Taxifolia, l'algue qui envahit la Méditerranée

Auteurs : Equipe La main à la pâte(plus d'infos)
Résumé :
L'article de La Recherche publié en Avril 1997 (volume 297, page 46) et écrit par Alexandre Meinesz, professeur à l'université de Nice-Sophia Antipolis rapporte les dernières avancées concernant l'algue "tueuse" de la Méditerranée qui na cessé de défrayer la chronique scientifique ces dernières années.
Copyright :
Creative Commons France. Certains droits réservés.

Larticle de La Recherche publié en Avril 1997 (volume 297, page 46) et écrit par Alexandre Meinesz, professeur à luniversité de Nice-Sophia Antipolis rapporte les dernières avancées concernant lalgue "tueuse" de la Méditerranée qui na cessé de défrayer la chronique scientifique ces dernières années. Cette algue, du nom de Caulerpa taxifolia, plus connue sous le nom de Caulerpe ou de Taxifolia a été observée pour la première fois en 1984 au pied du Musée océanographique de Monaco, doù elle pourrait être originaire suite à une vidange accidentelle dans la mer des aquariums souillés par cette algue, selon le Professeur A. Meinesz. Celle-ci sest multipliée très rapidement et est capable de se développer aussi bien sur le sable, que les rochers ou même la vase. Elle peut couvrir les fonds, de la surface jusquaux profondeurs les plus extrêmes et est placée sous haute surveillance par les laboratoires français, italiens et espagnols. Cette algue a été qualifiée de "tueuse" car capable déliminer les populations de végétaux jusque là dominants dans les fonds sous-marins de la Méditerranée. Depuis 1991, léradication de cette algue est conseillée mais lexpérience montre quelle repeuple le lieu doù elle a été éradiquée.

Alors quelle est la solution ? LInstitut français de recherche et dexploitation en mer (IFREMER) étudie un grand nombre de méthodes déradication. Vu lampleur prise par cette algue, les méthodes darrachage manuel, daspiration, dultrasons semblent vouées à léchec. La lutte biologique constitue depuis trois ans la majorité des voies de recherche. La solution pourrait se nommer ascoglosse, un mollusque marin ressemblant aux limaces terrestres. Ce mollusque présent dans les mers tropicales évite la présence de cette algue en grande concentration sous les Tropiques. Il aurait pour nourriture exclusive la Taxifolia, dont il aspire le contenu et stocke les toxines. Lingestion de ces toxines rendent les ascoglosses eux-mêmes toxiques, une protection imparable contre les prédateurs.

En attendant une prise en compte de ce phénomène par les différents pays concernés, ainsi quun accord entre les scientifiques, il est conseillé aux plaisanciers et aux pécheurs de ne pas rejeter dalgues à la mer et les éradications localisées doivent persister.

"Pour combattre la Taxifolia, on a dépensé des sommes astronomiques. Mais le danger nest pas aussi grave quannoncé ?", voici le propos de larticle publié dans le numéro du mois de Décembre 1997 de Sciences et Vie, sous le titre : "Algue tueuse ou algue précieuse ?" Cet article est très polémique à lencontre du Professeur Meinesz, qui a découvert et suivi lexpansion de lalgue. Le Professeur Jean Jaubert, directeur de lObservatoire océanologique européen et chercheur au Musée océanographique de Monaco dément lhypothèse selon laquelle la Taxifolia aurait pour origine les aquariums de ce musée. Selon ce dernier, cette algue aurait migré de la mer Rouge à la Méditerranée via le canal de Suez. Selon Science et Vie, le Professeur Meinesz aurait exagéré le phénomène Taxifolia, conduisant à la dramatisation du phénomène par les journalistes. La Taxifolia pourrait être moins néfaste quannoncé pour lécosystème méditerranéen. De plus, il semblerait que les programmes déradication de la Taxifolia aient jusque là été menés en dehors de toute évaluation scientifique. Des scientifiques réunis en Septembre 1997 à lAcadémie des sciences ont fait part de leur perplexité surtout face au montant exorbitant des douze millions de francs investis dans létude et les multiples tentatives déradication de cette algue. Pour essayer dy voir un peu plus clair et de séloigner de cette querelle entre ces deux scientifiques, une étude indépendante devrait être menée pour évaluer les risques réellement encourus par lécosystème méditerranéen. Le tout serait de ne pas trop tarder