Rapport de jury 2009

PRIX 2009 de La main à la pâte « écoles primaires » décernés sous l'égide de l'Académie des sciences.

Sous la présidence de Jean DALIBARD, membres de l’Académie des sciences, le jury des prix de La main à la pâte, « Écoles primaires » s’est réuni le vendredi 18 septembre 2009. Il a examiné 19 dossiers.

21 dossiers sont en effet parvenus à l’Académie pour l’année scolaire 2008-2009, marquant une remontée significative du nombre de candidatures reçues, qui renouvellent de surcroît le vivier des compétiteurs puisqu’elles émanent toutes, ou presque, de « nouveaux » enseignants.

2 dossiers ont été écartés d’emblée, en raison de l’insuffisance du nombre et de la nature des documents présentés : quelques listes de consignes et de tâches réalisées par les élèves, illustrées de photographies d’enfants au travail, ne permettent d’apprécier ni les interrogations et explications initiales des élèves, ni la démarche qu’ils ont adoptée, ni le temps consacré aux activités scientifiques et la progression suivie, ni les parts respectives de la prescription édictée par le maître (voire de la contrainte qu’il a exercée) et des initiatives prises par les enfants ni, enfin, la substance de ces activités que des résultats, parfois, laissent cependant suggérer.

Rappelons que le jury n’attend pas d’un dossier de candidatures aux prix de La main à la pâte qu’il soit conforme à une fiche pédagogique de préparation de cours : au premier chef, ce dossier doit permettre d’instruire le lecteur de l’itinéraire suivi par les enfants au cours d’un travail scientifique réalisé sous la conduite de leur maître, en accord avec les programmes scolaires, et respectueux d’un « cahier des charges » que résument les dix principes fondateurs de La main à la pâte.

Le jury a décidé de distinguer 9 dossiers, en attribuant 3 premiers prix ex-æquo d’un montant de 500 €, 5 seconds prix ex-æquo d’un montant de 350 €, et une mention spéciale d’un montant de 250 €.

Au total, ces prix récompensent le travail de 11 classes de l’enseignement primaire, dont 6 maternelles, qui ont mis en œuvre des activités scientifiques expérimentales et particulièrement démonstratives de l’esprit et de la démarche préconisés par La main à la pâte.

Le jury, comme chaque année, a fait des choix.

Choix par la négative tout d’abord, en plaçant en deuxième ligne

-  les candidatures de bonne qualité, mais rendant compte d'activités menées sur une période trop courte (3-4 séances par exemple) ;

- les candidatures ne comportant qu'un trop petit nombre de documents émanant des élèves ;

- les dossiers présentant, dans sa chronologie, le travail effectué, sans toutefois rendre compte de moments-clés, de passages charnières : questions que les élèves se sont posées, émissions d'hypothèses, difficultés particulières, interprétation des résultats, réflexion sur les erreurs ..., tous indicateurs qui permettent de discriminer "travaux pratiques" et démarche de recherche ;

- celles qui, de surcroît, ne mentionnait aucun partenariat ni recours à des personnes-ressources extérieures.

Choix positifs, évidemment : le jury a été sensible, notamment, au souci des enseignants, dont le rôle est tout à fait décisif dans le « façonnage » de ces dossiers, de restituer, par le menu, le cheminement des élèves, par exemple en transcrivant leurs discussions et décrivant ce sur quoi elles ont débouché (nouvelles hypothèses, nouvelles expériences, réflexion sur la nécessaire dissociation des variables testées…). Il a apprécié la diversité des activités - et en particulier leur caractère interdisciplinaire - quand elle ne signifiait ni éparpillement ni superficialité. Il a tenu, en particulier, à récompenser l’effort pour allier activités de science et technologie et travail sur la langue, qu’il donne lieu - ou non - à une production littéraire spécifique (carnet de voyage, contes, poèmes…)

Le sens de l’humour, l’originalité, l’ouverture sur la société (les métiers, par exemple), la sensibilisation des élèves à des préoccupations dont ils étaient auparavant éloignés (les aspects écologiques, par exemple) sont, par ailleurs, autant d’atouts que le jury a souhaité récompenser.

