Dossier éclipses

7- L'éclipse solaire du 21 juin 2001
Auteurs : Vincent COUDE DU FORESTO(plus d'infos)
Résumé :
Reportage effectué depuis Lusaka, en Zambie.
Publication : 21 Juin 2001

Mardi 20 juin au soir :
Apolline et moi arrivons 3 heures avant le départ à l'aéroport, mais presque tout le monde est déjà là.
.Apolline fait fonctionner le GPS au décollage. Elle s'endort après le dîner.

Vers 5h30 du matin j'emmène Apolline dans le poste de pilotage, au moment où le jour se lève. A gauche apparaît, horizontal, le croissant de Lune vieux de seulement 30h, la lumière cendrée et Aldébaran au-dessus.
Superbe. Le cockpit est vaste et contient deux sièges observateurs en plus de ceux des pilotes. Les pilotes sont un peu nerveux tout en rigolant car ils ne savent pas trop à quoi s'attendre en arrivant à Lusaka. La tour de contrôle sera-t-elle réveillée ? Savent-ils seulement bien parler anglais ? Sortie du contrôle de Lubumbashi et au premier appel de la fréquence de Lusaka nous entendons un chaleureux "Here's Lusaka, good morning guys!".
Nous sommes sur les rails et la descente peut commencer.

Le temps est frais : le thermomètre indique 11 degrés.
Apolline et moi sommes accueillis par le conseiller culturel de l'ambassade de France.
Nous nous dirigeons vers l'ambassade.
On roule à gauche en Zambie, et Apolline se trompe systématiquement de portière pour monter dans la voiture. Apolline n'est guère impressionnée par les bâtiments: "ça ne fait pas très chic pour une ambassade".

Nous nous rendons à l'école française de Lusaka où une vidéo sur l'éclipse 99 est projetée aux élèves de 8 à 15 dans la bibliothèque. Il n'y a que 12 français sur 60 élèves, mais près d'une dizaine d'entre eux ont vu l'éclipse de 99. Des exposés ont été accrochés au mur. Nous participons à une séance de questions très animée : visiblement les élèves ont été préparés.

Question à retenir: "pourquoi les gens ne tombent-ils pas de l'autre côté de la Terre"?

Je bois un café dehors avec les professeurs et Apolline part en récréation avec les autres enfants. Elle découvre que certains ne connaissent pas la neige, d'autres n'ont jamais vu la mer.

Seconde séance avec les 6-7 ans, aidés par l'instit et la mère d'un des élèves. Là c'est beaucoup plus difficile. On décide de limiter la vidéo à la séquence de l'éclipse mais les enfants ont du mal à comprendre ce qui se passe. C'est le soleil qui se cache derrière la lune, bien. Mais pourquoi est-ce la lune (le croissant) qui est plus petite? Et pourquoi le soleil caché devient-il plus gros? Et pourquoi y a-t-il de la musique quand le soleil se cache (c'était le saxo de la bande-son de la vidéo)? Et puis les questions se mettent à tourner en rond, sur le thème "est-ce que l'éclipse rend aveugle" ?

Il nous reste 45mn avant le déjeuner, André, le chauffeur de l'ambassade, nous promène dans différents quartiers de Lusaka :
On ne sent pas d'excitation particulière à l'approche de l'éclipse. Seul un journal en fait sa page de titre. Rien à voir avec l'effervescence qu'avait, en 1999, provoqué en France le même événement. D'après André, les Zambiens de la campagne ne sont même pas au courant de l'éclipse. Cela est peut être préférable compte tenu que nombre d'entre eux ne sont pas équipés des lunettes ad hoc.
Apolline tombe de sommeil pendant le repas, nous retournons à l'ambassade où elle s'endort sur la moquette d'un bureau.

Vers 15h30, André est disponible pour nous conduire à Chisamba.
Le réveil d'Apolline est laborieux mais nous sommes vite dans la voiture pour prendre la route du Nord.

Nous passons devant des villages qui ressemblent au cliché que l'on se fait d'un village africain : cases cylindriques en paille, surmontées d'un toit conique. Au fur et à mesure que le soleil baisse sur l'horizon (coucher prévu à 17h44) la lumière devient superbe.

Nous arrivons au campement juste à temps pour admirer le coucher du soleil derrière la savane. Le soleil tourne de droite à gauche puisque nous sommes dans l'hémisphère Sud.

