Epistémè - Science et morale

Science et morale

 

Objectifs

Apprendre à distinguer connaissances scientifiques et considérations de l’ordre des valeurs, des préférences personnelles, de la morale.

Savoir avoir recours à des cas exemplaires issus de l’histoire des sciences pour réfléchir à la relation science/société.

Ce que font les élèves

Prendre part à une discussion de type philosophique.

Ce que fait l’enseignant

L’enseignant accompagne la discussion des élèves autour de l’attitude qui  consiste à juger une théorie scientifique par la désirabilité de ses conséquences sur la morale et la société.

Liens avec les programmes / notions disciplinaires

Elargir les modes de raisonnement,

Développer l’esprit critique et le goût de vérité,

Distinguer information scientifique, même si vulgarisée, et information pseudo-scientifique grâce au repérage d’indices pertinents,

Identifier les questions de nature scientifique,

S’exprimer dans un débat scientifique,

Utiliser l’histoire des sciences pour exprimer comment les sciences influencent la société,

 

Relier l’étude des relations de parenté entre les êtres vivants et l’évolution (remobilisation et utilisation),

Mettre en évidence des faits d’évolution des êtres vivants (remobilisation et utilisation).

Compétences, attitudes travaillées

Raisonnement, discrimination, esprit critique

Argumentation

Production

Réponse écrite à un argumentaire

Matériel

Documentation écrite

- Fiche La science dangereuse (à adapter pour les élèves, en fonction de leur niveau)

Durée

45’ + 45’ + Evaluation

 

Cette activité a pour objectif immédiat de permettre aux élèves de formuler une réponse aux objections de l’Adversaire n°4 de Mr. D., qui avait soutenu que :

"Les conséquences de votre théorie sont trop dangereuses pour ne pas réfuter l’idée d’évolution et de sélection naturelle en un seul bloc. Une théorie qui comporte des conséquences sociales si terribles ne peut pas être vraie".

 

Activité 1 : L’argument par les conséquences et la théorie de l’évolution (45’)

Objectif : Identifier plusieurs exemples d’arguments par les conséquences dans le cas des arguments contre la science

 

L’enseignant propose de revenir sur les objections soulevées par les adversaires de Mr D. et notamment sur celle de l’Adversaire n°4. Les élèves ont rencontré l’argument par les conséquences dans le cadre de l’activité Bons et mauvais arguments. Ils le reconnaitront dans la phrase : Une théorie qui comporte des conséquences sociales si terribles ne peut pas être vraie.

L’enseignant soulignera qu’on peut produire aussi des formulations positives, également fallacieuses, de ce genre d’argument ; par exemple : « La théorie de l’évolution met en évidence que tous les organismes vivants sont liés entre eux par un lien de parenté ; c'est donc une théorie de la fraternité et en tant que telle elle est vraie ».

 

Au tableau, l’enseignant dessine trois colonnes. Dans la colonne centrale, à l’aide des élèves, il récapitule les idées de la théorie de l’évolution rencontrées au cours des activités précédentes, et la ou les preuves à leur appui. Il invite les élèves à remplir les deux colonnes latérales avec des jugements optimistes/pessimistes concernant la théorie de l’évolution mais basés sur des présumées conséquences souhaitables/indésirables.

 

L’objectif est de bien mettre en évidence la différence entre juger une théorie sur la base de son pouvoir explicatif et de la solidité de ses théories (colonne centrale) et juger une théorie sur la base de considérations personnelles de l’ordre des valeurs, des préférences …

 

Jugements "positifs" de la théorie

Faits scientifiques neutres de la théorie

Jugements "négatifs" de la théorie

La théorie de l’évolution met en évidence que tous les organismes vivants sont liés entre eux par un lien de parenté ; c'est donc une théorie de la fraternité et en tant que telle, elle est vraie.

