Historique de La main à la pâte

L’impulsion de Georges Charpak et de l’Académie des sciences

En 1995, l’enseignement scientifique élémentaire souffre de nombreuses carences, notamment à l’école primaire. Georges Charpak (Prix Nobel de physique 1992) associe Pierre Léna et Yves Quéré, membres comme lui de l’Académie des sciences, ainsi qu’une délégation du ministère de l'Éducation nationale à une mission exploratoire du programme Hands on créé par Leon Lederman à Chicago. Ce programme, initié pour lutter contre l’échec scolaire et la violence dans les quartiers défavorisés, met l’accent sur un enseignement des sciences fondé sur l’expérimentation, l’observation, le questionnement et visant à développer les capacités d’écoute et de raisonnement des enfants.
A leur retour, Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré s'appuyant sur l'Académie des sciences, fondent La main à la pâte. Ce programme, lancé dès 1996, vise à l’amélioration de la qualité de l’enseignement de la science et de la technologie tout d’abord à l’école primaire puis au collège.

L’expérimentation

Suite à ce voyage d’étude, le ministère de l'Éducation nationale prend la décision d'engager, dès la rentrée 1996, une expérimentation dans 350 classes qui s'étendra progressivement en France. Une petite équipe La main à la pâte est alors constituée et sera chargée d’accompagner ces initiatives tant auprès des pouvoirs publics que dans de nombreuses circonscriptions scolaires.

L’action de cette équipe repose sur l’implication de la communauté scientifique, la mise à disposition de ressources pédagogiques et scientifiques, l’accompagnement et la formation des enseignants laissant une large place à ces derniers dans la plupart de ses activités.

De l'expérimentation à l’institutionnalisation

En juillet 1997, la Direction des Écoles du ministère de l’Education nationale diffuse un appel à candidatures pour participer au dispositif La main à la pâte. Au sein des 29 départements candidats, un millier de classes seront retenues. Les enseignants bénéficieront d'une formation spécifique, d'un ensemble de fiches d'expériences et, dès le premier trimestre 1998, d'un site Internet.

Ce nouveau média permet aussi bien des échanges entre collègues, des dialogues entre scientifiques et enseignants, ainsi que la mise à disposition de ressources pour la classe. En novembre 1997 sont décernés pour la première fois, sous l’égide de l’Académie des sciences, les Prix de La main à la pâte qui distinguent les meilleurs travaux scientifiques réalisés par des classes.

En juin 2000, le ministre de l'Éducation nationale décide de faire bénéficier progressivement tous les écoliers d’un enseignement des sciences inspiré de La main à la pâte. Cette décision se traduit par le Plan de rénovation de l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école (PRESTE), paru au BO n°23 du 15 juin 2000. Elle s’appuie sur La main à la pâte considérée alors comme un pôle innovant. Cette même année, La main à la pâte met en place le réseau des centres pilotes dont plus de la moitié des classes est située en zone d’éducation prioritaire. Le PRESTE sera suivi, 2 ans plus tard, par l’écriture de nouveaux programmes de l’école primaire dont ceux de sciences et technologie qui mettent en avant l’approche préconisée par La main à la pâte.

La création d'un réseau international

De nombreux pays étant confrontés aux mêmes difficultés de l’enseignement des sciences, la dimension internationale du programme s’impose rapidement. Les différentes expérimentations menées (notamment aux Etats-Unis, en Suède, en Angleterre, en France) à la fin des années 90 ont conduit à des échanges et à un dialogue à l’échelle mondiale sur les méthodes, les stratégies, les ressources ou l’évaluation.

La participation active de membres de l'Académie des sciences et de l’équipe La main à la pâte aux travaux de plusieurs organisations internationales (Inter Academy Panel on international issues, OCDE, UNESCO...) a permis d'inscrire la question de l’enseignement des sciences au cœur des débats internationaux sur l'éducation.

Au début des années 2000, de nombreux partenaires, provenant notamment de grands pays émergents  comme le Brésil ou la Chine, ont voulu s’inspirer de ces expériences pour réformer leur enseignement scientifique, et se sont rapprochés de La main à la pâte, qui présentait l’avantage d’une diffusion gratuite et respectueuse de la diversité des contextes culturels.

La constitution de réseaux européens a permis d’installer ces enjeux au sein des priorités de la Commission européenne et des pays membres de l’Union, comme en témoigne notamment le rapport Rocard (Science Education Now : a renewed pedagogy for the future of Europe, 2007).

Ainsi, près de vingt ans après ses débuts, La main à la pâte touche plus de 50 pays et 3 réseaux régionaux (Union européenne, Asie du Sud-Est, Amérique latine).

Du primaire au collège

Au début des années 2000, l’idée d’atténuer la rupture de pédagogie entre l’école primaire et la classe de 6e au niveau de l’enseignement scientifique commence à émerger. Après la publication de rapports par l’Académie des sciences et l’Académie des technologies, une réflexion s’engage avec le ministère de l’Éducation nationale sur la possibilité de maintenir la science et la technologie en un seul enseignement, en conservant la démarche d’investigation qui a fait ses preuves en primaire.

C’est la naissance de l’Enseignement Intégré de Science et Technologie (EIST), qui sera expérimenté en classes de 6e et 5e dans une cinquantaine de collèges français entre 2006 et 2010. Suite à un rapport de l’inspection générale de l’éducation nationale, ce modèle est étendu (~ 160 collèges en 2014 dont un nombre non négligeable en Education prioritaire). Il sera coordonné et accompagné par l’équipe La main à la pâte. Il a préfiguré sur plusieurs points la réforme du collège de 2016.

La création de la Fondation

Fin 2011, l’ampleur de l’action conduit l’Académie des sciences, avec le partenariat de l’Ecole Normale Supérieure de Paris et de l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, à créer une fondation de coopération scientifique pour l’Education à la science, dite Fondation La main à la pâte. Elle englobe alors l'ensemble des activités conduites jusqu'ici pour l'enseignement des sciences, au niveau national et international, au primaire comme au collège, par l’Académie avec le concours des deux autres membres fondateurs.

En 2012, la Fondation - retenue dans le cadre d’un appel à projets du programme Culture scientifique, technique et industrielle des Investissements d’avenir - lance le projet des Maisons pour la science au service des professeurs.

Ces Maisons, au nombre de neuf et à portée régionale, implantées au coeur de grandes universités françaises, proposent des offres de développement professionnel pour aider les enseignants à faire évoluer leurs pratiques et les rapprocher de la communauté scientifique. Conçues comme des prototypes au service d’une rénovation de la formation continue, elles collaborent étroitement avec les instances institutionnelles, et notamment les rectorats.

Ce projet est coordonné par un Centre national établi au sein de la Fondation La main à la pâte, qui propose une offre complémentaire tournée vers les acteurs de la formation.

Une stratégie et une structure originales

Ainsi, depuis 1996, l’action de La main à la pâte, conduite par l’Académie des sciences, s’est caractérisée par une stratégie identifiant des aspects critiques de l’enseignement des sciences à l’école primaire et au collège, puis en inventant des modèles d’action, en les validant et les proposant aux autorités éducatives pour les amplifier, assurant alors l’accompagnement des professeurs au plus près du monde scientifique.

La Fondation de coopération scientifique La main à la pâte, qui poursuit cette oeuvre sur ces mêmes principes, est une structure originale, tant par son statut reconnaissant son utilité publique, que par la composition de son équipe qui rassemble des scientifiques de haut niveau et des pédagogues, ou par ses liens structurés avec de nombreux partenaires, dont au premier chef l’Education nationale.