Dossier éclipses

1- Histoires d'éclipses
Auteurs : Delphine Filippi(plus d'infos)
Emmanuel Di Folco (plus d'infos)
Résumé :
Remarquées dès l'Antiquité en raison de leur aspect spectaculaire, les éclipses de Soleil et de Lune ont fait très tôt l'objet d'observations assidues. Longtemps regardées comme des manifestations divines, elles suscitaient la crainte. Cela leur valut parfois de modifier le cours des batailles.
Publication : 1 Janvier 2000

Les sources bibliographiques relatives à cette partie de notre dossier concernent deux ouvrages : Eclipses, Les rendez-vous célestes, de S. Brunier et J.P. Luminet, éd. Bordas 1999, Eclipses totales, Histoire, Découvertes, Observations , éd. Masson 1998. Elles se rapportent également au livret accompagnant l'exposition " Ciel, une éclipse ! " (Mairie de Paris, été 99), livret réalisé par L. Kimmel et P. de La Cotardière . C'est à ce dernier, ancien président de la Société Astronomique de France, que nous empruntons ces lignes d'introduction :

" Remarquées dès l'Antiquité en raison de leur aspect spectaculaire, les éclipses de Soleil et de Lune ont fait très tôt l'objet d'observations assidues. Longtemps regardées comme des manifestations divines, elles suscitaient la crainte. Cela leur valut parfois de modifier le cours des batailles. Parallèlement, cependant, le désir de comprendre leur mécanisme et, plus tard, de prédire leur retour, ont contribué à faire progresser le savoir. Ainsi, ces magnifiques phénomènes naturels ont-ils imprimé leur trace à la fois dans l'histoire et dans la science. (…) Paradoxalement, ces phénomènes jadis si redoutés sont à présent très attendus. Les éclipses totales de Soleil n'offrent pas seulement un magnifique spectacle : ce sont aussi des instants privilégiés pour l'étude scientifique de l'atmosphère supérieure du Soleil, la couronne solaire, aux caractéristiques encore mal expliquées. "

 


Sommaire

- Légendes et coutumes à travers le monde.
- Eclipses d'hier et d'aujourd'hui.
- Historiettes en forme de " bulles ".


 

Légendes et coutumes à travers le monde

Toutes les civilisations du monde possèdent dans leur patrimoine culturel leur lot de mythes et de légendes sensés apporter une explication aux phénomènes célestes. Parmi ces derniers, les éclipses de Lune et de Soleil, par leur côté mystérieux et inquiétant, ont longtemps frappé l'imagination populaire. Pour les peuples antiques, c'étaient des puissances supérieures qui étaient responsables de ce désordre cosmique : elles agressaient le Soleil ou la Lune, le plus souvent sous la forme d'animaux redoutables… C'est pourquoi, afin d'effrayer l'assaillant pour lui faire lâcher prise, s'instaura un peu partout la coutume de produire un maximum de bruit et d'agitation en criant et en frappant sur des gongs ou des tambours.


 

Eclipses d'hier et d'aujourd'hui.

Aujourd'hui, le spectacle d'une éclipse est très apprécié du grand public, et les éclipses totales de Soleil déplacent même des foules d'amateurs en un lieu donné, vu leur rareté et leur magnificence… Néanmoins, cela n'a pas toujours été le cas puisque dans un lointain passé les éclipses étaient particulièrement redoutées de nos ancêtres qui les interprétaient comme des signes de mauvais augure, voire de malédiction !

A ce propos, les récits antiques mentionnent des visions de lunes ensanglantées et de soleils ténébreux, lesquels pourtant finissaient toujours par retrouver leur éclat premier, au grand soulagement des témoins… Cette attitude bien compréhensive puisque due à l'ignorance du mécanisme des éclipses, prit fin dès que les populations furent en mesure de connaître les causes de ces phénomènes, tandis que de leur côté, les astronomes annonçaient ces derniers avec de plus en plus d'exactitude : aujourd'hui, le début et la fin d'une éclipse se calcule à la seconde près !

 

Dans leur présentation des éclipses historiques et des découvertes qu'elles ont induites, les auteurs de l'ouvrage Eclipses totales précisent : " Les premières observations datées de ces phénomènes célestes remontent aux Indiens, aux Chaldéens, aux Babyloniens et aux Chinois. Le besoin de l'astrologie et du calendrier conduisirent aux premiers essais de prédiction des éclipses. Cette activité nécessitait une étude approfondie des observations anciennes inscrites sur des tablettes astronomiques (…) donnant la liste des éclipses passées, et tentant de prédire celles à venir ". A ce sujet, certaines traditions de l'Asie orientale prouvent qu'il était déjà possible de prévoir les dates des éclipses environ 2300 ans avant notre ère !

