Les écrans, le cerveau… et l’enfant

Séquence 7 : La mémoire
Auteurs : elena Pasquinelli(plus d'infos)
Gabrielle Zimmermann(plus d'infos)
Anne BERNARD(plus d'infos)
Béatrice Descamps-Latscha(plus d'infos)
Résumé :
Séance 16. Ma mémoire et l’écran Séance 17. Stratégies pour la mémoire
Publication : 4 Mars 2015

Eclairages scientifiques


Séance 16 – Ma mémoire et l’écran

  • Durée : 1h
  • Matériel :
    Pour chaque élève :
    Fiche 29
  • Objectifs :
    • Faire découvrir aux élèves qu’il y a des souvenirs qui sont personnels et des connaissances qui sont partagées collectivement
    • Faire prendre conscience que les écrans sont de nouveaux moyens pour suppléer la mémoire, avec leurs avantages et leurs risques
  • Compétences travaillées :
    • Pratiquer une démarche d’investigation : savoir observer, questionner
    • Lire, interpréter et construire quelques représentations simples : tableaux, graphiques
  • Lexique : Mémoire, mémoire collective, supports de mémoire

L’enseignant invite la classe à remobiliser les idées exprimées lors de la séance initiale concernant la manière dont les écrans sollicitent l’une des fonctions du cerveau : la capacité de se souvenir, la mémoire.

Question initiale

L’enseignant demande : « y a-t-il des choses dont on se souvient pendant longtemps ? » La classe évoquera par exemple les souvenirs de vacances, un repas d’anniversaire, etc., mais aussi les tables de multiplication, la conjugaison des verbes, ou encore un savoir-faire (nager, faire du vélo).

L’enseignant demandera alors : « y a-t-il des souvenirs, des savoirs que nous avons en commun et des souvenirs, des savoirs qui nous sont personnels ? » Le maître demande de raconter un événement qui a été vécu par la classe entière : sortie dans un musée ou au théâtre, dernière séance de sport ou d’arts plastiques. C’est l’occasion pour l’enseignant d’évoquer la notion de mémoire collective. Les souvenirs de chacun pourront être différents même pour un événement vécu en commun ; le partage des souvenirs enrichit chacun. Certains élèves pourront souligner qu’ils se souviennent mieux des événements qui ont déclenché en eux de fortes émotions : « je n’oublierai jamais quand la classe a donné la représentation de théâtre devant les parents ».

Note pédagogique
La mémoire collective est un concept dont les enfants peuvent facilement prendre conscience : ils partagent certains savoirs, entre eux et même avec des enfants qu’ils n’ont jamais vus, par exemple tout ce qui concerne les bandes dessinées, les films ou livres à succès.

Activité : Supports pour la mémoire

Le maître demande aux élèves de dresser une liste des moyens qu’ils pourraient utiliser pour « garder le souvenir de ces moments passés ensemble » pendant longtemps, pour aider leur mémoire. Il précise qu’il souhaite notamment (mais pas seulement) des moyens impliquant des écrans. Les élèves font leurs propositions, qui sont écrites au tableau, par exemple : « faire des photos, tourner des vidéos, faire des enregistrements audio, mettre des informations ou des images sur un site web, tenir un blog, mais aussi produire des écrits, tenir un carnet de voyage, un journal intime, constituer un herbier ou une collection de coquillages… »

L’enseignant distribue alors à chaque élève un exemplaire de la Fiche 29 proposant un tableau destiné à caractériser ces « supports de mémoire ». Le tableau est collé dans le cahier d’expériences. Le maître le trace également au tableau ou sur une affiche et donne la consigne : « inscrivez les différents “supports de mémoire” dont nous avons fait la liste dans la colonne de gauche. Pour chacun d’entre eux, mettez des croix dans les colonnes qui vous semblent leur correspondre. » à titre d’exemple, il pourra choisir l’une des propositions et cocher les cases avec la classe pour que tous les élèves aient bien compris.


Notes pédagogiques

  • L’activité consistant à remplir ce tableau n’a pas pour but d’aboutir à une « bonne réponse ». Il s’agit ici, avant tout, de faire réfléchir les élèves afin d’alimenter le débat au cours de la mise en commun.
  • En fonction de l’âge de ses élèves et de leur éventuelle connaissance des réseaux sociaux (qui ne relève pas nécessairement de la pratique, mais peut passer par l’expérience de grands frères et soeurs), le maître pourra choisir d’ajouter ce support, si la classe ne l’a pas évoqué d’elle-même. Au cycle 2, il sera possible de se tenir à une comparaison descriptive des différents types de contenus placés sur chaque support.
  • Dans certains cas (par exemple celui des publications sur des réseaux sociaux), les élèves hésiteront sur la possibilité de faire une copie, d’effacer le contenu ou d’en limiter l’accès. De telles hésitations pourront servir de point de départ à un débat de sensibilisation quant à la mise en ligne de données personnelles.

