Pourquoi participer à un projet de recherche (si vous êtes enseignant)

Premier bénéfice d’une expérimentation menée dans les classes : mettre à l’épreuve des interventions pédagogiques qui ont pour vocation d’aider l’épanouissement des élèves. Valider ces interventions pédagogiques à la lumière des expérimentations est une manière de garantir le meilleur service possible aux élèves.

Quels sont les autres avantages pour les enseignants ? Participer à une expérimentation constitue une excellente opportunité de développement professionnel pour trois raisons :

  • parce qu’elle crée un réseau d’enseignants (collaboration au sein d’un établissement et/ou entre établissements), qui favorise le renforcement mutuel entre pairs,
  • parce qu’elle permet aux équipes éducatrices d’entrer en contact avec des contenus de recherche récents et de première main, tout en bénéficiant des explications des chercheurs sur les enjeux et les bases théoriques sous-jacents,
  • et parce qu’elle permet de diffuser une culture de la recherche et améliore la compréhension des méthodes de la recherche. Dans certains cas, les enseignants définissent les modalités de la recherche avec les laboratoires de recherche impliqués, parfois même ils participent à la collecte de données et à leur analyse.

Ainsi, la participation à une expérimentation permet aux enseignants de contribuer à la construction de nouvelles connaissances sur des pratiques efficaces et en même temps de développer leur réflexivité, leurs connaissances et compétences.

 


Témoignages d'enseignants

(exprimés après leur participation à la recherche dans le cadre du projet ANR “Éduquer l’esprit critique”)

Les enseignants affirment avoir mieux compris les enjeux de la recherche en s'impliquant dans le projet, d’autant plus que c’était la première fois qu’ils participaient à ce type de dispositif. Ils ont trouvé le projet enrichissant et utile, et sont prêts à s’engager de manière plus importante si l’occasion se présente à nouveau.

“Ce projet m’a conforté dans l’idée qu’il fallait absolument transmettre aux enfants les manières de comprendre les enjeux de la recherche.”

Dès le début, les élèves sont informés qu’ils participent à un projet de recherche. Ils savent que les séances qui leur sont présentées sont nouvelles et spécialement créées pour le projet à partir de recherches effectuées dans des livres ou des articles scientifiques. Ils sont assez fiers de faire partie d’une expérimentation impliquant d’autres classes dans d’autres écoles, et sont assez curieux sur la façon dont l’étude est menée. Le fait d’expliquer en partie le projet permet aux élèves de comprendre la présence d’un intervenant extérieur et le processus de test :  passage d’un premier test, puis une série de séances avant de passer un second test à la fin.

Ils comprennent que les deux tests seront ensuite comparés pour savoir si les séances leur ont permis de progresser sur certaines compétences. La notion de pré et post-test est donc utilisée. Ils comprennent aussi pourquoi ce test est chronométré - car chaque élève doit passer le test dans les mêmes conditions pour que les réponses entre les élèves puissent être comparées. Idem pour les séances en classe, l’intervenant passe le même temps dans chaque classe, les différentes étapes sont plus ou moins chronométrées pour que chaque classe ait vu le même contenu et eu le même enseignement. Ils sont donc sensibilisés à la notion de rigueur du protocole pour pouvoir avoir des données comparables.

“Une évaluation qui peut être utilisée pour des évaluations formatives.”

Certains enseignants pensent que ces tests pourraient être utiles pour évaluer l’enseignement de l’esprit critique et pourraient faire partie des évaluations à faire passer dans leur classe au cours de l’année. De même, d’autres enseignants ont confié aimer le fait d’évaluer la capacité de raisonnement de l’élève et non juste le contenu appris, les aidant ainsi à repenser leurs évaluations et leurs cours.

Pour plus de commentaires, consulter la page Recherche du site La main à la pâte - CQFD. 



Grâce à la participation au projet de recherche “Eduquer l’esprit critique”, il a été possible pour l’équipe de La main à la pâte de réflechir à des aspects méthodologiques de la recherche collaborative en éducation.

Joanna Stielin, stagiaire dans le cadre de ce projet, témoigne de son expérience et des enseignements qu’elle en a tirés :

 

 

La recherche dans les classes implique une logistique assez importante qui nécessite beaucoup de préparation au préalable. Comment trouver des classes ou des enseignants intéressés pour participer au projet de recherche ?

