Rapport de jury 2007


Prix de La main à la pâte 2007 décernés sous l'égide de l'Académie des sciences

Rapport de jury

Alors que le rapport du jury 2006 faisait état avec satisfaction d'une nette remontée du nombre des candidatures, peut-être imputable, observions-nous, à la publication de l'appel à candidatures au Bulletin officiel de l'Éducation nationale (BO), l'année 2007 enregistre un effondrement préoccupant du nombre de dossiers reçus : 18 dossiers – provenant tous d'établissements français de l'Hexagone – sont parvenus à l'Académie, dont deux ont été envoyés par des lauréates déjà primées à deux reprises.
Faut-il, paradoxalement, imputer cette chute à la même publication au BO et l'interpréter comme une source de malentendu, laissant croire à certains des candidats potentiels que l'opération était davantage le fait de l'Éducation nationale que de La main à la pâte ? Faut-il incriminer les modifications du règlement, fermant la compétition à des groupes de classes d'un effectif supérieur à 90 élèves et semblant peut-être, de ce fait, encourager moins activement la conduite de projets collectifs ? Les problèmes techniques que le site Internet de La main à la pâte a rencontrés cette année et la baisse de fréquentation du site qu'ils ont de fait entraînée ont-ils réduit la visibilité de l'opération ?

Faute de disposer d'un indicateur fiable pour répondre à ces questions, nous en sommes réduits aux conjectures : peut-être s'agit-il là d'une réalité ponctuelle ; peut-être au contraire assiste-t-on à une tendance que l'européanisation de La main à la pâte, avec la mise en place puis le développement prévisible du projet Pollen, ne peut que renforcer : pourquoi en effet requérir de l'Académie des sciences qu'elle valide des activités entreprises, par ailleurs, sous les auspices d'un projet d'enseignement des sciences labellisé au niveau européen ?
Quoi qu'il en soit, la question du maintien ou de l'abandon de cette compétition est désormais à l'ordre du jour.

Le jury des prix de La main à la pâte, « Écoles primaires », s'est réuni le mercredi 12 septembre sous la présidence de Georges Charpak. Il a examiné 16 dossiers ; deux candidatures ont en effet été éliminées d'emblée de la compétition en raison de leur pauvreté : le descriptif très sommaire des activités menées par les élèves, l'absence ou la rareté de documents papier qui puissent en rendre compte ne sauraient être corrigés par l'envoi d'un cédérom, comme le précise dans les termes les plus explicites l'appel à candidatures.

Le jury a décidé de distinguer au total 7 dossiers : 5 premiers prix ex æquo d'un montant respectif de 600 € pour les nouveaux lauréats et de 500 € pour les lauréats déjà primés dans le passé et deux seconds prix ex æquo, d'un montant de 300 €. Cette décision obéit à des principes différents de ceux qui ont guidé la répartition des fonds en 2006. Le jury, récompensant de fait un plus petit nombre de dossiers que l'année dernière, a de surcroît considéré qu'il était d'autant plus juste de distribuer une récompense pécuniaire aux lauréates déjà primées (en 2005 et 2006 pour l'une, 2001 et 2006 pour l'autre) qu'elles ont concouru en 2007 de façon a priori parfaitement désintéressée : l'application, cette année, des mêmes principes que l'année dernière aurait dû, en toute logique, conduire à ne leur décerner qu'une distinction exclusivement honorifique.

Comme les autres années, tous les dossiers qui ont paru dignes de figurer dans le palmarès ont été retenus, mais le jury a tenu à distinguer des premiers et des seconds prix.
Les dossiers de la première catégorie ont été jugés excellents dans leur intégralité ; dans la mesure du possible, techniquement parlant, c'est d'ailleurs intégralement qu'ils seront mis en ligne sur le site Internet de La main à la pâte. Les dossiers de la seconde catégorie, en dépit de leurs qualités, ont été jugés plus inégaux.

Au total, ces prix récompensent le travail de 122 élèves d'écoles élémentaires, répartis dans 6 classes, et de 66 élèves de maternelle, répartis dans 3 classes.