Après un temps de travail individuel, la classe met en commun ses propositions en remplissant la grille collective tracée au tableau par le maître. Pour chaque exemple de « supports de mémoire », les différentes caractéristiques sont discutées et les limites et atouts de chaque support sont mis en évidence. Il pourra alors ressortir de la discussion qu’aucun de ces supports ne permet de garder le souvenir d’une odeur, d’une saveur, d’une émotion. Mais aussi que chacun de ces supports peut se détériorer, ou être perdu.

Pour le cycle 3

Au cycle 3, ce débat peut être l’occasion d’aller plus loin dans la réflexion sur le devenir de nos informations personnelles, une fois qu’on les a mises sur Internet, et sur la différence entre un album de photos « privé » (que l’on montre seulement à certains amis et que l’on peut reprendre) et un album qu’on partagerait publiquement sur la toile.

Pour stimuler la comparaison, l’enseignant peut proposer de faire en pensée l’expérience suivante : « imaginez que l’on vous demande d’apporter des photos ou des vidéos de vous, de votre famille, de vos vacances, de votre maison, et des récits intimes, pour les afficher dans la cour de récréation. Seriez-vous d’accord ? Pensez-vous que les personnes de votre entourage apparaissant sur ces photos seraient d’accord ? » Les élèves pourront répondre : « non, parce que c’est personnel, ça dépend », « ça dépend si tout le monde peut y toucher, prendre un feutre et tout déformer », « ça dépend de la photo : ça peut être une photo qui te dérange un peu, alors non. Mais ça peut être une belle photo et on aime la faire voir. »

Note pédagogique
Le but de ce débat n’est pas de décourager les élèves à utiliser Internet pour partager des souvenirs, mais de les inciter à analyser les avantages et inconvénients des supports dont ils peuvent disposer et de les amener à choisir celui qui convient le mieux à l’usage qu’ils veulent faire de leurs données.

Conclusion, trace écrite

La classe élabore une conclusion collective qui est inscrite au tableau et dans le cahier d’expériences. Par exemple : « Les écrans et d’autres supports peuvent nous aider à conserver certains souvenirs et à les partager. Ils ne remplacent pas notre mémoire. »

Contribution à la « Charte pour bien utiliser les écrans »

Au terme de cette séance, la classe écrit collectivement une recommandation à ajouter à la « Charte pour bien utiliser les écrans » et l’inscrit sur l’affiche installée sur le mur de la classe lors de la séance initiale. Par exemple : « Les écrans permettent de conserver et partager certains souvenirs, mais il faut connaître les risques. Nos souvenirs peuvent être utilisés par d’autres sans qu’on le sache, ou rester alors qu’on voudrait les effacer, ou se perdre… »

 


Séance 17 – Stratégies pour la mémoire

  • Durée : 1h
  • Matériel :
    Pour chaque élève :
    • Un carré de papier par enfant, avec un mot écrit extrait d’une poésie
    Fiche 30
  • Objectifs :
    • Faire découvrir aux élèves la mémoire à court terme et la mémoire à long terme
    • Faire prendre conscience aux élèves de quelques stratégies pour exercer la
    mémoire
  • Compétences travaillées :
    • Dire de mémoire quelques textes
    • Échanger, questionner, justifier un point de vue
  • Lexique : Mémoire, stratégie

Situation déclenchante

L’enseignant incite la classe à remobiliser les conclusions sur la mémoire et ses supports (séance 16) : ces supports ne sont pas toujours disponibles, ils sont incomplets (ne gardent pas toutes les informations), peuvent se perdre, et l’on pourrait avoir besoin d’une information « immédiatement » disponible en mémoire, sans avoir à consulter l’ordinateur (ou tout autre support).

L’enseignant aura préparé à l’avance un carré de papier sur lequel est inscrit un substantif, extrait d’une poésie comme « En sortant de l’école » de Jacques Prévert (Fiche 30). Chaque élève reçoit un mot différent.

école – chemin de fer – terre – wagon – mer – coquillages – îles – naufrages – saumons – lune – étoiles – bateau – voiles – mousquetaires – doigts – main – manivelle – sous-marin – oursins – maison – hiver – printemps – garde-barrière – fleurs – voie – soleil – cheval – voiture.