Seulement, ces prédictions n'étaient pas établies grâce à la compréhension des mécanismes célestes mais selon une loi empirique de récurrence : en effet, les anciens astronomes avaient remarqué que les configurations relatives des trois astres concernés, Soleil-Terre-Lune, se reproduisaient à l'identique au bout d'une période de 6.585 jours (environ 18 ans) appelée saros . Il fallut attendre le 11 ème siècle avant J.-C. pour que les Grecs soient en mesure de comprendre les mécanismes impliqués dans ces phénomènes, lesquels néanmoins continuèrent à être redoutés des populations, ce qui eut parfois pour conséquence d'influencer l'issue d'une bataille…

Voici, parmi les plus célèbres éclipses de Lune et de Soleil, celles qui ont marqué l'histoire de l'humanité – et parfois modifié le cours de son destin – ou qui ont permis certaines avancées dans le domaine scientifique, notamment en astrophysique.

21 octobre 3784 avant J.-C., Inde : L'éclipse solaire des peuples de l'Indus.
C'est l'éclipse la plus ancienne qui ait laissé des traces dans la mémoire de l'humanité, en l'occurrence la mémoire des peuples de la vallée de l'Indus située au nord du sous-continent indien.

22 octobre 2137 avant J.-C., Chine : L'éclipse solaire de Ho et de Hi.
Un antique manuscrit chinois gravé dans un os relate que les frères Ho et Hi, astronomes à la cour de l'empereur, furent exécutés pour ne pas avoir été à la hauteur de leur tâche… Mais les versions diffèrent quant à la nature de leur faute : pour les uns, ils auraient été incapables de prédire la date exacte du phénomène ; pour les autres, ils l'auraient correctement annoncée mais, ivres morts le jour en question, ils auraient omis de convoquer les archers et les tambourinaires chargés d'effrayer le dragon qui, selon la légende, allait tenter d'avaler le disque solaire…

15 juin 763 avant J.-C., Assyrie : L'éclipse solaire de l'Ancien Testament.
Grâce à une chronique assyrienne, les historiens ont pu utiliser la mention de cette éclipse pour préciser la chronologie des premiers âges bibliques. En effet, il est dit dans l'Ancien Testament : " Et ce jour-là, dit le Seigneur, je ferai disparaître le Soleil à midi, et la Terre s'obscurcira dans la lumière du jour. " Or, durant l'année du calendrier assyrien correspondant à l'an 763 avant notre ère, une tablette fut gravée à Ninive avec ces mots : " Insurrection dans la cité d'Assour. Au mois de Sivan, le Soleil fut éclipsé. "

27 août 413 avant J.-C., Sicile : L'éclipse lunaire de Nikias.
Cette éclipse de Lune eut une influence décisive dans l'issue de la guerre du Péloponnèse opposant les deux cités grecques Athènes et Sparte. Au cours de la seconde expédition des Athéniens contre la Sicile, la flotte du général grec Nikias se trouva immobilisée dans la rade de Syracuse défendue par les Syracusiens. Au cours d'une nuit de pleine lune durant laquelle les navires d'Athènes avaient commencé à forcer le barrage, il advint une éclipse totale du disque lunaire… Nikias vit là un signe dissuasif des dieux et renonça provisoirement à son opération, préférant attendre la pleine lune suivante. Cependant, après cette première alerte, les défenseurs de Syracuse renforcèrent leur barrage, si bien qu'un mois plus tard, lorsque la flotte athénienne reprit son offensive, elle se trouva refoulée dans la baie. Ce fut un véritable désastre : 29.000 soldats massacrés et 200 navires détruits ! Cette lourde défaite entraîna la chute d'Athènes en 404 av. J.-C.

