Epistémè - Bons et mauvais arguments

Bons et mauvais arguments

 

Objectifs

Apprendre à distinguer les bons et les mauvais arguments, notamment à identifier les « arguments fallacieux ».

Apprendre à argumenter : à utiliser des données, des connecteurs, une structure d’argumentation.

Ce que font les élèves

Identifier des arguments fallacieux.

Les utiliser afin de défendre une position (concours de mauvaise foi)

Construire une argumentation correcte  (commentaire argumenté)

Ce que fait l’enseignant

Aider à identifier et à classer les arguments fallacieux, à les reconnaître dans des débats et exemples de la vie de tous les jours.

Liens avec les programmes / notions disciplinaires

Langages pour penser et communiquer

Compréhension des textes et de leurs implicites.

Appropriation des codes du langage, de l’organisation et formalisation des arguments pour améliorer la communication et la réflexion.

Compétences, attitudes travaillées

Raisonnement

Argumentation

Productions

Cartes des arguments fallacieux.

Argumentaire de mauvaise foi

Argumentaire légitime, cohérent et fondé

Matériel

Ordinateur pour dessiner et imprimer

Plastifieuse (optionnel)

Fiche modèle de cartes

Fiche Argumentaire

Durée

1h+1h 

+45’ (option)

 

Activité 1 : Des arguments fallacieux (1h)

Objectif : Faire identifier les arguments fallacieux qui peuvent être utilisés dans un débat ou une discussion. Introduire l’idée que des  arguments fallacieux peuvent être utilisés dans un débat ou une discussion et qu’on peut les analyser même si on ne connaît pas les contenus du débat.

 

L’activité se déroule autour de l’analyse d’arguments fallacieux. Pour favoriser l’engagement des élèves, on leur présente une situation fictive mais qui pourrait se présenter dans leur vie de tous les jours; par exemple, à l’école : Une étudiante a fait un discours public autour d’une problématique d’intérêt social qui a soulevé beaucoup de critiques. Il s’agit pour les élèves d’analyser les arguments utilisés pour la critiquer. Mais on ignore ce que  l’étudiante a dit exactement, par conséquent on ne peut pas se prononcer sur les contenus mais sur la forme des arguments utilisés. (Voir Fiche pour les élèves : Après le plaidoyer)

 


NOTE

Le plaidoyer de l’étudiante pourrait concerner un aspect de la vie à l’école (par exemple, l’opportunité de modifier les horaires scolaires pour mieux s’adapter aux rythmes biologiques des adolescents ; voir infra), des droits civils, les droits des animaux, protection des espèces…


 

Eléments pour les élèves

Une étudiante a fait un discours public autour d’une problématique d’intérêt social. Elle a détaillé ses arguments en s’appuyant sur des données scientifiques qu’elle avait identifiées grâce à des recherches documentaires. Elle a discuté les objections à sa proposition, a pris en considération les conséquences négatives possibles et a proposé des  compromis. Mais voici ce qu’on lui a répondu…

 

  1. « Ce qu’elle dit est du grand n’importe quoi. Elle n’a que 15 ans ! Comment une si jeune personne pourrait avoir de bons arguments ? Je ne me prendrai pas la tête à chercher à les comprendre, bien sûr ! »
  2. « Tu t’imagines ce que cela impliquerait comme changement si elle avait raison ? Du coup je ne pense pas que ça puisse être vrai.  »
  3. « Elle a fait des affirmations basées sur des données scientifiques. Moi, je connais deux scientifiques, mon cousin et mon beau-frère. Ce sont des types très peu réalistes et ils s’intéressent très peu au concret. Je suis sûr que tous les scientifiques sont comme ça. »
  4. « Si personne ne l’a jamais fait, c’est bien qu’il doit y avoir une raison, non ? C’est bien la preuve qu’elle a tort, car la majorité a toujours raison... »
  5. « J’ai regardé sur les sites que je fréquente régulièrement, j’ai parlé avec des gens de mon entourage et tout me porte à croire qu’elle a tort ! »
  6. « Elle a fait des affirmations basées sur des données scientifiques. Moi, la science ça ne m’intéresse pas plus que ça; alors, c’est pas ça qui va me convaincre… »
  7. « On commencera par faire ce qu’elle a dit une fois, puis deux, puis tout le monde s’y mettra. Ca en deviendra catastrophique, ingérable. Il faut à tout prix éviter ça.»
  8. « J’hallucine d’entendre ce qu’elle dit ! Elle veut révolutionner le monde ou quoi ? »

