Vivre ensemble : la cognition sociale

Auteurs : Anne BERNARD(plus d'infos)
Résumé :
L’être humain est un animal social. Son cerveau le rend capable de percevoir, de comprendre et de juger ce que d’autres ressentent, croient, et pensent, et lui permet de se comporter de façon contrôlée, adaptée et cohérente. Plusieurs aptitudes cérébrales sont concernées, elles sont regroupées sous le nom de cognition sociale.
Copyright :
Creative Commons France. Certains droits réservés.

 

L’être humain est un animal social. Son cerveau le rend capable de percevoir, de comprendre et de juger ce que d’autres ressentent, croient, et pensent, et lui permet de se comporter de façon contrôlée, adaptée et cohérente. Plusieurs aptitudes cérébrales sont concernées, elles sont regroupées sous le nom de cognition sociale.

Percevoir l’autre

Lorsqu’un visage humain entre dans notre champ de vision, nous le détectons et l’identifions comme tel, presqu’immédiatement, sans en avoir conscience. Nous l’explorons pour percevoir les émotions qu’il exprime, en commençant par la zone des yeux et en insistant sur le regard, élément capital dans nos interactions sociales. 

En quelques millisecondes, notre cerveau nous permet d’avoir une idée de la personne, de son âge, de reconnaître l’émotion qu’elle exprime, de deviner ses intentions, de saisir à quoi elle fait attention ; il nous rend capable de nous préparer à y répondre par un comportement adapté. 

La vision d’une figure humaine active un vaste réseau de régions dans notre cerveau, celles impliquées spécifiquement dans la reconnaissance des visages, dans l’analyse des expressions faciales et le traitement des informations émotionnelles (rôle crucial des amygdales cérébrales), dans la perception de l’action, certaines régions de la mémoire…

Comprendre l’autre : empathie, théorie de l’esprit

Nous sommes capables d’attribuer, de façon automatique et/ou contrôlée, des états mentaux cognitifs et affectifs à autrui. Cette aptitude favorise les interactions sociales, la communication avec autrui et tend à créer ou à entretenir des liens sociaux. 

On distingue généralement l’empathie et la théorie de l’esprit.

L’empathie nous rend capables de partager et de ressentir les sentiments d’autrui. Nous ressentons une émotion en réaction à celle(s) exprimée(s) par autrui, nous nous représentons ses sentiments, nous « nous mettons à sa place »,  tout en pouvant contrôler nos propres émotions. 

La théorie de l’esprit nous permet d’attribuer un état mental à autrui. Nous nous représentons mentalement ses intentions, ses croyances, ses préférences, ses pensées et nous comprenons, instinctivement ou par raisonnement, qu’elles dictent ses comportements. 

Empathie et théorie de l’esprit impliquent le cortex préfrontal du cerveau ainsi que, pour l’empathie émotionnelle, le système limbique (dont les amygdales) dans les zones profondes du cerveau.

Coopérer, communiquer, transmettre

La cognition sociale joue un rôle majeur dans l’adaptation des individus à leur groupe, plus ou moins grand, plus ou moins complexe. L’appartenance à un groupe influence notre façon d’appréhender le monde et d’interagir avec lui. 

Mais les êtres humains ne se limitent pas à interagir socialement. Ils s’engagent dans des entreprises complexes de coopération (tailler un silex, inventer des jeux collaboratifs, participer à une association, etc.). 

La capacité de coopération débouche sur la conception collaborative de produits culturels, sur l’apprentissage à partir d’autrui et sur la transmission de son propre savoir à d’autres membres du groupe, c’est à dire sur la construction d’une culture.

La vie en société implique d’autres aptitudes relevant de la cognition sociale, le raisonnement moral et le jugement moral. Le jugement moral combine nos raisonnements rapides, implicites, émotionnels et inconscients et nos raisonnements explicites, conscients, argumentés. 

La cognition sociale chez le bébé et le jeune enfant

Le bébé s’intéresse très tôt au visage humain et tout particulièrement au regard, ce qui lui permet de saisir le monde que les adultes regardent et de le connaître à travers eux. 

Très tôt également, son cerveau lui permet d’apprendre ce que d’autres savent ou savent faire. Vers l’âge de 10-12 mois, il fait preuve d’empathie, il est sensible aux émotions des autres. A 12-14 mois il s’engage dans des interactions collaboratives, qui deviennent progressivement plus complexes: il commence par faire à côté de l’autre, puis avec l’autre. 

A partir de l’âge de 4 ans, l’enfant montre par son comportement qu’il est capable d’attribuer à autrui des états d’esprit, des intentions, des préférences, des pensées, différents des siens. Cette étape augmente ses capacités d’apprentissage par imitation et par coopération avec les adultes et d’autres enfants. 

 

Références

Sur vos étagères :

  • Collins, T. (2018). La cognition: du neurone à la société. Gallimard.
  • Dehaene, S. (2018). Apprendre !: Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob.
  • Gopnik, A. (2018). Anti-manuel d’éducation: l’enfance révélée par les sciences. Le Pommier.
  • Gopnik, A., Meltzoff, A. N., & Kuhl, P. K. (2005). Comment pensent les bébés ?. Le Pommier.
  • Tomasello, M., & Sensevy, G. (2015). Pourquoi nous coopérons. Presses universitaires de Rennes.
  • Pasquinelli, E. (2014). Du labo à l’école : science et apprentissage. Le Pommier.
  • Allain, P., Aubin, G., Le Gall, D. (2012). Cognition sociale et neuropsychologie. Solal.
  • Fiske, S. T., & Taylor, S. E. (2011). Cognition sociale: des neurones à la culture. Mardaga.