trois lauréats des prix 2001, et un lauréat des prix 1998 se sont de nouveau porté candidats cette année.
Au total, ces candidatures représentent l’implication de 87 enseignants et 1651 élèves, auxquels s’ajoutent 5 candidatures aux effectifs non précisés.

Sous la présidence de Georges Charpak, le jury, composé de 10 personnalités des mondes scientifique et éducatif, s’est réuni le 18 septembre 2002.

9 candidatures ont été jugées excellentes ; les 8 nouveaux lauréats recevront un prix de La main à la pâte d’un montant de 460 euros. En raison de sa grande qualité, 1 dossier proposé par une enseignante déjà récompensée en 2001 au sein d’une candidature collective se verra également citer au palmarès et recevra un prix d’un montant de 300 euros.
Par ailleurs, les dossiers non primés se répartissent ainsi: 3 dossiers ont été jugés très bons, 14 bons, et 7 insuffisants.

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Le jury rappelle que, si la conformité des activités réalisées en classe aux six premiers principes de La main à la pâte reste évidemment un critère déterminant dans l’attribution des prix, faire ne suffit pas: il faut également faire savoir ce que l’on a fait. Il convient en effet de souligner que les rapporteurs des dossiers, pour évaluer le travail effectué, doivent tout d’abord en prendre connaissance et, pour ce faire, ne pas se contenter de déclarations d’intention, aussi louables soient-elle: il leur faut juger sur pièces. Lorsque ces dernières sont, quantitativement ou qualitativement, insuffisantes, c’est l’ensemble du projet qui, laissant le lecteur face à ses interrogations, s’en trouve pénalisé. On ne saurait donc trop insister sur la nécessité, pour les candidats, de respecter l’appel à candidatures. Grâce à des documents assez nombreux, explicites, diversifiés, titrés, voire commentés, le lecteur doit pouvoir comprendre, par exemple, la nature du questionnement initial et des conceptions spontanées des élèves, suivre la progression des activités, mais aussi discriminer le travail du maître et celui des élèves, les consignes ou les interventions de l’un comme les initiatives ou les propositions des autres.

Ont donc été écartés les dossiers qu’une information trop sommaire ne permettait pas d’apprécier valablement, ainsi que ceux dans lesquels prédominaient

- des activités dirigées – parfois exclusivement ludiques – dans lesquelles les enfants exécutent les consignes du maître ou… d’une fiche pédagogique;
- un modèle transmissif d’acquisition des connaissances;
- voire l’empilement de données documentaires.

Constatant par ailleurs la réduction du nombre de candidatures, le jury remarque que, si la moisson 2002 comporte un nombre significatif de dossiers dont les qualités sont indiscutables, l’originalité des thèmes abordés, la part de l’innovation et de l’imagination dans les démarches adoptées ont toutefois tendance à marquer le pas.
Cet infléchissement résulte sans doute, note-t-il, de l’extension même de l’opération. La croissance du nombre de visites sur les sites Internet national ou départementaux de La main à la pâte, l’emprunt aux modules insight, le développement de l’offre et de la diffusion de produits pédagogiques labellisés, qui constituent autant de dispositifs de soutien et d’aides des enseignants, ont inévitablement pour effet de canaliser les énergies vers des projets «types».

Il reste que les prix de La main à la pâte ont pour vocation non de donner une prime aux réalisations spectaculaires, mais de récompenser la mise en œuvre exemplaire de démarches pédagogiques du type de celles que l’opération La main à la pâte s’efforce de promouvoir, ainsi que sa mise en relation avec l’ensemble des 10 principes. Il s’agit d’encourager la qualité des pratiques permettant aux enfants de s’approprier progressivement une véritable démarche scientifique, pratiques dont les dossiers rendent effectivement compte.

Le jury a donc retenu dans le palmarès final les candidatures qui ont efficacement œuvré dans ce sens, contribuant notamment à

- ménager le tâtonnement des élèves et le cheminement autonome de la réflexion et de la discussion plutôt que de privilégier des résultats positifs, des conclusions «conformes»; la «bonne manip», de ce point de vue, peut parfois être celle qui, débouchant sur des contradictions, suscite de nouvelles interrogations puis de nouvelles explorations;
- rechercher l’arbitrage des faits expérimentaux. C’est en cela – et non en faisant voter les élèves sur ce qu’ils «croient» être la bonne explication du phénomène observé – que la science peut être citoyenne…
- s’appuyer sur les erreurs commises pour provoquer des retours critiques et argumentés sur la démarche suivie, sur les expérimentations dans lesquelles les différents paramètres ont pu ne pas être suffisamment identifiés ou isolés.

Par nature, et comme toute compétition, les prix de La main à la pâte désignent des «gagnants» et des «perdants». Qu’on ne s’y trompe pas cependant: cette manifestation a d’abord pour vocation de faire avancer la cause d’un enseignement des sciences rénové. S’il est vrai que l’on apprend la marche en marchant, le jury ne peut que saluer les efforts de tous ceux qui, lauréats ou non, participent à cette dynamique et contribuent à la développer.
Cette année encore, dans la mesure du possible, le site Internet de La main à la pâte s’efforcera de valoriser les réalisations inventives et de qualité – primées ou non – et de favoriser leur mutualisation parmi les enseignants.

Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY
25 septembre 2002