Rapport de jury 2006

Prix «mémoires professionnels » de La main à la pâte 2005 décernés sous l'égide de l'Académie des sciences

Rapport de jury

Cette année, 16 dossiers seulement ont été présentés dans la compétition, représentant la candidature de 22 professeurs des écoles stagiaires (Les mémoires peuvent en effet faire l’objet d’un travail collectif) répartis dans 11 académies (sur la trentaine que compte notre pays) et encadrés par 12 formateurs, professeurs en IUFM. Ces chiffres, qui enregistrent, encore une fois, une baisse des candidatures par rapport à l’année 2005, témoignent de la même concentration des établissements et des enseignants qui participent à l’opération que l’an passé…

Sous la présidence d’Yves MEYER, le jury s’est réuni le 25 septembre 2006. Il a décidé de décerner deux prix ex æquo et d’accorder deux mentions au palmarès à deux autres dossiers.
Deux modifications de l’appel à candidatures – qui fait office de règlement des prix – ont quelque peu renouvelé cette année les conditions de délibération du jury. Ce dernier disposait du curriculum vitae des auteurs des mémoires, ce qui a permis dans plusieurs cas de relever des compétences et des savoirs acquis dans des formations antérieures à celle qu’a dispensée l’IUFM (compétences que l’IUFM n’offre que peu de chances d’acquérir, compte tenu notamment de la durée et des contenus des curricula, soulignait un professeur d’IUFM membre du jury). D’autre part, les membres du jury étaient regroupés en binômes permettant d’assurer une double lecture de chaque dossier et de mieux instruire, le cas échéant, le débat qu’il suscitait. Un dossier a d’emblée été écarté, pour avoir été rédigé en grande partie en allemand, ce qui compromettait son évaluation. L’appel à candidatures sera, pour les prix 2007, modifié, pour faire apparaître en termes parfaitement explicites ce qui, manifestement, ne l’était pas suffisamment : l’enseignement étant dispensé en français, c’est en français que les mémoires présentés dans la compétition doivent être rédigés.

Le jury, tout en ayant conscience des limites inhérentes à un stage de 9 semaines, est particulièrement sensible à la partie la plus concrète des mémoires, en général la plus personnelle, qui expose à la fois l’expérience individuelle du jeune professeur des écoles et le regard critique qu’il peut porter sur elle.
Or, il observe qu’il ne lui est pas toujours facile de comprendre le travail effectué en classe respectivement par les stagiaires et par les élèves eux-mêmes et de distinguer, dans ce dernier cas, ce qui procède des directives données par l’enseignant de ce qui relève de l’initiative des élèves. Il importe donc que les auteurs des mémoires, à l’instar de ce que préconise l’appel à candidatures pour les prix de La main à la pâte, «écoles primaires», livrent à leur lecteur les documents décrivant les activités effectuées pendant l’année scolaire écoulée, permettant de présenter la démarche d’investigation suivie, ainsi que la durée et la progression des activités et les réalisations accomplies. De même, des extraits de cahiers d’expériences de plusieurs élèves de la classe illustrant les expériences faites, la part réservée à l’expression écrite individuelle et collective et l’interdisciplinarité de certaines séquences sont toujours bienvenus.

S’agissant de mémoires portant par définition, pour ainsi dire, sur une démarche inspirée des principes de La main à la pâte, le jury a parfois eu le sentiment que le défaut de «matière première» (le travail de la classe) masquait un modèle vertical de transmission des connaissances, les savoirs des élèves semblant provenir plus d’une leçon administrée en amont par l’enseignant que d’une élaboration résultant de la mise en œuvre d’investigations par les élèves sous la conduite de leur maître. De la même façon, l’utilisation de certains QCM pour recueillir les représentations initiales des élèves convient mal à la démarche pédagogique supposée adoptée ici : ces représentations constituent, en effet, le terreau même sur lequel construire hypothèses et expérimentations qui les mettront à l’épreuve, et ne sauraient se réduire à une évaluation en «bonnes» et «mauvaises» réponses.

La partie théorique, a-t-il encore souligné, prend son sens dans l’éclairage qu’elle permet d’apporter sur l’expérience du stagiaire. De ce point de vue, la partition des mémoires en deux parties (une première section théorique, une seconde décrivant la pratique en situation), quelque peu artificielle, n’est pas toujours la plus opportune : elle tend à rendre abstraites et à couper du réel les considérations théoriques, et à infléchir la relation de ce qui s’est passé en classe en un récit parfois un peu anecdotique, qui ne hiérarchise pas toujours l’accessoire et l’essentiel.
Aussi le jury a-t-il été sensible à des mémoires organisant l’une et l’autre de façon plus dialectique à travers une problématique d’ensemble qui irrigue les deux types de remarques  sans multiplier les références livresques ni disperser les activités et ménage, par exemple, une distance et un retour critiques de l’auteur sur ses insuffisances et ses points forts.

De même ont été appréciés une écriture fluide, soutenue par une orthographe sans défaut, comme le souci des auteurs de ménager une progression non seulement à l’intérieur des séquences présentées, mais aussi d’un chapitre à l’autre du mémoire.

Reste enfin à commenter un choix particulier du jury cette année, consistant à mentionner au palmarès un dossier consacré aux statistiques. Sans transiger sur ses exigences en matière de compétences disciplinaires, le jury a en effet résolu de soutenir sans ambages des travaux qui avaient manifestement su inspirer aux enfants l’envie de s’engager dans une recherche, d’adopter les démarches ad hoc, d’éprouver l’attrait de l’investigation et le plaisir de la découverte, fussent-ils plus centrés sur les mathématiques que sur les sciences de la nature, du moment qu’ils illustraient les qualités correspondant à celles que La main à la pâte s’efforce de promouvoir.

Notons en conclusion que les deux dossiers récompensés par un prix ex æquo ont l’un et l’autre été soucieux d’analyser les résultats obtenus par les élèves pour mesurer leur parcours et de comprendre ce qui a été déterminant pour les faire progresser. En cette période où La main à la pâte s’interroge sur les outils et les procédures d’évaluation, il n’est pas indifférent de trouver dans les mémoires professionnels de futurs enseignants matière à réflexion et à échanges : c’est même là le gage d’une entreprise originale et courageuse.

Béatrice AJCHENBAUM-BOFFETY
2 octobre 2006