 

  • Consigne : Vous ne savez pas ce que  l’étudiante a dit exactement, par conséquent vous ne pouvez pas vous prononcer sur les faits. Mais trouvez-vous que les arguments utilisés pour la critiquer sont corrects ? Y trouvez-vous quelque chose de choquant et pourtant de persuasif ?

 

Les élèves se divisent en groupes de 4 et chaque groupe reçoit 2 arguments critiques à commenter. Le groupe discute 5’ sur ce qui ne va pas dans chaque argument critique et  cherche à donner une description générale de l’argument qui dépasse le cas en question ; par exemple : l’argument s’adresse à l’étudiante et pas aux contenus de son discours, l’argument fait appel à ce que les autres pensent et pas à ce que l’étudiante a dit ...  

Puis, on rapporte en grand groupe et on discute des arguments dans leur ensemble.  On propose une définition générale et un nom pour chaque argument.

 


NOTE

Les arguments de la Fiche 1 sont :

  1. Ad hominem (par lequel on attaque l'adversaire directement dans sa personne en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes)
  2. Argument par les conséquences
  3. Généralisation abusive
  4. Appel au peuple
  5. Sélection des observations (Biais de confirmation : biais cognitif qui consiste à privilégier les informations confirmant ses idées préconçues ou ses hypothèses (sans considération pour la véracité de ces informations) et/ou à accorder moins de poids aux hypothèses jouant en défaveur de ses conceptions).
  6. Non sequitur (illogique)
  7. Pente glissante (Se laisser aller à des actions négatives).
  8. Homme de paille (technique consistant à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée avant de la réfuter).

(Voir les éclairages concernant les arguments fallacieux).


 

Pour permettre  de mieux mémoriser les arguments fallacieux, leur description et rôle dans une discussion, on fabrique des cartes de jeu pour chaque argument.

Les élèves fabriquent une carte pour chaque argument. Chaque carte comporte un titre (nom de l’argument), un descriptif général, un exemple (celui fourni ou un autre au choix des élèves), un symbole pour chaque catégorie d’arguments fallacieux. Les symboles sont déjà présents sur le modèle de cartes fourni.

 

ATTENTION ! Toutes les cartes seront réutilisées par la suite dans le cadre de l’activité 2  et sont à remobiliser dans le Tournoi d’Argumentation.

(Voir la Fiche Modèle de cartes Arguments fallacieux et les aides à la construction des cartes)

 

 

Activité 2 optionnelle : Utiliser les cartes « Arguments fallacieux »  dans le cadre d’un concours de mauvaise foi (45’)

Objectif : Utiliser les arguments fallacieux, en pleine conscience d’être de mauvaise foi, pour apprendre à mieux les reconnaître dans une discussion.

 

Les élèves sont divisés en groupes de 4. Chaque groupe tire au hasard 3 cartes « Arguments fallacieux ». Les cartes sont remises dans le tas ; de cette manière, il peut arriver que les cartes se répètent entre groupes.

L’enseignant choisit des affirmations et demande à chaque groupe de les défendre ou de les attaquer en utilisant ses cartes. 

 

Exemples d’affirmations pour les défenses argumentatives « de mauvaise foi » :

  1. Franck dit que pour faire passer le hoquet il faut boire 7 gorgées d’eau.
  2. Jamila dit que les téléphones portables ne devraient pas être utilisés à l’école.
  3. Francine dit que les jeux vidéo sont dangereux pour la santé.
  4. Jules trouve que le dernier film de la saga Star Wars manque d’originalité.
  5. Carole est indignée par la manière dont les réseaux sociaux ont critiqué le dernier film de la saga Star Wars.

