Boite à questions: Connaît-on les effets de ce qui est affiché aux murs de la classe sur l’attention des élèves ?

 

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Il est fréquent que les murs des salles de classe soient plus ou moins couverts avec des dessins ou des travaux des enfants, des photos, des documents à visée pédagogique...

Les murs de l'école maternelle sont en général plus décorés que ceux de l’école élémentaire.

Cependant, certaines écoles ont d'autres pratiques...


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       (c) Fisher, Godwin, Seltman (2014)

 

 

Des pratiques variées, des questions auxquelles la recherche scientifique peut aider à répondre

 

Les écoles Montessori réduisent au minimum, selon les indications de Maria Montessori elle-même, les affichages sur les murs de la classe. (i) 

C'est aussi le cas d’une école parisienne qui accueille des enfants avec des troubles spécifiques de l’apprentissage et de l’attention : les murs y sont laissés nus, sauf celui situé au fond de la salle de la classe (les enfants lui tournent le dos) qui peut éventuellement comporter des affiches. (ii)

Les affichages sur les murs des classes peuvent-ils avoir un effet négatif sur l’attention de l’élève : peuvent-ils attirer son attention, la détourner de ce qui se passe à un moment donné entre lui, l’enseignant et le reste de la classe et compromettre ses apprentissages ? 

 

 

Existe-t-il des études scientifiques sur ce sujet ? 

 

Il n’est pas facile d’étudier l’attention, et elle seule, dans une salle de classe. C’est ce qu’a tenté une équipe américaine de psychologues du développement en 2014. (iii)

Dirigés par Anna Fischer (Carnegie Mellon University), ils ont  transformé pour l’occasion un laboratoire en salle de classe. Les 23 enfants de 5 ans environ participant à l’expérience ont visité le laboratoire-classe à plusieurs reprises pour se familiariser avec cet environnement. Durant cette phase d’accoutumance, les murs étaient modérément décorés. Puis, les enfants ont eu une série de six leçons de science données par un enseignant-chercheur. Les murs de la classe étaient soit totalement nus (pour une moitié des leçons), soit couverts d’affichages variés sans rapport avec la leçon (pour l’autre moitié). 

Les psychologues ont recherché des variations de l’attention des enfants en fonction des deux environnements en les filmant pendant les leçons et en considérant chaque perte de contact visuel avec l’enseignant comme un moment de distraction. Ils ont également cherché à établir si la condition mur nu ou mur décoré avait un effet sur l’apprentissage : à la suite de chaque leçon, les enfants devaient répondre à six questions sur son contenu. Quels sont les résultats ? Le film met en évidence que le regard des enfants se détachait plus souvent de l’enseignant lorsque les murs étaient décorés. De plus, leurs regards se dirigeaient de façon significative vers les murs de la classe. Les réponses aux questions étaient en moyenne meilleures dans la condition murs nus

 

 

Les auteurs de cette étude suggèrent donc que l'environnement visuel de la classe peut avoir des conséquences sur l'attention et l'apprentissage des élèves. 

Cependant...

 

Les résultats de l'étude, tout en mettant en évidence un phénomène potentiellement important pour la conception des espaces d'apprentissage, ne constituent certainement pas une injonction, ni même un conseil, sur la façon de concevoir une salle de classe. Les auteurs de l’étude insistent eux-mêmes sur ce point.

Il est possible que, au fil du temps, les enfants s’habituent aux décorations sur les murs, mais ce point n’a pas pu être démontré dans l’étude, qui s'est déroulée sur  une période relativement limitée (iv) 

Par ailleurs, les enfants ayant participé à cette expérience étaient en maternelle (âges compris entre 4 et 6 ans). Comme la capacité de se concentrer et de résister à la distraction évolue et augmente avec l’âge, on ne peut pas généraliser les résultats aux cas d’enfants plus âgés.

Enfin, il faut noter que l’étude a été réalisée sur un petit échantillon (23 enfants) et est pour l’instant relativement isolée. (v)

Le mérite de cette première étude est de suggérer que l’environnement visuel de la salle de classe pourrait être optimisé pour obtenir de meilleures conditions d’apprentissage en favorisant une meilleure concentration.

 

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Notes et Références

 

(i) Dans les écoles Montessori, l’affichage sur les murs de la classe est réservé le plus souvent aux activités en cours, dans le but de focaliser l’attention de l’enfant sur l’apprentissage qui a lieu à un certain moment et sur le matériel concerné. L’un des principes avancés par Maria Montessori est que la classe est un « environnement préparé » par l’adulte pour l’enfant et qui contient tout ce qui est nécessaire pour l’apprentissage, mais rien de plus (voir Montessori, 2003).
(ii) Ecole du CERENE http://www.cerene-education.fr/fr/lecole-du-cerene.
(iii) Fisher, Godwin, Seltman, 2014.
(iv) On pourra consulter à ce propos, les travaux de Adele Diamond, professeur de neurosciences cognitives du développement à l’Université de Vancouver (Canada), et lire son article en français sur l’apprentissage et les fonctions exécutives l’attention : Diamond, 2009.
(v) A notre connaissance, seule une autre étude, également coordonnée par Anna Fisher, a cherché à mesurer l’effet des murs décorés sur l’apprentissage (voir Godwin & Fischer, 2011).
 
  • Fisher, A. V., Godwin, K. E., & Seltman, H. (2014). Visual Environment, Attention Allocation, and Learning in Young Children When Too Much of a Good Thing May Be Bad. Psychological science, 0956797614533801. https://www.youtube.com/watch?v=qt0muSzEd_M
  • Godwin, K., & Fisher, A. (2011). Allocation of attention in classroom environments: Consequences for learning. In L. Carlson, C. Hölscher, & T. Shipley (Eds.), Proceedings of the 33rd Annual Conference of the Cognitive Science Society (pp. 2806–2811). Austin, TX: Cognitive Science Society.
  • Diamond, A. (2009). Apprendre à apprendre. Dossier de La Recherche, 34, 88-92.http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2950655/
  • Montessori, M. L’esprit absorbant de l’enfant. Desclée de Brower, 2003.

 

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Réponse rédigée par 

Elena Pasquinelli, Fondation La main à la pâte / Institut Jean Nicod (Département d'études cognitives, ENS Paris)

et

Anne Bernard-Delorme, Docteur en médecine, ancien chercheur à l'Inserm, chargée de mission à l' Académie des sciences, membre de la Fondation La main à la pâte

Dernière mise à jour novembre 2014


 


Réponse rédigée par 

Elena Pasquinelli, Fondation La main à la pâte / Institut Jean Nicod (Département d'études cognitives, ENS Paris)

et

Anne Bernard-Delorme, Docteur en médecine, ancien chercheur à l'Inserm, chargée de mission à l' Académie des sciences, membre de la Fondation La main à la pâte

Dernière mise à jour novembre 2014



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