En plus de posséder toutes ces qualités ou plusieurs d’entre elles, certains dossiers ont également donné à percevoir le plaisir qu’ont éprouvé les élèves, que cette expérience a manifestement impressionnés.

Donner aux enfants envie d’aller à l’école et de continuer à observer ce qui les entoure au sortir de ses murs : comment mieux convaincre les membres du jury de la qualité du travail entrepris - et mené à bien - qu’en le persuadant, sur pièces, que les élèves se sont approprié des savoirs et des savoir-faire, certes, mais aussi qu’ils ont appris, et sans doute durablement, que l’on peut changer son regard sur le monde.

Béatrice Ajchenbaum-Boffety

28 octobre 2009

NB : Pour homogénéiser le format des dossiers présentés, le jury a résolu de modifier l’appel à candidature, qui spécifiera que les documents envoyés ne devront pas dépasser dorénavant le format A 3.

PRIX 2009 de La main à la pâte « Mémoires professionnels » décernés sous l'égide de l'Académie des sciences.

Le jury des prix « Mémoires professionnels » de La main à la pâte s’est réuni cette année le 24 septembre 2009 sous la présidence du Professeur Yves MEYER. Il a enregistré avec satisfaction une sensible remontée du nombre de candidatures reçues (12) qui ont fait l’objet de délibérations détaillées, en raison de leur richesse. Il a résolu de décerner 2 prix ex-aequo et 1 mention au palmarès.
 
On évoquera principalement ici les éléments non relevés dans les rapports de jury antérieurs, qui, tout en rappelant les critères d’appréciation, énoncent de façon récurrente les écueils qu’il convient d’éviter, les défauts les plus fréquemment relevés, mais aussi les atouts et les mérites qu’il paraît juste de valoriser pour faire progresser la cause de l’enseignement des sciences à l’école et la réflexion qu’elle peut susciter chez de futurs maîtres.
 
Le jury a observé que la moisson 2009 comportait une proportion notable de travaux présentés par des personnalités cultivées et motivées, des candidat(e)s parfois très qualifié(e)s, en-dehors de leur cursus actuel, et qui se passionnent pour l’enseignement, délivrant ainsi un message d’optimisme pour l’avenir. Thèmes et travaux de recherche, pour rester parfois très classiques, sont dans l’ensemble fort intéressants, a noté le jury, et ont donné lieu à de nombreux échanges.
Aussi les remarques qui suivent ont-elles inévitablement tendance à durcir le trait et à mettre en relief des caractéristiques (en particulier critiques) souvent plus diluées dans les mémoires qu’il n’y paraît dans notre formulation.
 
 
Au nombre des défauts, le jury a relevé des descriptions « impressionnistes », peu structurées ou peu outillées, conduisant à des conclusions qui paraissent arbitraires, faute d’avoir été rigoureusement amenées.
Il n’est certes pas facile de doser description et analyse, et le jury rappelle qu’il est demandé aux candidats d’analyser plus des démarches que des activités. Pour autant, celles-ci constituent le plus souvent le matériau brut dont se nourrit la réflexion - celle de l’auteur, celle de son lecteur -. À ce dernier, il importe donc particulièrement de livrer les observations qui lui donnent accès à la réalité observée en classe, de façon à lui offrir la possibilité d’exercer, également, son esprit critique, plutôt que d’être contraint à croire « sur paroles » les interprétations proposées. (Au passage, le jury constate l’utilisation discutable faite des pourcentages - supposés offrir une « photographie » de certains aspects du travail de classe - quand ils s’appliquent à de petits effectifs…)
 