 

Chaque groupe gagne :

  • 1 point par carte utilisée.
  • 1 point par argument. On peut utiliser la même carte un maximum de 3 fois, pour nourrir trois arguments différents par le même type « d’argument qui pue ».
  • 2 points si l’argument est jugé persuasif par le jury (le jury comprend l’enseignant et 1 membre désigné pour chaque groupe).

 

 

Activité 3 : Argumenter (1h)

Objectif : Construire un commentaire bien argumenté à partir de faits et en apportant ses arguments de manière cohérente et légitime (sans argument fallacieux)

 

Les élèves se mettent dans la peau de l’étudiante qui a prononcé le vibrant argumentaire.  C’est à eux maintenant de le reconstruire à partir de leurs idées, connaissances, expériences, mais aussi en mobilisant des faits de nature scientifique.

Divisés en groupes de 4, les élèves construisent un argumentaire à proposer au reste de la classe. Pour les aider dans la construction de leur argumentation, l’enseignant fournit des documents comportant des faits, données, connaissances de nature scientifique en lien avec le thème et des aides à la structuration d’un discours argumenté.

 

EXEMPLE DE DÉROULEMENT :

Les élèves écrivent de manière synthétique leurs arguments  en suivant un fil cohérent :  d’abord, ils introduisent le problème et décrivent la problématique; puis, ils développent leur argumentation; enfin, ils exposent leurs conclusions. Sur cette base, ils préparent leur argumentaire oral, qui sera présenté au reste de la classe. Pour les aider à mieux visualiser la structure de leur argumentation, nous fournissons un plateau et des étiquettes (Fiche Argumentaire). Le plateau a pour but de permettre de mieux visualiser l'ordre et l'enchainement des arguments. Les élèves pourront écrire leurs arguments sur des post-it et les placer sur le plateau au bon endroit (le plateau sera dans ce cas imprime es format A3 ou dessiné sur une grande feuille).  Pour relier leurs arguments entre eux ils peuvent se servir des étiquettes fournies (étiquettes fonction et opérateurs de connexion), à découper et à placer entre les arguments (étiquettes opérateurs de connexions) ou à côté des arguments (étiquettes fonction). Ceci permet d'avoir un aperçu visuel plus immédiat du genre d'arguments utilisés, de leur enchainement, et des liens logiques que les relient. Les étiquettes constituent en outre un rappel du genre d'opérateurs logiques et fonctions qu'ils peuvent rencontrer au sein d'un argumentaire.

 

Aides fournies (Voir Fiche Argumentaire)

  • Tableau d’argumentaire;
  • Etiquettes avec indication de la fonction qu’une certaine affirmation joue dans le discours;
  • Etiquettes avec des opérateurs de connexion entre les différentes affirmations, questions, hypothèses du discours;
  • Cartes comportant des faits, données, connaissances scientifiques relatives à l’argument discuté.

 

Exemples de thèmes pour l’argumentaire

  • Est-ce qu’on devrait repousser l’heure de début des cours pour respecter les rythmes biologiques des adolescents ? (voir infra)
  • Peut-on cloner pour sauvegarder des espèces ou récréer des espèces disparues ?
  • Conquête de l’espace : comment la justifier ?

 


NOTE : Pour l’argument transversal, un modèle de « cartes Info » et de références est fourni dans la Fiche Argumentaire. Pour les thèmes disciplinaires, l’enseignant de Français peut se coordonner avec les collègues de SVT et Physique-Chimie ou Technologie.


 

Un jury composé de l’enseignant et d’un membre de chaque groupe (identifié à l’avance) évalue l’utilisation des différentes cartes et la non-utilisation d’ « arguments fallacieux » et assigne les points :

  • 3 points pour la cohérence entre les 3 parties (introduction, déroulement, conclusion)
  • 1 point par contenu général, exemple ou analogie utilisés
  • 2 points par contenu scientifique utilisé
  • 1 point pour chaque étiquette placée correctement sur la fonction
  • 1 point par opérateur de connexion utilisé de façon appropriée
  • 3 points pour l’expression orale
  • 2 points pour la capacité de persuasion.

 

 

Evaluation

L’enseignant utilise le score obtenu par chaque élève pour évaluer ses acquis immédiatement après la Séquence (Voir Fiche Evaluation).

