Tout le monde ment ?

Séquence 4 : Tout le monde ment ?


Savoir-faire : Savoir-faire 4 : Être vigilant face à la désinformation.
Niveau 3 : Identifier des leviers de persuasion et de manipulation.
2 activités

CE QUE VOUS ALLEZ TROUVER DANS CETTE SÉQUENCE :

  • Des activités de : Français, Histoire, Arts plastiques
  • Des activités de type : Investigation journalistique
  • Des activités sur le thème de : Analyse des sources et des images, Média, Canular, Persuasion, Manipulation de l’opinion

Activité 1 : Vigilance !

Objectif : Identifier les leviers de manipulation et de persuasion dans un document audio-visuel
  • Résumé : Les élèves analysent dialogues, images et montage (images et son) du faux documentaire « Opération Lune » à la recherche des leviers de persuasion que l’auteur utilise pour amener les spectateurs vers sa thèse.
  • Matériel : Documents fournis. Film suggéré « Opération Lune » (W. Karel, 2002) ; Matériel de projection (si possible : matériel de visionnage pour tous les groupes).
  • Notions mobilisées : Histoire : Un monde bipolaire au temps de la guerre froide.
  • Compétences mobilisées : EMI : S’entraîner à distinguer une information scientifique d’une pseudo-scientifique grâce à des indices textuels ou paratextuels.
    Histoire : Exercer son esprit critique sur les ressources numériques ; Vérifier des données et des sources et leur pertinence.
  • Production : Analyse des extraits.
  • Durée : 1 à 2 heures (+ 1 heure pour le visionnage du film si celui-ci n’a pas eu lieu).
Message à emporter
Dans un texte ou un document audio-visuel, on peut utiliser des leviers de persuasion et de manipulation qui orientent l’opinion publique vers une thèse particulière. La forme aussi peut être trompeuse (manipulation des images, montage des images et des sons) et tenter de susciter des émotions (notamment négatives comme la suspicion, l’indignation…).

Clés pour la mise en œuvre

Comme pour la Séquence 3, nous proposons un travail à partir du faux documentaire « Opération Lune » réalisé en 2002 par William Karel et rediffusé en 2004, le 1er avril, par la chaine télé ARTE.

Si la Séquence 3 n’a pas été menée, il faudra s’y référer pour mener la première partie de l’Activité 2 (visionnage et discussion autour du film). Il est indispensable que tous les élèves prennent pleinement conscience de la nature factice du documentaire et aient le temps de discuter des objectifs de l’auteur et de la part de réalité et de fiction des informations délivrées.
Il est aussi important que l’enseignant visionne le film avant les élèves et repère avant eux les éléments de manipulation, orientation de l’opinion, persuasion. Il devra sélectionner des extraits à faire analyser en classe ou à la maison.

Si la Séquence 3 a été menée, alors l’enseignant peut annoncer qu’elle va être poursuivie pour détecter ce qui, au premier visionnage, peut nous avoir persuadés de la bonne foi de l’auteur.

Déroulé possible de l’activité

Contexte : Les élèves ont visionné le faux documentaire « Opération Lune » et ont analysé des extraits. L’enseignant rappelle qu’avant l’étude détaillée des faits rapportés dans le film, il a été facile pour les élèves mais même pour des adultes de croire les affirmations du faux journaliste et des faux témoins. Comment est-il possible qu’on se fasse si facilement avoir ?

Objectif : Identifier dans le faux documentaire proposé les différents « ressorts de persuasion » ou « astuces pour convaincre » que l’auteur utilise pour amener les spectateurs vers sa thèse.

Organisation : En petits groupes (4-5 élèves) pour les défis puis en classe entière pour la discussion.

Matériel :

  • Faux documentaire « Opération Lune » (extraits choisis par l’enseignant).
  • Grilles d’évaluation des astuces pour convaincre (au niveau du texte et au niveau de la forme).