C'est, cette année encore, la qualité intrinsèque des activités scientifiques menées par les élèves encadrés par leurs maîtres, et la démarche d'investigation adoptée qui l'a emporté sur d'autres considérations, au nombre desquelles on mentionnera l'intérêt très significatif que présente, pour l'intégration des élèves, la démarche préconisée par La main à la pâte. En témoigne la présence, dans l'ensemble de la moisson 2007, d'un dossier réalisé par une classe d'initiation au français et de deux projets présentés par des classes d'enfants handicapés dont l'un figure dans le palmarès final. Même si ce sont les activités scientifiques expérimentales et la pédagogie mise en œuvre qui ont emporté son adhésion, le jury n'a pu manquer d'être sensible au souci des enseignants d'assurer l'égalité de tous les élèves engagés dans l'aventure – qu'ils soient ou non handicapés – et, en particulier, la participation active et épanouissante des élèves de l'Institut médico-spécialisé. Aussi a-t-il souligné qu'une place pourrait être opportunément réservée sur le site à cette thématique de l'intégration, par La main à la pâte, des enfants souffrant momentanément ou durablement de problèmes de santé, car la curiosité, que l'activité scientifique stimule, constitue pour eux un indéniable ferment de progression.

Au nombre des maladresses ou des insuffisances relevées par les rapporteurs, on notera le choix de ne présenter des extraits du cahier d'expériences ou autres traces écrites que d'un seul élève, ou d'un seul niveau de la classe – quand celle-ci en comprend plusieurs – (sur la représentativité duquel le jury s'est évidemment interrogé) ; une énumération des activités qui ne fait pas apparaître ce qui les lie les unes aux autres et explique la cohérence du travail entrepris ; une démarche pédagogique interrompue après la phase d'observation – parfois fort bien menée, mais non suivie de questions et d'investigations permettant de leur apporter des réponses ; des activités plus ludiques que scientifiquement construites.
 
Les appréciations positives touchent sans doute à la nature et à la conduite des activités, mais également à la restitution, dans le dossier présenté, du travail accompli.
Comme lors des années précédentes, le jury a apprécié l'interdisciplinarité, la mise en place de partenariats, le souci de définir des objectifs clairs et compréhensibles par les élèves sans que la directivité ou les consignes du maître ne fassent obstacle à leur réflexion et à leur imagination, une progression attentive à favoriser une démarche de recherche et des expérimentations lorsqu'elles sont possibles.
La clarté de la présentation et le choix des documents illustrant le travail mené par les élèves, individuellement et collectivement, rendant compte de leur cheminement, de leurs tâtonnements, de leurs erreurs et des solutions imaginées pour y remédier sont autant d'atouts dont le jury a tenu compte.
Le jury rappelle, encore une fois, que l'appel à candidatures énonce toutes les consignes qu'il convient de respecter pour que les enseignants présentent un dossier de nature à lui permettre d'évaluer, en connaissance de cause, ce qui a été fait par les élèves en cours d'apprentissage.

Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY
13 septembre 2007


Prix « mémoires professionnels » de La main à la pâte 2007 décernés sous l'égide de l'Académie des sciences

Rapport de jury

Cette année, 16 dossiers seulement ont été présentés dans la compétition, représentant la candidature de 20 professeurs des écoles stagiaires – Les mémoires peuvent en effet faire l'objet d'un travail collectif – répartis, comme l'an passé, dans 11 académies (sur la trentaine que compte notre pays) et encadrés par 14 formateurs, professeurs en IUFM. Ces chiffres, qui enregistrent, encore une fois, une baisse des candidatures par rapport à l'année 2006, témoignent aussi de la même concentration des établissements et des enseignants qui participent à l'opération que l'année dernière…

Sous la présidence d'Yves MEYER, le jury s'est réuni le 26 septembre 2007. Il a décidé de décerner deux prix ex æquo et d'accorder deux mentions au palmarès à deux autres dossiers.

Le jury a noté avec satisfaction la présence, dans la moisson 2007, de plusieurs très bons dossiers parmi lesquels il n'a pas été facile de trancher. Aussi tient-il à relever les qualités auxquelles il a été sensible, même si tous les mémoires concernés ne figurent pas au palmarès.

Il a ainsi apprécié des démarches simples, sans prétention, au plus près de ce qui se passe dans la classe, témoignant d'une progression de l'enseignant entre le début et la fin de son stage (ou de son mémoire). Dans bien des cas, des interrogations sincères, des observations attentives et régulières ont permis au professeur stagiaire une maturation que le jury ne peut que saluer, d'autant plus chaleureusement que le mémoire, clairement rédigé (et exempt de fautes d'orthographe), permet d'en rendre compte. Restituer les difficultés rencontrées, les maladresses que l'on n'a pas su éviter, les solutions adoptées, ou seulement testées, n'est pas un exercice facile. Quand, de surcroît, il s'appuie sur des documents judicieusement choisis et commentés, il est parfaitement réussi et prend tout son sens dans la formation du futur enseignant.