 

 

Fiches

 

 

Un exemple de débat avec des cartes "informations scientifiques"

  1. Faudrait- il repousser l’heure de début des cours pour respecter les rythmes biologiques des adolescents ?

 

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

DIFFÉRENCES ENTRE INDIVIDUS

Les besoins en sommeil se modifient avec l’ âge (en particulier dans les premières années de vie)

(1)

CONSÉQUENCES DE LA PRIVATION DE SOMMEIL

La privation de sommeil altère les performances cognitives tout au long de la semaine.

(1)

DIFFÉRENCES ENTRE INDIVIDUS

Une majorité́ de sujets dort un temps moyen de huit heures par nuit environ, certains ayant besoin de 9 à 10 heures de sommeil, (les "gros" dormeurs), et un petit nombre, de moins de six heures voire trois ou quatre heures seulement (les petits dormeurs).

(1)

 

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

DIFFÉRENCES ENTRE INDIVIDUS

On distingue des personnes qui sont « du soir », s’endorment tard avec des difficultés de réveil le matin et d’autres dites « du matin » qui ont sommeil tôt le soir (mais se réveillent sans difficulté et en forme le matin).

(1)

CONSÉQUENCES DE LA PRIVATION DE SOMMEIL

Chez certains sujets la persistance de privation de sommeil a des conséquences observables négatives (troubles de l’humeur voire dépression, troubles de la mémoire, de l’alimentation....).

 

(1)

CONNAISSANCES SUR LE SOMMEIL

Les éléments de la connaissance scientifique plus approfondie du sommeil sont relativement récents et ne sont qu’au début de leur développement.

(1)

 

 

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

CONNAISSANCES SUR LE SOMMEIL

Alors qu’un homme de 60 ans aura passé le tiers de sa vie à dormir dont cinq ans à rêver, nombre de personnes dans l’opinion continuent à penser que le sommeil est purement et simplement du temps perdu. L’organisation actuelle du mode de vie avec des rythmes de travail particulièrement perturbants ne favorise pas le sommeil.

(1)

RÔLE DU SOMMEIL

Loin d’être une période de soustraction absolue au réel, d’abandon incontrôlable ou d’épisode de dangereuse vulnérabilité, le sommeil est aujourd’hui compris comme un temps d’intense activité physiologique permettant - grâce à des mécanismes précis et synchrones - tout à la fois le repos et la restauration des fonctions essentielles du corps et de l’esprit.

(1)

BESOINS DE SOMMEIL

En dehors de toute maladie, l’enfant est souvent fatigué à l’école. Cette fatigue est souvent en rapport avec un excès d’activités, qu’elles soient de loisirs (activités sportives, activités artistiques, temps passé devant l’ordinateur ...) ou de soutiens scolaires divers (cours particulier, surinvestissement des parents dans le contrôle des devoirs et leçons...).

(2)

 

 

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

Fait, donnée, connaissance scientifique qui peut servir d’argument

BESOINS DE SOMMEIL

Les adolescents compensent le déficit en sommeil en allongeant leur temps de sommeil pendant les week-ends et les vacances, tout en continuant d'avoir des retards du coucher et du lever pendant ces périodes. Il a été décrit que pendant leurs vacances, 85 % des lycéens (région lyonnaise) dorment plus longtemps : 1 à 2 h de plus pour 49 %, 3 à 4 h de plus pour 21 % et au-delà de 5 h pour 3 %.

(2)

 

BESOINS DE SOMMEIL

Bien que les besoins en sommeil de l'adolescent se situent aux environs de 9 h par nuit, la plupart d'entre eux ne dorment que 7 à 8 h en période scolaire (enquête SOFRES 2005 : 7 h 46 min en moyenne).

(2)

 

 

Sources

  • Ministère de la santé (2006). Rapport sur le thème du sommeil

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000899.pdf

  • Académie nationale de Médecine (2010). Rapport Aménagement du temps scolaire et santé de l’enfant

http://www.education.gouv.fr/archives/2010/rythmes-scolaires/static.talkspirit.fr/men/media/Rapport_academie_de_medecine.pdf

 

Partenaires du projet

Fondation La main à la pâte