Règles : Pour répondre à la mission confiée à l’ensemble de la classe, les élèves se divisent en groupes et se partagent différents extraits du faux documentaire. Chaque groupe devra analyser un ou plusieurs extraits et identifier :

  • Au niveau du texte, la manière de susciter des émotions, le recours à des stéréotypes, des rumeurs, des solutions simples (en réponse à des problèmes complexes), l’ambiguïté, la suggestion… C’est le défi n° 1 !
  • Au niveau de la forme, la manière dont les différentes parties du faux documentaire sont montées et mises en forme ensemble, le couplage entre l’image et le son, etc. C’est le défi n° 2 !
    >> Chaque groupe choisit dans son analyse un type « d’astuce » qu’il décrira à la classe et l’utilisation qu’en fait l’auteur du film.

L’enseignant explique : « Vous allez mener une analyse sur des leviers qui rendent attirante et convaincante la thèse proposée dans le (faux) documentaire Opération Lune ! »

  • L’enseignant présente aux élèves le contexte et l’objectif de l’activité.
  • Avant de lancer les élèves dans leurs défis, l’enseignant discute avec la classe différentes formes de persuasion et de manipulation audio-visuelles. Il fait ressortir qu’il s’agit d’artifices communs qui ne sont pas toujours utilisés dans le but de tromper, mais qui ont pour but de convaincre (au-delà du simple recours aux arguments factuels).

Note : s’il le souhaite, l’enseignant peut construire avec les élèves tout ou partie de la grille (peut-être sous d’autre forme comme des cartes ou un tableau).

  • L’enseignant forme les groupes, assigne les extraits et lance le défi. Les élèves doivent regarder plusieurs fois les extraits le temps de s’approprier les items de la grille, et finalement de la remplir. Si la classe dispose de supports multiples pour le visionnage (tablettes ou ordinateurs sur lesquels l’enseignant aura installé le film), l’enseignant peut facilement « distribuer » les extraits. Dans le cas contraire, l’enseignant projette tous les extraits en classe entière mais demande à chaque groupe d’être attentif à un extrait donné. Si le travail se poursuit à la maison, l’enseignant projette tous les extraits et les assigne aux élèves, pour qu’ils mènent leur analyse de façon autonome toujours en groupes ou individuellement. Le débriefing en classe aura lieu de la même manière.
  • Une fois que tous les groupes ont analysé leurs extraits, l’enseignant invite les élèves à partager les résultats de leur analyse.

Conseils de mise en place et éléments de correction

  • Nous suggérons ici un petit nombre de courts extraits qui se prêtent particulièrement bien au travail d’identification de ressorts ou astuces pour convaincre. Naturellement, le premier élément à relever sera celui de l’utilisation du format documentaire et des interviews à des témoins à l’apparence sincères.
  • L’enseignant pourra rappeler - si les élèves ont réalisé la Séquence 3 - que certains de ces témoins sont en réalité des personnages de fiction. Si les élèves n’ont pas réalisé la Séquence précédente, il pourra faire analyser les extraits qui les mettent en scène (voir les extraits suggérés dans le cadre de la Séquence 3, Activité 2)

– Au niveau du texte :

– Au niveau de la forme :