Davantage que l'originalité, le jury a apprécié des mémoires « honnêtes », bien centrés sur le sujet (que le titre doit annoncer synthétiquement), bien adaptés au niveau des élèves, qui décrivent les pratiques de la classe, permettent de saisir la dynamique engagée et instruisent la réflexion. À l'inverse, des énumérations de situations pédagogiques rapidement évoquées, où n'apparaissent ni travaux d'élèves ni cahiers d'expériences, où le maître ne rend compte que de son travail au risque de transformer la démarche d'investigation en application de ses directives, n'ont pu que susciter ses réserves ; c'est aussi le cas des emprunts très nombreux aux ressources du site Internet de La main à la pâte quand l'enseignant, exécutant docile, ne fait preuve d'aucune initiative personnelle.

Le jury a souligné par ailleurs que la bibliographie de référence ne devait pas seulement être exploitée, c'est-à-dire permettre d'étayer et d'enrichir les analyses proposées par le recours critique à des remarques ou à des citations extraites des ouvrages qui la constituent. Elle doit être établie en fonction du thème étudié : ce qui semble aller de soi exige pourtant, de la part du (de la) candidat(e) un travail de sélection sans complaisance. Le jury rappelle qu'il ne mesure pas la culture des stagiaires, mais l'interactivité avec les élèves, que les lectures doivent, autant que possible, stimuler et aider à déchiffrer. La bibliographie doit aussi faire état des publications récentes, susceptibles d'apporter des éclairages nouveaux : mieux vaut une bibliographie à jour et utilisée à bon escient, même si elle est courte, qu'un catalogue de références mal ciblées. De même, les annexes jointes au mémoire n'ont de sens que dans la mesure où elles apportent des informations complémentaires, même si ces dernières sont moins déterminantes que les documents présentés au sein même du mémoire pour en fonder le propos. Le jury – faut-il le préciser ? – ne juge pas « au poids ».
 
S'il est parfaitement admis que les élèves puissent parvenir à des conclusions erronées, le jury attend en revanche de l'auteur du mémoire qu'il soit à tout le moins conscient des erreurs commises, qu'il les relève explicitement – voire les corrige – et qu'il s'efforce d'en donner une explication, à partir par exemple du raisonnement suivi par les élèves, des approximations observées, des manipulations ou expérimentations entreprises.

Enfin, le jury a favorablement évalué les mémoires dans lesquels la méthodologie suivie était susceptible d'être reproduite par d'autres maîtres dans d'autres situations, faisant ainsi, du mémoire individuel, un outil pour la formation de beaucoup.

Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY
12 octobre 2007


Prix « CAFIPEMF » de La main à la pâte 2007 décernés sous l'égide de l'Académie des sciences

Le jury des prix CAFIPEMF, créés en 2007 sous l'égide de l'Académie des sciences, a reçu 14 mémoires, rédigés et soutenus avec succès, lors des cinq dernières années – conformément à l'appel à candidature – par des enseignants aspirant aux fonctions d'instituteur ou de professeur des écoles maître formateur.

Sous la présidence du professeur Yves Meyer, membre de l'Académie des sciences, le jury s'est réuni le 26 septembre dernier et a examiné attentivement ces 14 dossiers. Il a résolu de ne pas décerner de prix cette année.

Il est en effet apparu qu'aucun des dossiers en lice, quelle que soit sa qualité intrinsèque, ne correspondait aux termes de l'appel à candidatures, qui limite la compétition à des mémoires touchant à l'enseignement des sciences et apportant dans ce domaine un point de vue expérimenté, nouveau et original. S'attendant à l'application des principes que préconise La main à la pâte, le jury espérait qu'ils seraient enrichis ; dans des démarches d'investigation bien menées, il aurait apprécié que s'ouvrent des perspectives inédites. Son ambition, de ce point de vue, a été déçue.
 