Le jury souligne par ailleurs la pertinence de certaines distinctions : par exemple, entre « l’élève actif » et « l’élève acteur », particulièrement opératoire en ce qu’elle permet de discriminer, parmi les « pédagogies actives », celle qui relève de la démarche d’investigation préconisée par La main à la pâte et d’autres qui s’en éloignent peu ou prou (incluant cependant une démarche expérimentale dans laquelle l’enseignant met au point le dispositif).
Par exemple encore, il est judicieux de différencier, parmi les difficultés rencontrées dans l’expérimentation, celles qui tiennent à la méthode et à la nature de l’objet d’étude (l’énergie, les fossiles), de celles qui leur sont étrangères et relèvent, plus banalement, de la gaucherie de l’enseignant qui, faut-il le souligner, ne saurait se voir sanctionner pour aveu d’inexpérience.
 
Enfin, le jury a été sensible au souci des enseignants de s’interroger, à la fin de leur période de stage, sur les acquisitions des élèves (y compris lorsqu’elles leur semblent minces ou malaisées à établir), et sur les biais qui affectent la conduite d’un projet (quelle est, par exemple, la part de l’affectivité dans une activité d’élevage de petits animaux?).
 
En résumé, clarté et netteté du propos touchant un thème ambitieux ou courageux, alliées à une réflexion (auto)critique, lucide et originale : tels sont les critères qui, cette année, ont de fait prévalu dans les préférences du jury.
 
 
Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY

2 novembre 2009

PRIX 2009 de La main à la pâte « CAFIPEMF » décernés sous l'égide de l'Académie des sciences.

Le jury du prix CAFIPEMF, créé en 2007 sous l’égide de l’Académie des sciences, s’est réuni le 26 novembre dernier sous la présidence du professeur Yves Meyer, membre de l’Académie des sciences. Il a examiné les 6 mémoires envoyés à l’Académie pour participer à la compétition, mémoires par ailleurs rédigés et soutenus avec succès lors des cinq dernières années par des enseignants aspirant aux fonctions d’instituteur ou de professeur des écoles maître formateur – conformément à l’appel à candidature –.
Précisons qu’il s’agit là de mémoires non examinés en 2007, lors de la première réunion du jury de ce prix alors tout récent, ni en 2008, année où le trop petit nombre de dossiers reçus n’a pas rendu possible la réunion d’un jury.
 
Devant le petit nombre de dossiers en lice en cette troisième année d’existence du prix, Yves Meyer observe que de nombreux enseignants ont probablement fait un travail considérable et de très bonne qualité, qu’ils n’adressent pas à l’Académie du fait que l’appréciation de cette compagnie importe peut-être moins à leurs yeux que la leur propre. Le métier d’enseignant favorise cette situation, constate-t-il : lorsque l’on s’est soi-même jugé sans complaisance, qu’a-t-on à faire du jugement des autres ?
 
Le jury s’est penché attentivement sur les 6 dossiers reçus. Au terme de ses délibérations, il a résolu de distinguer un dossier en lui décernant une mention.
Nous revenons plus loin sur cette décision, et indiquons d’emblée qu’il s’en est fallu de peu que soit récompensé un dossier frauduleux : n’était l’effet du hasard qui en a attribué la lecture à un rapporteur également auteur du texte copié-collé mot à mot par une candidate aux prix CAFIPEMF dans son mémoire (que, par définition, elle a préalablement présenté et validé au titre de la certification professionnelle), n’était l’opportune mise en place de binômes permettant une double lecture, le jury, abusé, aurait sans doute récompensé un travail considéré, par le second rapporteur, comme digne de figurer au palmarès. On ne peut malheureusement que déplorer là une malheureuse conséquence de la mise en ligne des mémoires (par exemple sur les sites de certaines académies de l’Éducation nationale, mais également, sur celui de La main à la pâte ») qui poursuivait pourtant des objectifs plus nobles…
 
Attardons-nous un instant sur Internet pour signaler, au nombre des défauts relevés par le jury, une contradiction entre déclaration d’intention et pratique : la démarche d’investigation et le goût pour la vérification expérimentale, préconisés dans la partie théorique en ce qu’ils développent notamment l’esprit critique chez les élèves, l’analyse intéressante qui a pu être faite dans le même travail des dangers d’Internet ne sont pas compatibles avec la reproduction révérencieuse de « vérités » révélées dans la presse ou à la télévision. Au-delà de la maladresse ponctuelle d’un(e) candidat(e), le jury entend dénoncer là une posture répandue, consistant à adopter comme incontestées et incontestables certaines assertions, dès lors qu’elles sont diffusées sur un support public, sans prendre à leur égard le recul qu’elles appellent pourtant comme les autres.
 