“Nous avons trouvé nos classes grâce aux contacts de la Fondation La main à la pâte, qui peut compter sur un grand réseau grâce à ses activités pédagogiques, ce qui nous a permis de trouver rapidement des enseignants intéressés par le projet. En réalité, cela ne se passe pas toujours comme cela, et il peut être difficile d’obtenir l’autorisation pour mener une expérimentation en classe. Il faut justifier du choix des classes, bien expliquer le projet, ses raisons, ses chances de réussite, ses enjeux éthiques.”

Quelles sont les étapes importantes ?

  • Avant de commencer les interventions

“Il est important d’établir un premier contact avec les enseignants et de faire une réunion de présentation avec eux avant de commencer les interventions.

Nous ne l’avons pas faite dans certaines classes et la relation avec l’enseignant était beaucoup moins fluide. Il est difficile de trouver sa place lorsqu’on ne connaît pas les objectifs et les enjeux du projet.

La réunion est utile pour présenter les membres du projet ainsi que le projet. Elle permet de justifier les choix qui sont faits, d’expliquer la démarche scientifique. Par exemple, l’intérêt des tests est abordé, ou des aspects plus pratiques comme le nombre de séances à effectuer et la répartition des horaires dans la semaine sont définis.

C’était aussi le moment de définir la place et le rôle de chaque personne lors de l’intervention. Nous avons choisi pour notre étude de faire intervenir un membre de l’équipe de recherche dans les classes. L’enseignant restait cependant dans la classe pour maintenir l’ordre et aider l’intervenant lorsqu’il en avait besoin. C’est une situation un peu exceptionnelle pour les élèves et cette mise au point aide à rendre l’intervention plus naturelle. L’introduction d’un intervenant extérieur a pour but de standardiser les séances et de les rendre identiques dans chaque classe, car il y certainement autant de façons d’enseigner que d’enseignants. De plus, cela nous permettait de laisser les enseignants en “aveugle”. L’enseignant ne connaissait pas au préalable les contenus des séances précisément et il ne connaissait pas les objectifs pédagogiques du projet. Il ne savait pas non plus de quel groupe il faisait partie (voir le billet 2 sur la description de l’expérience). En effet, pour que les résultats représentent uniquement l’effet de l’intervention, il faut que tous les élèves aient reçu la même intervention, ni plus, ni moins. Nous avons donc conseillé aux enseignants d’éviter de parler des séances en dehors de l’intervention, car cela pourrait fausser les résultats.

Cette réunion est donc essentielle pour que tout le monde soit au clair avec le protocole qui sera mis en place. Elle sert aussi à créer un lien de confiance avec les enseignants  qui comprennent les choix effectués : certes, certains contenus du projet ont été passés sous silence mais il seront expliqués lors de la réunion de fin de projet.”

  • Pendant l’intervention

“Il est important de distribuer dès le début des interventions une autorisation à faire signer aux parents des élèves pour qu’ils soient à la fois informés de l’expérimentation en cours, mais surtout car le consentement est obligatoire pour pouvoir utiliser les données des tests des élèves.”

  • Après l’intervention

“Une réunion de bilan est essentielle pour conclure sur le projet, recueillir les précieux retours de tous les acteurs, et raconter la suite du déroulement de l’étude.

Lors de cette réunion, ce qui avait été passé sous silence pour les enseignants est explicité. Les objectifs du projet sont alors explicités en détail. C’est une réunion agréable, vraiment interactive car le fait de se remémorer les différentes étapes du projet permet de rebondir et de remarquer certaines choses qui n’ont pas fonctionné ou qui ont été au contraire très appréciées.

Les remarques peuvent porter aussi bien sur les contenus des séances (sur la gestion des supports, sur le matériel, sur le déroulement, sur les ressentis des élèves, sur les enjeux pédagogiques, …) que sur le protocole expérimental (déroulement pratique de l’expérience, les tests, ...). Elles ont été prises en compte pour modifier les séances mises en place, ainsi que pour modifier les tests pour qu’ils soient plus adaptés aux élèves.

Ce moment de collaboration est essentiel pour faire dialoguer les différents acteurs d’une recherche translationnelle dans un cadre scolaire, et c’est un moment d’interaction essentiel pour faire rencontrer deux mondes qui ont le même objet d’étude, mais dont les objectifs sont différents.”