Les émotions

Auteurs : Anne BERNARD(plus d'infos)
Résumé :
Qu’est-ce que la peur, la joie, la colère, ou encore le dégoût, ont en commun ? Ce sont des émotions. Les émotions jouent, au fil des jours, un rôle essentiel dans notre adaptation à l’environnement et notre communication avec autrui. Elles interagissent de façon cruciale avec nos fonctions cognitives.
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Qu’est-ce que la peur, la joie, la colère, ou encore le dégoût, ont en commun ? Ce sont des émotions. Les émotions jouent, au fil des jours, un rôle essentiel dans notre adaptation à l’environnement et notre communication avec autrui. Elles interagissent de façon cruciale avec nos fonctions cognitives. 
 

Peut-on définir les émotions ?

La définition des émotions n’est pas, encore aujourd’hui, complètement consensuelle. De nombreuses classifications ont été proposées, à partir d’approches variées.

Il est généralement admis que les émotions que nous ressentons :

  • sont des expériences plutôt rapides et d’intensité variable ;  
  • s’accompagnent de modifications de l’état du corps (augmentation de la vigilance, pâleur ou rougeur, accélération de la respiration et des battements du cœur, etc.) ;
  • engendrent des expressions faciales (comme le sourire ou le froncement des sourcils), des modifications de la voix et des vocalisations ainsi que des postures et des gestes (la fuite par exemple) ;
  • peuvent être colorées positivement (plaisir) ou négativement (déplaisir) ;
  • sont déterminées par la façon dont nous évaluons la situation dans laquelle nous sommes ; nous ne donnons pas la même signification émotionnelle à une scène si elle se passe dans la vie réelle ou au théâtre ;
  • sont une réponse à un stimulus « émotionnellement compétent », c’est-à-dire un stimulus qui provoque une émotion (la vue d’un serpent ou le rugissement d’un lion).

La peur, la surprise, la joie, la tristesse, la colère et le dégoût sont souvent considérés comme les six émotions de base, nécessaires à la survie. Mais nous savons par expérience que dans notre vie quotidienne notre palette émotionnelle est beaucoup plus large et peut inclure la jalousie, la honte, la culpabilité, l’admiration, l’orgueil, la déception, l’enthousiasme, le mépris… 

A quoi servent les émotions ? 

Les émotions sont utiles à l’individu qui les ressent et servent aussi, puisqu’elles ont une expression, à autrui.

  • Les émotions influencent les fonctions cognitives (perceptions, attention, mémoire) : le caractère émotionnel d’une situation modifie la probabilité qu’une information passe le goulot d’étranglement de l’attention ; un visage exprimant de la colère par exemple active plus la région du cortex cérébral impliquée dans la perception des visages qu’un visage neutre ; une forte émotion forte a un retentissement sur la mémorisation et le rappel d’un souvenir.
  • Elles influencent nos choix et nos décisions : selon Antonio Damasio, raison et émotion ne s’opposent pas. Devant un choix à faire ou une décision à prendre, les émotions complètent souvent la rationalité et sont pas obligatoirement perturbatrices : le souvenir d’une émotion négative est un frein à refaire une expérience et inversement, des récompenses associées à un événement incitent à le reproduire.
  • Elles déclenchent des comportements adaptés. Ressentir une émotion permet à l’individu d’agir, d’adapter au mieux son comportement en réaction à un changement dans le monde environnant. Lorsque la peur par exemple nous « signale » que nous sommes en danger, l’organisme réagit très rapidement en s’adaptant physiologiquement à la fuite ou à l’agression.

Enfin, les émotions sont essentielles à la communication entre humains. A travers elles, nous communiquons nos états mentaux. L’expression des émotions permet à autrui d’accéder à l’état émotionnel d’un individu et de prédire son comportement ; parallèlement elle induit également une émotion chez celui (ou ceux) qui la perçoivent. Des émotions partagées au sein d’un groupe en renforcent la cohésion et en cela elles constituent une base pour nos relations sociales.

Qu’est-ce qui déclenche une émotion ? 

Les stimuli aptes à produire une émotion sont très variés. Ce peut être l’émotion d’autrui : la colère de quelqu’un peut déclencher la peur chez son interlocuteur ; la peur d’un individu peut susciter la peur chez un autre ou un groupe d’autre. Ce peut être des situations aussi différentes que la vue d’un animal dangereux qui déclenchera la peur, une injustice qui suscitera de la colère, une récompense qui mettra en joie.

La fiction, représentée dans les livres, au théâtre, dans les films, dans les jeux vidéo, est source d’émotions parfois intenses. Ces émotions ressenties « fictionnelles » sont semblables à celles vécues dans la réalité tout en étant différentes : elles n’ont pas la même intensité, ni les mêmes conséquences (une scène de cinéma fait peur, mais le spectateur ne s’enfuit pas) ; elles nous permettent de connaître des émotions que nous ne vivrons peut-être jamais, mais aussi de nous préparer à ce qui pourrait se produire réellement. 

Le cerveau est le siège des émotions

Les émotions mettent en jeu de nombreuses régions du cerveau, le système limbique, l’amygdale, l’hypothalamus, le cortex cérébral, les ganglions de la base, le cervelet…

Parmi elles, l’amygdale a suscité un très grand nombre de recherches. C’est une petite structure située en profondeur dans les lobes droit et gauche. Les amygdales sont connectées aux aires sensorielles (perceptions) du cortex, à l’hippocampe (mémoire à long terme), à l’hypothalamus (régulation des réflexes viscéraux) et au réseau de l’attention. Des lésions de l’amygdale produisent une diminution de la réaction de peur et une incapacité à reconnaître les expressions des états émotionnels exprimées sur un visage.

Le cortex préfrontal contrôle les émotions, module leurs expressions et les conduites sociales qui les accompagnent.

Les émotions ont été un sujet d’études pour les philosophes depuis l’Antiquité jusqu’aux temps modernes (Aristote et René Descartes entre autres) et pour les psychologues depuis la naissance de la psychologie (William James), sans oublier Charles Darwin et sa vision évolutionniste.

Le masque de Corée vient du musée Guimet
Celui du Gabon vient du musée du quai Branly
Celui de Mycènes vient du Louvre

 

Références

Sur vos étagères

  • Sander, D., & Scherer, K. R. (2019). Traité de psychologie des émotions. Dunod.
  • Collins, T. (2018). La cognition: du neurone à la société. Gallimard.
  • Damasio, A. (2017). L’Ordre étrange des choses: La vie, les sentiments et la fabrique de la culture. Odile Jacob.
  • Damasio, A. (2012). L’Autre Moi-Même. Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions. Odile Jacob.
  • Kahneman, D. (2012). Système 1/Système 2: Les deux vitesses de la pensée. Flammarion.
  • Damasio, A. (2010). L’erreur de Descartes : la raison des émotions. Odile Jacob.
  • James, W. (2006). La théorie de l’émotion. L’Harmattan. (What is an emotion? 1884)
  • Damasio, A. (2003). Spinoza avait raison: joie et tristesse, le cerveau des émotions. Odile Jacob.
  • Adolphs, R., & Anderson, D. J. (2018). The neuroscience of emotion: A new synthesis. Princeton University Press.
  • Darwin, C. (2001). L’expression des émotions chez l’homme et les animaux. Rivages. (première parution 1872).

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