Il existe des liens de parenté et de filiation entre espèces sur la base des preuves suivantes :

  • Comparaison des traits de  différentes espèces, identification, similarités.
  • Comparaison avec des traits d’espèces disparues (fossiles).

L’idée que nous sommes liés aux reptiles via des liens de parenté même éloignés est dégoutante. La théorie de l’évolution est donc fausse.

 

Les espèces subissent des changements qui ne sont pas planifiés à l’avance mais qui sont le fruit de variations aléatoires comme le montrent les preuves suivantes :

  • Observations naturalistes
  • Observations biologiques
  • Résultats expérimentaux

 

 

Les variations aléatoires précèdent la sélection. La sélection naturelle favorise, dans un environnement donné, certains individus en leur conférant une plus grande chance de survie/reproduction. Ceci est confirmé par les preuves suivantes :

  • Observations
  • Résultats expérimentaux

 

 

Les traits / structures d’un organisme sont le résultat d’un processus de variation/sélection aveugle, qui ne prévoit pas ce qui peut garantir au même trait/fonction plusieurs fonctions ou montrer des "imperfections". Ceci est affirmé sur la base des preuves suivantes :

  • Observation de la structure d’un organe, de ses variations et fonctions
  • Observations naturalistes.

 

...

...

 

Le tableau servira de base pour l’activité suivante. Si celle-ci n’a pas lieu immédiatement, le tableau devra être conservé et rapidement rappelé.

 

 

Activité 2 : L’argument par les conséquences et la science (45’)

Objectif : Mener une discussion philosophique sur l’opportunité de juger une théorie scientifique à partir de ses supposées conséquences pour la morale et le fait qu'elle soit souhaitable pour la société

 

Les élèves discutent les questions suivantes selon les modalités de la discussion philosophique :

  1. Peut-on dire qu’une théorie scientifique est « immorale » ?
  2. Peut on-juger une théorie ou un fait sur la base de la considération que ses conséquences nous semblent plus ou moins acceptables? Comme par exemple dans le cas où la vision du monde que la théorie propose ne semble pas rendre compte de la beauté de la nature, voire semble mettre en avant une vision égoïste, immorale de la vie ?

La discussion est préparée par l’activité 1, donc porte sur l’utilisation de l’argument par les conséquences pour juger d’une théorie ou fait scientifique, et notamment des conséquences d’ordre moral, social. L’enseignant peut décider de nourrir ultérieurement la discussion en fournissant des lectures supplémentaires  (voir les documents de la Fiche Est-ce immoral ? et Une science dangereuse ?). Ces lectures peuvent être faites à la maison, en préparation de la séance de classe.

  1. La fiche "Est-ce immoral?se compose de trois exemples indépendants (que l’enseignant peut donc utiliser séparément). Les exemples servent de base pour réfléchir à la question suivante : Est-ce que le fait d’être indésirable rendent erronés une observation, un fait, une explication ou une théorie? Cela revient donc à réfléchir au lien entre le fait qu'une théorie soit souhaitable et le fait qu'elle soit vraie. Plusieurs élèves peuvent par exemple être choqués par le comportement du coucou ou de celui d’autres animaux qui semblent « manquer de morale ».  Ils peuvent alors ne pas vouloir admettre que ce genre de comportement soit naturel, ou penser que ces éléments sont trop inacceptables pour exister. Ou encore décrire ce comportement comme offensant, et trouver que les scientifiques qui le décrivent sont en train de donner une description de la nature qui manque de beauté ou de poésie. Cette réaction est spontanée et très commune. Dans la fiche, des scientifiques dont Charles Darwin et Jane Goodall décrivent leurs réactions spontanées face à la découverte de certains comportements animaux, et insistent sur le fait qu’un fait scientifique doit être accepté en vertu des preuves qui le soutiennent et non pas de nos croyances ou préférences. L’enseignant pourra donc évoquer, au cours de la discussion, le passage où Jane Goodall admet que la découverte des agressions parmi chimpanzés allait contre toutes ses attentes et espérances, mais que de nombreuses observations l’ont convaincue de sa vérité. L’argument de la morale ou de la souhaitabilité n’est pas recevable en sciences.  Le choix de ces exemples est motivé par le fait que les élèves pourront plus facilement réfléchir à l’argument par les conséquences, tel qu’il est souvent soulevé contre la théorie de l’évolution, s’ils le font à partir de réactions qu’ils ont vécu et de contenus plus proches de leur quotidien.
  2. La fiche "Une théorie dangereuse ?"  est pensée pour les élèves plus âgés et porte sur un cas historique où des objections idéologiques non scientifiques, ont été utilisées contre une théorie scientifique. Le cas Lyssenko est un cas exemplaire de la position : « Cette théorie ne peut pas être vraie parce qu’elle a des conséquences indésirables du point de vue de l’image de la société ».