Je recommande à Apolline de bien regarder autour d'elle, la nuit va tomber très vite et il faut qu'elle ait en tête la géographie des lieux.
Au loin nous entendons de la musique et nous croyons que quelqu'un a allumé une radio: il s'agit en fait d'une chorale locale qui n'arrêtera pas de chanter pendant les deux jours.
Les étoiles... la Voie Lactée est somptueuse, Antarès et le Scorpion y règnent en maîtres, on y voit la vraie et la fausse Croix du Sud, le Sac à Charbon, Alpha Centauri aussi. Quelques amateurs ont amené des télescopes mais il est difficile d'y accéder.
Apolline a quand même l'occasion de voir trois objets au télescope: la nébuleuse Trifide, Oméga Centauri et Mars dont elle distingue la calotte polaire.
Le froid ambiant devient vite assez vif. A 9h30 c'est dodo pour nous deux : la journée a été épuisante.
Emplacement de la tente (d'après le GPS), qui sera aussi notre point d'observation:
Latitude: -14°50'09"
Longitude: +28°01'07"
Altitude: 1181m

Très bon sommeil et lever avec le soleil vers 6h30.
Vers 8h nous partons (petit groupe de 9) faire une randonnée dans la campagne. Nous retournons au camp pour l'heure du déjeuner et nous retrouvons la chorale qui s'est remise à chanter.
Apolline part s'allonger sous la tente pour une tentative de sieste malgré la chaleur ambiante. Je lui promets de la réveiller avant le premier contact à 13h42 mais évidemment ce ne sera pas nécessaire. Par contre à 13h30 Pierre Bourge (82 ans et 24 éclipses à son actif) dort encore du sommeil du juste à l'ombre d'un arbre. Je vais le prévenir que l'éclipse va commencer mais seule la phase totale l'intéresse, et pas le premier contact: il ne va donc pas se lever pour si peu.

Le premier contact est bien visible à l'œil nu dès la minute prédite, il apparaît comme prévu vers 7h (si on considère que le soleil est un cadran d'horloge).
Je pars avec Apolline faire le tour du campement pour sentir l'ambiance, deux astronomes amateurs nous laissent regarder dans leur télescope au moment où la lune passe devant des taches solaires. Je les prends en photo et promet de leur envoyer l'image par email le lendemain dès 8h30 (quel optimiste!).

Retour à la tente, je suggère au groupe de préparer le réglage des jumelles (pour ne pas perdre de temps au moment de la totalité) puis de garder un vêtement chaud à proximité pour ne pas être incommodé lors de la chute brutale de la température. L'éclipse avance mais rien de précis n'est perceptible, si ce n'est le jeu de sténopé sur une des rares tentes restées debout.

Quelques minutes avant la totalité la température baisse mais légèrement, la lumière devient blafarde, irréelle, puis tout va très vite: l'ombre de la lune apparaît à l'ouest en projection sur l'atmosphère, le temps de se retourner vers le soleil et déjà la couronne est apparente, pas très étendue mais les jets coronaux sont bien visibles, très fins et réguliers. Une belle protubérance se profile à 2h, elle est bien visible aux jumelles. Le ciel restera relativement clair pendant toute la durée de l'éclipse. Hypnotisé par la vision de la couronne, je ne vois pas d'étoiles de manière évidente, seul Jupiter s'impose à la vue à 5 degrés au-dessus du Soleil.
La chorale se met spontanément à chanter et donne à la scène une ambiance surréaliste: c'est le souvenir que je garderai de ce moment magique. Je perds un temps précieux à manipuler mon appareil photo mais obtient l'image que je désirais: le soleil éclipsé laissant apparaître Jupiter. Et voici un grain de Bailey, visible un instant en même temps que la couronne puis celle-ci s'éclipse définitivement (enfin, jusqu'en décembre 2002), l'ombre de la lune s'enfuit vers l'est et le jour réapparaît. Nous nous congratulons avec pour "champagne" une bouteille de 25cl (pour 7!).

Tente pliée, rendue, nous prenons place dans un bus. Le top départ est donné à 17h.

A l'aéroport de Lusaka malgré quelques confusions, l'embarquement est très rapide.
Le serveur m'apprend que la communication sur l'éclipse a été faite dans les 72 dialectes parlés en Zambie.
Apolline s'est effondrée sur le siège.

Il nous reste aussi de cette aventure le prodige d'avoir vé cu les quatre saisons en 60 heures : partis au printemps le 19 juin au soir, nous arrivons à la fin de l'automne austral le 20 au matin. Le solstice ayant lieu le 21, c'est donc au tout début de l'hiver austral que nous repartons de Lusaka, pour arriver à Paris en été...

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