A été également critiquée l’inadéquation entre l’ambition énoncée dans le projet que formule le titre du mémoire, et le corps du texte, qui ne satisfait pas assez nettement, ou assez explicitement, à la ou aux question(s) posée (s) alors qu’il a précisément mission de l(es) instruire et de lui (leur) apporter une réponse argumentée. Les données présentées, qui pourtant ne manquent en général pas d’intérêt, semblent ainsi éparpillées, « gratuites » en ce qu’elles ne sont ni introduites ni conclues et que le lecteur ne voit guère quel sens leur prête l’auteur ni où il veut en venir. Notons au passage que la « relégation » en annexes des exemples de productions d’élèves ne rend pas compte du cheminement de la recherche et ne permet pas de mettre clairement en relation le discours tenu et les pratiques pédagogiques effectives sur lesquelles, en principe, il s’appuie.
 
Le troisième travers relevé à plusieurs reprises par le jury est l’usage du jargon : Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Ce propos de Boileau a gardé toute sa pertinence, et il n’est nul besoin, pour la cause de la pédagogie, d’emprunter un vocabulaire pseudo-spécialisé et de fait souvent ampoulé, qui donne parfois lieu à interprétations, noie le propos dans une sophistication inutile et altère la netteté du raisonnement.
 
Par ailleurs, le jury est bien conscient du fait que les conseillers pédagogiques - au recrutement desquels le passage du CAFIPEMF concourt – sont polyvalents et non spécialistes des sciences ; par ailleurs, l'organisation de cet examen difficile, qui demande aux candidats de montrer leur pratique à travers deux disciplines lors de l'épreuve d'admissibilité, les conduit bien logiquement à choisir celles dans lesquelles ils se sentent le plus à leur aise. Les plus familiers dans le domaine de l'enseignement des sciences ont tendance à le montrer dans la première épreuve et, de fait, à écarter les sciences de leur mémoire
L’attente du jury n’est pas donc pas celle de mémoires-modèles, proposant des leçons idéales et susceptibles de concurrencer les modules labellisés par La main à la pâte, mais celle de travaux conforme au cahier des charges et respectueux des critères d’appréciation énoncés dans le premier rapport de jury et reproduits ci-après.
 
Le président Yves Meyer a rappelé, de ce point de vue, que La main à la pâte était porteuse d’une double exigence, pédagogique et scientifique : un type d’enseignement, étroitement associé à une démarche et à des « contenus » rigoureux. Dès lors, même disposé à une certaine indulgence, le jury ne pouvait passer outre les objections de scientifiques patentés, tels qu’ils sont représentés en son sein. Très sensible aux qualités d’un des dossiers présentés, il a considéré comme une approximation scientifique rédhibitoire l’inadéquation entre les expériences conduites par les élèves et les conclusions tirées : si, en l’occurrence, les états de la matière représentaient un sujet abordable dans une classe de CP-CE1, des élèves de cet âge ne maîtrisent pas les outils intellectuels pour appréhender des considérations énergétiques expliquant la variation de vitesse de fonte de glaçons placés dans divers environnements, et encore moins celle de vitesse d’apport de la chaleur. Il a résolu de ne pas décerner un prix qui, de fait, aurait privilégié un aspect « contre » l’autre, sans pour autant sanctionner les mérites incontestables d’un dossier qu’il a donc choisi de mentionner au palmarès.
 
 
Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY

1er décembre 2009