L’enseignant invite les élèves à s’asseoir en cercle. Chacun à son tour dit le mot qu’il a reçu et répète les mots lus par les élèves précédents. La classe remarque qu’à mesure que l’on avance dans le cercle, et que le nombre de mots à répéter augmente, la tâche devient de plus en plus difficile, et même impossible. Si besoin, le maître pourra demander : « jusqu’où arrive-t-on à avancer dans le cercle ? combien de mots avez-vous retenus au maximum ? » Il demande alors quelle fonction de notre cerveau nous utilisons au cours de cette activité. Les élèves s’accorderont en général pour répondre que c’est la mémoire.

Débat et activité : Les stratégies de la mémoire

L’enseignant demande à la classe « comment pourrions-nous faire pour avancer plus loin dans le cercle ? quelles stratégies pourrions-nous trouver pour nous aider à mieux nous rappeler la suite de mots ? » La classe débat. Certains élèves pourront suggérer d’écrire, mais l’enseignant rappelle que – cette fois – il faut trouver des stratégies sans recourir à un « support externe ». D’autres pourront suggérer : « répéter les mots, regrouper les mots en relation les uns avec les autres (exemple : terre, lune, soleil), des
mots de sonorité proche (exemple : étoile, voile, voie, doigt), des mots formant une phrase (la lune tourne autour de la terre), les mettre en musique, etc. ». Les stratégies proposées par les élèves sont écrites au tableau. L’enseignant propose d’en mettre à l’épreuve quelques-unes.

Les élèves se divisent en petits groupes et reçoivent la liste de tous les mots (28 dans l’exemple présenté ci-dessus). Chaque groupe est mis au défi d’utiliser l’une des stratégies afin de dépasser le nombre de mots qu’ils avaient réussi à retenir lorsqu’ils étaient en cercle.

Note pédagogique
Si les élèves peinent à proposer des stratégies de mémorisation, l’enseignant pourra en proposer, que la classe pourra essayer :
• la répétition ;
• la recherche de rimes ou de sonorités ;
• l’organisation des informations en catégories (regrouper la série de mots en diverses catégories : fleurs, animaux, objets,…) ;
• si les mots sont concrets, se représenter les images ;
• regarder attentivement le texte, son allure.
L’une des stratégies les plus anciennes et efficaces pour la mémorisation est la méthode des lieux ou « palais de la mémoire » : elle consiste à associer au souvenir de lieux déjà bien connus les éléments nouveaux (mots, discours, etc.) que l’on souhaite mémoriser (par exemple, un mot est associé à un lieu de la maison) ; au moment de restituer la liste des mots, le « mémorisateur » traverse en pensée chaque lieu et y retrouve le mot qu’il y avait placé mentalement.

Mise en commun

Chaque groupe désigne un orateur qui pourra réciter la liste des mots retenus : en racontant une histoire, en récitant des mots qui ont la même rime, en mettant un certain nombre de mots en chanson, en formant des « paquets » de mots de la même famille, etc. Un bref débat permettra de dégager, une nouvelle fois, que plusieurs stratégies existent et que chacun a « une préférence » pour une stratégie qui « semble mieux fonctionner pour lui ».

L’enseignant pourra demander aux élèves s’ils voient des avantages à apprendre par coeur. Les réponses peuvent être variées : « plus tard, je voudrais être acteur de théâtre », « une fois qu’on sait, c’est rapide de retrouver », « c’est plus rapide que de rechercher sur Internet, et puis si on n’a pas Internet… », « mais de toutes façons, on ne peut pas tout savoir », « je vais plus vite à faire un calcul si je sais bien mes tables », etc.

Conclusion, trace écrite

La classe élabore une conclusion collective qui est inscrite au tableau et dans le cahier d’expériences. Par exemple : « Il existe plusieurs stratégies possibles pour se souvenir mieux. »

Contribution à la « Charte pour bien utiliser les écrans »

Au terme de cette séance, la classe écrit collectivement une recommandation à ajouter à la « Charte pour bien utiliser les écrans » et l’inscrit sur l’affiche installée sur le mur de la classe lors de la séance initiale. Par exemple : « Les écrans, c’est bien pour aider la mémoire, mais on n’en a pas forcément besoin tout le temps. »

Prolongement : la poésie

L’enseignant distribue aux élèves une copie de la poésie d’où les mots sont tirés à apprendre pour leur travail de français. Selon l’âge des élèves la poésie peut être apprise en entier ou par strophes. Au moment de la récitation, l’enseignant pourra faire remarquer qu’apprendre la poésie par coeur demande du travail : c’est une façon de faire retenir les 28 mots, et bien plus encore…

 


<< Retourner à la liste des séances Aller à la séquence 8 >>