IV ème siècle avant J.-C., Grèce : Les éclipses lunaires d'Aristote.
Ce grand philosophe, élève de Platon et précepteur d'Alexandre le Grand, avait déjà compris en son temps que les corps célestes étaient sphériques. De leur côté, les pythagoriciens avaient émis l'idée que la Lune était une sphère éclairée par le Soleil après avoir observé l'aspect qu'elle prenait tout au long de ses phases. Aristote fit à son tour la démonstration de la rotondité de la Terre à partir …des éclipses de Lune dans leur phase de partialité ! En effet, lorsque la Lune entre dans l'ombre de notre planète, cette ombre se projette sur son limbe éclairé de face par le Soleil : la frontière entre la partie du limbe qui s'obscurcit et la partie qui reste éclairée présente une courbure très nette. Aristote montra ensuite que si la terre était par exemple cubique ou pyramidale, il n'en serait pas ainsi. (Voir ci-contre le dessin de Petrus Apianus tiré de son Livre de Cosmographie daté de 1581)

24 novembre de l'an 29, Palestine : L'éclipse solaire de la crucifixion ?
Dans l'Evangile selon Saint Matthieu, au chapitre de la mort de Jésus, on relève une phrase qui évoque une éclipse totale de Soleil : " A partir de la sixième heure, l'obscurité se fit sur tout le pays jusqu'à la neuvième heure. " D'après leurs calculs, les astronomes montrent qu'à Jérusalem une éclipse de ce type a bien eu lieu, mais pas en l'an 33, année de la mort du Christ selon les Evangiles : ce fut le 24 novembre de l'an 29. De plus, la phase de totalité se produisit vers 11 heures du matin et non vers 3 heures de l'après-midi, au moment de la mort du Christ comme le veut la tradition chrétienne… Aujourd'hui, plus de 2000 ans après, il semble donc important de rester prudent et rigoureux avant de vouloir dater avec certitude un événement d'une telle portée universelle…

5 mai 840, Bavière : L'éclipse solaire de l'empereur Louis.
L'ouvrage Eclipses, les rendez-vous célestes , relate la chronique suivante : " Louis de Bavière, fils de Charlemagne, était à la tête d'un vaste empire lorsque, le 5 mai 840, il assista à cinq minutes de totalité d'une éclipse solaire. Il en aurait été si effrayé, qu'il mourut peu après. Ses trois fils se disputèrent aussitôt sa succession. Leur querelle s'acheva trois ans plus tard avec le traité de Verdun qui divisa l'Europe en trois grandes régions correspondant aujourd'hui à la France, à l'Allemagne et à l'Italie. (…) ".

22 mai 1453, Empire bysantin : L'éclipse lunaire de Constantinople.
Une ancienne prophétie affirmait que la ville de Bysance, devenue Constantinople, ne pourrait jamais tomber, lors d'une phase de Lune croissante, sous les coups d'un assaillant… En avril 1453, l'armée turque du sultan Mohammed II bombarda les murs de l'antique cité et fit le siège de la ville. A chaque nouvel assaut, les assiégés parvenaient à repousser les soldats turcs, pourtant plus nombreux et mieux armés, mais s'épuisaient néanmoins au fil des jours. Un soir, le 22 mai, le moral des troupes bysantines reçut un coup terrible lorsque la Lune se leva… éclipsée… Alors commença la déroute et, six jours plus tard, la ville fut mise à sac. La chute de Constantinople causa un choc majeur pour la civilisation occidentale : le cours de l'histoire pour les nations européennes en fut profondément modifié.

29 février 1504, Antilles : L'éclipse lunaire de Christophe Colomb.
Les éclipses des siècles passés n'ont pas eu que des effets néfastes : des personnages en situation délicate ont su se les approprier afin que les événements tournent en leur faveur (tout comme notre célébrissime Tintin sur son bûcher dans le Temple du Soleil qui se tira d'affaire grâce à une éclipse solaire) Ainsi, le grand navigateur Christophe Colomb profita d'une éclipse de Lune pour se sortir d'un mauvais pas durant son cinquième voyage vers la Nouveau Monde. En 1504, après qu'il eut abordé l'île de la Jamaïque dans de très mauvaises conditions, la moitié de son équipage se mutina, déroba les réserves alimentaires, tuant même quelques indigènes. Le chef de ces derniers refusa donc au navigateur de lui fournir des vivres, et la disette s'installa…. Trois jours avant une éclipse de Lune providentielle, Christophe Colomb fit annoncer à toute la tribu que le dieu chrétien allait donner un signe céleste de son mécontentement. Durant la nuit du 29 février, la Lune d'un rouge sombre plongea les indigènes dans la terreur, si bien qu'ils acceptèrent sur le champ d'aider le navigateur jusqu'à l'arrivée des secours… Notons en passant que Christophe Colomb exploita d‘autres éclipses, mais à titre scientifique cette fois : il fut l'un des premiers à les utiliser pour mesurer la longitude du lieu d'observation.