Pour nourrir la discussion à l’issue de l’activité

  • La mise en commun débute après les restitutions par les groupes. L’enseignant amène la classe à réfléchir sur l’impact qu’ont eu sur nous les ressorts de persuasion lors du premier visionnage.
    • On a pu croire à la réalité des faits non seulement à cause de notre manque de connaissances, mais aussi du fait que l’auteur a présenté son œuvre comme réaliste et a utilisé des artifices pour induire une certaine interprétation.
    • Les artifices collectés se situent aussi bien au niveau du fond (les arguments utilisés), qu’au niveau de la forme audio-visuelle.
  • On remarquera que certains ressorts sont subtils : il n’est pas toujours nécessaire de truquer des images, il suffit d’enchainer ces dernières d’une certaine manière ou de les coupler habilement avec des sons pour que l’interprétation voulue se dégage. Cette considération mérite plus d’attention et fera l’objet d’une activité ultérieure.
  • Pour faciliter la transposition à la vie quotidienne, l’enseignant demande aux élèves de collecter d’autres exemples où l’on se trouve confronté à ce genre d’astuces qui orientent nos opinions : le discours politique, certains articles de journaux et magazines, des discours faits par des amis… ou par nous-mêmes lorsqu’on a cherché à convaincre quelqu’un de notre point de vue.
  • Il fera remarquer que le recours à des ressorts de persuasion et d’influence de l’opinion est plus large en réalité, et ne se limite ni au cas du multimédia, ni à Internet ou à la persuasion politique. Il fait ressortir qu’il s’agit de « leviers » communs qui ne sont pas toujours utilisés dans le but de tromper, mais qui ont pour but de convaincre (au-delà du simple recours aux arguments factuels).
    • Spontanément, lorsqu’on cherche à convaincre les autres du bien fondé de nos opinions, nous avons recours à certains « leviers » : nous faisons appel aux émotions par exemple, nous décrivons les faits en mettant en évidence certains aspects plutôt que d’autres. Ceci induit une certaine interprétation, celle que nous partageons. Naturellement, nous ne communiquons pas de façon neutre et ce n’est pas un problème en soi.
    • Par ailleurs, l’utilisation de leviers de persuasion ne signifie pas forcément que la thèse défendue soit erronée sur le fond.
    Cependant, l’utilisation exagérée de leviers de persuasion doit alerter sur les intentions de l’auteur et nous pousser à une vigilance accrue.
  • Dans le cas de la manipulation à proprement parler, on se trouve en plus confronté à des distorsions des faits, à de la désinformation : on omet des faits, on les détourne, voire on ment volontairement, comme on l’a vu dans la séquence précédente. C’est donc à la fois l’utilisation massive des leviers de persuasion couplée à de la désinformation qui marque la différence entre la naturelle tendance à utiliser certains leviers et la manipulation de l’opinion.
  • Pour que les élèves s’approprient mieux ces leviers et remarquent leur présence dans la vie de tous les jours, l’enseignant peut leur demander d’apporter en classe à la prochaine séance une sélection d’exemples tirés de journaux, sites Internet, etc.

Activité 2 : Une façon de voir les choses

Objectif : Identifier différentes manières d’intervenir de façon « minimale » sur des images tout en produisant un effet important sur leur interprétation
  • Résumé : Les élèves recherchent et présentent des images comportant un degré variable de « manipulation ». Ils sont mis au défi de produire une image avec un degré minimal de manipulation qui pourtant altère la réalité des choses.
  • Matériel : Documents fournis. Les élèves recherchent et présentent des images comportant un degré variable de « manipulation ». Ils sont mis au défi de produire une image avec un degré minimal de manipulation qui portant altère la réalité des choses.
  • Compétences mobilisées : EMI : Apprendre à distinguer subjectivité et objectivité dans l'étude d'un objet médiatique ; Découvrir des représentations du monde véhiculées par les médias.
  • Production : Production d’images.
  • Durée : 1 à 2 heures.
Message à emporter
Il est possible de manipuler des images de manière à orienter l’interprétation qui en sera faite. Il existe une diversité de techniques de manipulation. Certaines d’entre elles peuvent être très efficaces tout en étant minimalistes (par exemple : le choix du cadrage, la simple apposition d’une légende suggestive).

Clés pour la mise en œuvre

Les images sont un puissant vecteur de transmission des informations. Naturellement, nous avons tendance à moins les questionner que du texte. Pourtant, de très faibles modifications peuvent profondément orienter la perception de celui qui regarde l’image.

Nous fournissons quelques exemples d’images minimalement manipulées. L’enseignant pourra choisir de les montrer aux élèves, ou bien en choisir d’autres à sa disposition lui permettant de développer des points spécifiques du programme.

L’activité proprement dite s’organise autour de nouveaux documents. L’enseignant pourra, au choix, demander aux élèves de prendre des photos personnelles (par exemple dans la classe ou dans la cour), ou de choisir parmi une banque d’images qu’il met à leur disposition. Les élèves vont devoir manipuler l’image d’une façon minimaliste pour un effet maximal ! Les modifications pourront donc se faire avec un logiciel de traitement de texte basique voire à la main.

