Les savons sont-ils biodégradables ?

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Les savons sont-ils biodégradables ?

J'aimerais savoir si un savon que l'on fabrique avec de la soude caustique et des huiles végétales de première pression est un savon biodégradable ? Quels sont les critères pour qu'un savon soit biodégradable ?

On peut considérer qu'un tel savon est biodégradable, puisqu'il ne contient que des sels d'acides gras assimilables (par des bactéries, par exemple). C'est cependant un produit relativement alcalin, surtout si les proportions soude/huile ne sont pas parfaites, ce qui est généralement le cas dans une fabrication artisanale. La biodégradabilité est une notion délicate à manipuler : ce qui compte beaucoup, c'est la vitesse de dégradation...

Il n'y a pas de différence majeure entre les huiles et les graisses animales ou végétales. Toutes contiennent à peu près les mêmes acides gras, trois molécules étant liées chacune par une fonction ester au glycérol. Il y a 7 acides gras majeurs, le plus souvent tous présents, dont les proportions déterminent la nature de l'huile considérée.
Par exemple, l'huile d'olive contient 53 à 86 % d'acide oléique, 4 à 22 % d'acide linoléique, 7 à 20 % d'acide palmitique, 2 à 3 % d'acide stéarique, 2 % d'acide myristique et 1 % d'acide laurique.

Tous ces acides gras sont biodégradables car des micro-organismes du sol, des fosses septiques et des installations d'épuration possèdent des enzymes capables de les dégrader essentiellement à des fins de récupération d'énergie. La condition nécessaire à cette transformation est que la chaîne de l'acide, qu'elle soit saturée (ex : acide stéarique) ou insaturée (ex : acide linoléique) soit non ramifiée.
Dans le cas contraire, aucun métabolisme n'est possible et, à partir de 1966, les détergents synthétiques ramifiés ont été interdits pour cette raison.

Peut-être peut-on profiter de cette question pour donner quelques informations complémentaires relatives à la sauvegarde de l'environnement. Pour les polymères en général, on distingue "bioassimilable", "biodégradable" et "dégradable" par divers processus.
Dans les deux premiers cas, des micro-organismes transforment les molécules dans le cadre d'un métabolisme existant ou dans celui d'un processus de détoxication. Par exemple, les récents polymères "polyacides lactiques" libèrent de l'acide lactique par hydrolyse et ce dernier est métabolisé par la bactérie. Des polluants comme les polychlorophénols sont entièrement dégradés par les systèmes enzymatiques de pseudomonas capacia AC1100 avec hydroxylation du noyau suivi d'ouverture (cette souche a été élaborée par pression de sélection et a permis de débarrasser la baie de l'Hudson de la pollution par un insecticide de cette famille).
Dans le troisième cas, la dégradation génère le plus souvent d'autres polluants non biotransformés. C'est le cas des polymères photodégradables auxquels on a ajouté du nickel pour initier la décomposition par la lumière. Une telle décomposition est anarchique et donne des résidus non éliminés au final.
Les plus gros problèmes générés par les détergents commerciaux sont en fait dus aux additifs, souvent non indispensables, qui peuvent représenter jusqu'à 50 % du produit vendu ! Leur but est de lier les métaux, d'éviter le "redépôt" des salissures, de maintenir l'alcalinité du milieu, etc. Les phosphates sont les plus utilisés à cette fin. Ce sont eux qui ont conduit au développement excessif d'algues dans les lacs et les rivières, algues qui les métabolisent et consomment énormément d'oxygène.
Certaines d'entre elles produisent des composés toxiques pour d'autres espèces.

Jean-Claude Chottard,
professeur émérite de chimie,
Université Paris Descartes
jean-claude.chottard@parisdescartes.fr/ jcchottard@wanadoo.fr