Comment pratiquer une démarche active en géologie?

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Comment pratiquer une démarche active en géologie?

Je voudrais savoir ce que vous pensez de la partie du programme du cycle III "géologie, seismes et éruptions volcaniques". Comment faire pour travailler cette question en classe sans tomber dans la transmission de savoirs encyclopédiques à caractères compilatoires ? Comment introduire une démarche, dans ce cas, où l'enfant de viendrait véritablement actif ?

Ces questions ont déjà été abordées dans les échanges de la liste de diffusion en janvier et février dernier. Des modèles de volcan, de séismes peuvent être élaborés avec les élèves, avec toutes les précautions que cela implique: un modèle a un caractère prédictif ou explicatif et il n'est valable que dans certaines limites.
La recherche bibliographique nécessite un investissement actif de l'enfant (voir témoignage de Elisabeth Plé), qui s'inscrit parfaitement dans la logique d'une démarche de recherche, dans la mesure où l'on essaie de répondre à un problème posé. On ne tombe donc pas forcément dans la transmission de savoirs encyclopédiques à caractère compilatoire; il suffit de prendre la précaution de placer les élèves en situation de recherche...
L'INRP a publié un ouvrage intéressant (1996) "Volcans et tremblements de terre, Images descriptives, images explicatives" de G. MOTTET (dir) et J.-Ch. ALLAIN, R. Minguez... Il contient de nombreuses activités sur les images et de nombreuses productions d'élèves de cycle III.