 

Dans son utilisation contre la théorie de l’évolution, l’argument par les conséquences soulève 3 types de questions corrélées mais distinctes, souvent regroupées sous le terme de « fallacie moraliste » :

  1. Est-ce que la théorie de l’évolution comporte réellement des conséquences immorales, inacceptables pour nos valeurs, destructives pour la société ?
  2. Même si la théorie de l’évolution amenait réellement à une vision du monde indésirable, est-ce que cela constituerait un bon argument contre la vérité de la théorie ?
  3. Est-ce qu’on a le droit de dicter à la science l'orientation des recherches et des connaissances qu'elle doit produire, sur la base du fait que nous craignons ne pas aimer l’image du monde qui ressortirait de ces connaissances ?

La fallacie moraliste consiste à juger une théorie scientifique sur la base de la désirabilité de ses prétendues conséquences, et non sur la base de sa vérité.

La dernière des 3 questions a une portée plus vaste et mobilise des considérations de l’ordre des choix de la politique de la recherche, donc des ressources limitées, de l’éthique de la recherche au sens des conséquences éthiques des méthodes employées, etc.

Les fiches proposées permettent plus particulièrement de se focaliser sur la deuxième question. La première des trois questions demande une connaissance approfondie de la théorie de l’évolution que les élèves ne peuvent pas encore posséder.

 

Pour la mise en œuvre pratique de la discussion, voir les conseils pratiques dans la Fiche Comment mettre en oeuvre une activité philo en classe ?  Nous proposons un dispositif qui permet à tout le monde de prendre la parole pour argumenter son point de vue à partir de lectures de textes, expériences réalisées et activités de classe : la discussion de type philosophique.

La discussion de type philosophique vise à développer la réflexion autour de concepts, la recherche de définitions et d’opinions argumentées, voire appuyées sur des faits et des connaissances (parallèlement développées dans les activités de science). Il ne s’agit pas d’offrir un espace pour que toutes les opinions s’expriment : l’enseignant demande aux élèves d`être rigoureux dans leurs argumentations. La typologie de discussion proposée ici s’inspire des activités de philosophie pour élèves introduites par M. Lipman dans les années 1970 aux Etats Unis et développées en France par Alain Delsol, Sylvain Connac, Oscar Brenifier, Michel Tozzi et bien d’autres sous le nom  de « discussion à visée philosophique » (DVP). Voir à ce propos, et pour aller plus loin, L’apprentissage du philosopher (Michel Tozzi). La spécificité de l’activité proposée ici est que la discussion porte sur une question soulevée par des activités de sciences.

 

 

Evaluation

Objectif : Mobiliser et appliquer les connaissances acquises

Les élèves écrivent une réponse à l’Adversaire.  La réponse doit être argumentée et faire référence à la fois à la théorie de l’évolution et à la nécessité d’utiliser des arguments corrects pour appuyer son cas. (Voir Fiche Evaluation).

 

 

Fiches

 

Partenaires du projet

Fondation La main à la pâte