La lecture critique des mémoires a permis, par ailleurs, de mettre en relief un certain nombre de critères d'évaluation, portés infra à la connaissance des futurs candidats ; les rapporteurs ont pu, par exemple, déplorer des plans parfois mal équilibrés ; des considérations théoriques sans rapport avec le thème du mémoire, les interrogations du (de la) candidat(e), les pratiques de classe décrites ; des affirmations qui, faute d'être étayées par les données décrites (pas toujours assez précises, ni présentées en quantité suffisante), semblent plaquées ou arbitraires ; des bibliographies mal ou non exploitées. On y ajoutera cependant deux observations : les activité faisant l'objet du mémoire – et de son rédacteur qui est aussi un praticien – doivent être adaptées à la classe concernée, i.e. à l'âge et au niveau des élèves. D'autre part, leur durée (d'une à plusieurs semaines) doit être congruente au sujet étudié.

Au-delà de ces observations somme toute « techniques », le jury a souligné que le mémoire se voit affecté, dans la compétition des prix, d'une finalité à la fois différente de celle que lui assigne la structure de l'examen, et nettement plus ambitieuse : dans la certification professionnelle, il ne vaut que pour une seule des trois épreuves (pratique de classe, critique d'une séquence ou conférence pédagogique, soutenance du mémoire), sans d'ailleurs y occuper de place privilégiée, la soutenance (qui contribue à en corriger certains défauts, à en éclairer ou en défendre des aspects éventuellement discutables) étant déterminante. Aussi les enseignants les plus motivés par les activités scientifiques – et bénéficiant probablement d'une expérience plus étendue dans ce domaine – se trouvent-ils de fait encouragés à les choisir pour l'épreuve pratique, ce qui leur interdit, au regard des textes administratifs, d'y revenir dans le mémoire.

Fort de l'expérience des prix « Mémoires professionnels » qui permet de garder confiance dans la capacité des maîtres de mener, en matière scientifique, des activités pédagogiques de grande qualité et d'en témoigner dans un mémoire, le jury a considéré que l'opération 2007 n'avait sans doute pas été suffisamment préparée pour recueillir un nombre suffisant de candidatures valables. Il a donc résolu de reconduire la compétition non pas en 2009, comme cela était initialement prévu, mais dès l'année prochaine, tout en recommandant de recourir, dans les départements et les académies, à un réseau de personnes-relais susceptibles de mieux diffuser l'information auprès des candidats potentiels et d'en élargir ainsi le vivier. C'est dans ces conditions qu'il espère pouvoir décerner en 2008 un prix bien mérité.

Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY,
10 octobre 2007

***

Critères d'évaluation du PRIX CAFIPEMF

1° maîtrise des compétences disciplinaires et respect des principes de La main à la pâte ;

2° capacité du (de la) candidat(e) à rendre compte, de façon à la fois précise et distanciée, de ses pratiques et de son savoir-faire ; le jury tiendra compte du souci, dont témoignent ces pratiques, de rénover l'enseignement des sciences ;

3° capacité de présenter une problématique, c'est-à-dire de circonscrire une question, de l'organiser en rubriques et en étapes permettant d'apporter une réponse, au moins partielle, à la question posée. L'introduction doit présenter le travail réalisé et le plan suivi, la conclusion, synthétiser les résultats du travail. Le rapport entre l'introduction, la conduite des séquences pédagogiques présentées dans le mémoire et la conclusion doit être clair ;

4° raisonnement argumenté : les affirmations avancées doivent être étayées ; ce qui ne sert pas à la démonstration n'a pas lieu d'être : ainsi, la réflexion théorique, s'il y a lieu, doit être mise au service de la partie dans laquelle le (la) candidat(e) rend compte de son expérience avec les élèves, et les références documentaires ne sont justifiées que si elles éclairent le propos ;

5° qualité des documents pédagogiques présentés à l'appui du mémoire (dans le texte ou en annexe). Ils illustrent la problématique étudiée, sont bien choisis car suffisamment « parlants » pour le lecteur : datés et, le cas échéant, commentés, ils permettent de comprendre une progression ; ils sont assez nombreux et homogènes pour être comparables entre eux ;

6° simplicité et fluidité du propos ;

7° bibliographie bien comprise, c'est-à-dire : suffisamment fournie, sans être surabondante ; mentionnant, en fin de volume, et selon les règles en usage, les ouvrages cités au cours du texte ; exploitée : les références n'ont de sens que si l'auteur puise dans ses lectures matière à réflexion ou à commentaires.