Extraits de la liste de diffusion concernant la recherche documentaire (février 1999) par Elisabeth Plé.
Bernard-Yves Cochain a écrit: " ..., l'école évite de privilégier la recherche documentaire par crainte de stérilisation. On semble penser que si la réponse est donnée à l'enfant, il n'aura plus besoin d'exercer ses capacités de modélisation, d'expérimentation. Ce risque peut-être évité, car connaître "LA Réponse" n'est pas synonyme d'une appropriation du concept par l'enfant......"
Mireille Hibon a répondu : " N'y a-t-il pas là matière à un vrai débat ; car " LA Réponse " peut parfois venir des élèves eux mêmes.....Aussi, le problème n'est-il pas précisément de savoir gérer les connaissances préalables (de plus en plus nombreuses) que les enfants (de plus en plus jeunes) ont dans ce domaine?..."
Le problème de savoir gérer " les connaissances préalables des enfants " me paraît trop central dans la pratique des activités scientifiques à l'école pour engager un véritable débat. C'est en effet une préoccupation récurrente en didactique des sciences. En revanche, la place et le rôle de la recherche documentaire dans les activités où, pour reprendre les mots de Mireille Hibon, on " expérimente vraiment " me semble un peu délaissés dans l'opération " la main à la pâte ". Alors c'est peut être l'occasion d'en débattre.... En effet, si la MAP se réfère à Freinet (voir contribution de Sophie Ernst, rubrique " la main à la pâte, qu'est ce que c'est ? " et intervention de P Léna au colloque de la BNF), n'oublions pas que le père du " tâtonnement expérimental " est aussi à l'origine de la plus grande encyclopédie que le monde scolaire ait produit et utilisé, la BT. Un très court extrait de l'excellent livre de M Barré à propos de la pédagogie Freinet, " l'aventure documentaire " aux Editions Casterman : " Les chercheurs, dont c'est le métier d'expérimenter dans des voies nouvelles, ne sauraient travailler sans documentation permettant de confronter leurs expériences, leurs observations avec celles d'autres chercheurs, de refaire ces expériences. Loin de court-circuiter leurs propres recherches, la documentation aide à les approfondir. Complémentaire de toute recherche, la documentation ne peut remplacer la confrontation avec la réalité, comme l'école le souhaite trop souvent.... .......Notre perspective éducative est justement l'enracinement dans la réalité dont la documentation facilitera l'analyse, la compréhension et la transformation. "
Alors pourquoi cette défiance vis à vis de l'usage de documentaires lors d'activités scientifiques? Pourquoi cet antagonisme : investigation expérimentale/ recherche documentaire ? Pourquoi cet usage restreint du documentaire en sciences qui cantonne celui-ci à donner la réponse quand celle ci n'est pas accessible par l'investigation directe de l'enfant ? N'est ce pas un hasard si la demande bibliographique est surtout importante en astronomie ?
Il y aurait des risques à connaître LA Réponse.... Les élèves possèdent aussi des Réponses...
Et si l'on risquait la recherche documentaire, que deviendrait LA Réponse lue avec les Réponses des élèves ? Un exemple vécu..... Après avoir étudié les mélanges (distingué les mélanges hétérogènes des mélanges homogènes, pris conscience que malgré la disparition apparente du sel, " tout le sel est toujours là ") la maîtresse de la classe invite les élèves à récupérer le sel contenu dans l'eau salée. A priori, les élèves n'ont pas trop d'idées : pour amorcer le processus, une discussion collective autour de la question " d'où vient le sel que nous consommons ? " est lancée. Ce débat entraîne les enfants à faire une recherche documentaire et à interroger les marais salants pour mieux connaître ce procédé de dessalage de l'eau . Par groupe, ils rédigent un petit texte à partir des informations qu'ils ont collectées, puis sont invités à concevoir des dispositifs expérimentaux pour récupérer le sel de leur eau salée.... Ces dispositifs sont très variés : certains proposent de réaliser un petit marais salant : étaler l'eau dans une assiette et la mettre au Soleil, " pour que le Soleil prenne l'eau " ( ceux là ne font pas la relation entre Soleil et chaleur) ; d'autres prévoient de chauffer l'eau salée ou bien de mettre un récipient contenant cette eau sur un radiateur ; la plupart pensent qu'ils ne doit pas y avoir beaucoup de différences entre l'eau salée et l'eau sale dont ils ont par ailleurs séparé les constituants par filtration et décantation (voir nos travaux INRP, Aster 24 et 25, et en particulier les articles de B Peterfalvi). Par ailleurs les photos de paludiers, avec " son grand râteau " les confortent dans l'option d'un procédé mécanique : " On prend le sel , on le met dans l'eau, on attend que l'eau s 'évapore, puis on verse le tout dans la passoire. L'eau sort de la passoire et le sel reste" " On met une serviette sur un verre vide, et on verse l'eau salée sur la serviette. Ensuite on récupère le sel qui est dans l'assiette " ......./ Une autre isolée propose de suspendre un fil dans l'eau...elle a vu ça dans un livre !
Après présentation de ces dispositifs, chacun expérimente étant convaincu que son procédé est le plus performant. Echecs des uns, succès des autres...ils en tirent les conclusions, et surtout ils sont amenés à revisiter les documents sources et relire les informations qui avec leurs nouvelles connaissances ne sont plus interprétées de la même manière. Ils feront un second texte pour présenter cette pratique sociale et le compareront au premier....
Je crois comme B.-Y. Cochain que le risque de donner LA Réponse par la recherche documentaire n'est pas bien grand....mais à condition de permettre un véritable investissement des élèves, et pour cela de " savoir gérer les connaissances des élèves " et là je rejoins Mireille Hibon. Mais se priver de l'usage de documentaires pour les activités expérimentales fait peut être encourir d'autres risques à l'école? En particulier celui d'un fonctionnement autarcique, replié entre les murs de l'école. Celui de " la main à la patte "... Bien sûr on peut toujours solliciter des interventions diverses, communiquer avec des scientifiques, mais l'usage des documentaires par les enfants c'est aussi une formidable ouverture sur la science et les techniques qui se pratiquent. C'est surtout, des ressources de proximité, (à condition que la BCD soit vraiment accessible) pour étonner, questionner, expérimenter, argumenter, valider des hypothèses, comparer des résultats, généraliser des conclusions, appliquer, structurer... à condition bien sûr de savoir gérer ces ressources. La MAP, c'est peut être aussi l'occasion de réintroduire ces pratiques dans les activités expérimentales ? Alors risquons....