Déroulé possible de l’activité

Contexte : Sur Internet, les réseaux sociaux… des images circulent, parfois à l’appui de thèses sensationnalistes (on a découvert des extra-terrestres, les preuves d’un grand complot, l’existence de géants…). Ces images sont souvent des arguments convaincants pour nous, mais constituent-elles des preuves vraiment solides ?

Objectif : S’approprier des techniques simples de manipulation des images pour mieux les repérer

Organisation : Par groupes de 2-4 élèves.

Matériel :

  • Images fournies par l’enseignant (nous avons mis des sources d’inspiration dans la Fiche matériel).
  • De quoi fabriquer des images : appareil photo, ciseaux…

Règles : Il s’agit de relever un défi : fabriquer des images truquées de façon la plus efficace possible, c’est-à-dire des images pour lesquelles une légère modification influence grandement notre perception !
Les élèves peuvent partir d’une image dans une banque préparée par l’enseignant ou réaliser eux-mêmes une photographie qui servira de point de départ.
>> Le gagnant sera celui qui :
• a réalisé l’intervention qui arrive mieux à détourner la perception originale ;
• avec le changement le plus minimaliste.

L’enseignant explique : « Vous allez devoir vous-mêmes manipuler des images de façon minimaliste et tenter de créer l’effet de persuasion le plus efficace possible ! C’est un défi : le groupe qui arrive à détourner grandement le message original de l’image gagne ! »

  • L’enseignant présente aux élèves le contexte et l’objectif de l’activité.
  • L’enseignant montre une ou plusieurs images : il explique aux élèves qu’elles ont été « manipulées » de différentes façons, mais sans avoir recours à des technologies qui modifient l’image elle-même. Il s’agit plutôt de techniques de composition, cadrage, et d’insertion de légendes suggestives. Pour chaque image, la classe essaie de trouver l’astuce qui créé l’effet recherché par son auteur. On insiste sur le fait que la manipulation aboutit à une modification de notre perception de l’image.
  • L’enseignant lance le défi (il pourra lui-même y participer !). Le défi peut être relevé à l’école ou à la maison. Pour les groupes en manque d’inspiration, il pourra suggérer de :
    – sélectionner une partie d’un sujet (dans ce cas on présentera aussi l’image globale),
    – associer une image à un titre ou un contexte suggestif,
    – induire une illusion, etc.
  • L’enseignant expose finalement les images en classe et organise un « vernissage ». Chaque auteur révèle l’image originale, la technique utilisée et la modification de perception qu’il a voulu créer. Les élèves élisent le ou les projets gagnants.

Pour nourrir la discussion à l’issue de l’activité

  • La mise en commun repart du vote qui vient de se dérouler. L’enseignant commence par présenter son choix et demande aux élèves ce qui, selon eux, justifie ce choix. L’objectif de la discussion est de pointer du doigt le fort détournement de l’image avec un nombre minimal d’interventions. Les élèves justifient à leur tour leur position et peuvent également changer de position à la lumière des justifications demandées par l’enseignant.
  • L’objectif ici est que les élèves réalisent qu’il n’est pas nécessaire de recourir à des technologies complexes pour truquer des images, et que des artifices très efficaces sont à la portée de chacun. Du coup, il est assez facile de se « faire avoir » lorsqu’on est spectateur d’une image frappante.
  • Dans notre vie quotidienne, nous sommes en permanence confrontés aux images, que nous soyons en train de rechercher des informations sur internet ou de partager une information sur les réseaux sociaux. Lors d’une recherche internet, on peut parfois aller vite et se limiter à regarder les images que le moteur de recherche nous propose. Dans ce cas, les images récupérées sont extraites de leur contexte et risquent d’être interprétées de manière erronée. C’est ainsi que se mettent à circuler des images associées à une mauvaise légende ou une fausse interprétation. La désinformation se répand alors, et la source de la confusion peut être involontaire…
  • L’enseignant amène les élèves à réfléchir sur l’importance d’adopter des bonnes pratiques lorsqu’on véhicule de l’information, notamment associée à des images et des photos. Nous devons être plus rigoureux et prendre du temps : à la fois pour analyser les images envoyées par d’autres et pour mener des recherches complètes, qui ne se limitent pas aux seules images.

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Partenaires du projet

Fondation La main à la pâte CASDEN