22 mai 1724, Paris : L'éclipse solaire de Louis XV.
Ce jour-là, à Versailles, le jeune roi Louis XV âgé seulement de quatorze ans, fut certainement très impressionné par le spectacle de cette éclipse totale qui concerna la région parisienne. A ses côtés, un mémorialiste de l'Académie royale des Sciences, nota : " Dans l'instant que le Soleil fut entièrement couvert, ce furent des ténèbres profondes, différentes de celles de la nuit (…). On vit le Soleil, Mercure et Vénus sur la même ligne droite (…). Les oiseaux effrayés à l'ordinaire cessèrent de chanter et recherchèrent des retraites ". Pour la région parisienne, ce fut donc la dernière éclipse totale du millénaire puisque le 11 août dernier, la bande de totalité se situant plus au nord, les parisiens ne virent qu'un soleil éclipsé à 99%… Pour eux, il faudra attendre l'éclipse totale du 3 septembre 2081, soit plus de 350 ans après celle de Louis XV !

15 mai 1836, Ecosse : L'éclipse solaire de Francis Baily.
Grâce à cette éclipse qui fut annulaire, Francis Baily, astronome anglais amateur – nous insistons sur ce point – détermina la cause d'un curieux et superbe phénomène (qui se produit également lors des éclipses totales, mais de manière beaucoup plus brève). Lorsque la Lune passa juste devant le Soleil, il porta toute son attention sur ces " grains de lumière en chapelet " qui apparurent au bord du disque noir . Distinguant des irrégularités en bordure de celui-ci, il se douta qu'il s'agissait des montagnes lunaires et comprit que la lumière solaire, stoppée par elles, perçait au travers des vallées. Depuis ce jour, de nombreux astronomes – professionnels ceux-là – ont parcouru le monde pour étudier à leur tour ce phénomène qui a gardé le nom de son " inventeur ". Cet exemple montre, parmi beaucoup d'autres, la contribution apportée par de simples astronomes amateurs aux sciences de l'Univers…

28 juillet 1851, Autriche : L'éclipse solaire de Berkovsky.
C'est au cours de cette éclipse que l'Autrichien Berkovsky réussit la première photographie montrant la couronne solaire et les protubérances. Cependant, la nature même de ces éléments était encore mal connue des astronmes : quelques décennies auparavant, la plupart d'entre eux, comme le célèbre Edmund Halley, pensaient que la couronne et les protubérance appartenaient à la Lune… Cependant, un grand pas fut franchi dès la seconde moitié du XIX ème siècle lorsque l'utilisation de spectroscopes permit d'analyser de plus en plus finement l'auréole autour du Soleil. Concernant les protubérances, deux photographies prises en 1860 lors d'une même éclipse mais en deux endroits différents, distants de cinq cents kilomètres, tranchèrent le débat : aucun décalage du fait de la parallaxe n'apparut en comparant les deux clichés, ce qui prouva que les protubérances ne pouvaient appartenir à la Lune…

4 juillet 1917, Egypte : L'éclipse lunaire de Laurence d'Arabie.
Selon une tradition de l'Islam, une éclipse de Lune qui se produirait pendant une période de ramadan pourrait annoncer la venue du Jugement dernier. Cette coïncidence eut lieu effectivement le 4 juillet 1917 et fut visible dans la péninsule du Sinaï, en pleine guerre mondiale. Un anglais, Thomas Edward Lawrence, immortalisé sous le nom de " Lawrence d'Arabie " par le film qui raconta ses aventures, réalisa un véritable exploit en prenant le port fortifié d'Aqaba à la tête d'une cinquantaine de Bédouins seulement. Ces derniers forcèrent sans difficulté un poste de défense à la faveur de l'éclipse de Lune : en face d'eux, les soldats Turcs, superstitieux et affolés, ne pensaient qu'à secourir la Lune qu'ils croyaient menacée, en tirant des coups de feu en l'air et en frappant des pots de cuivre… Le port d'Aqaba fut pris quelques jours après, ce qui permit aux Alliés de récupérer Jérusalem et Damas.

29 mai 1919, Brésil et Afrique : L'éclipse solaire d'Albert Einstein
Nous empruntons aux auteurs de l'ouvrage Eclipses, les rendez-vous célestes les quelques lignes qu'ils consacrent à celle du 29 mai 1919, laquelle, de façon inattendue, propulsa à l'avant-scène du monde scientifique un certain Albert Einstein… " Cette éclipse totale de Soleil fut utilisée pour confirmer de façon spectaculaire la nouvelle théorie de la relativité générale proposée par Einstein en 1915. Des mesures prouvèrent que le trajet des rayons lumineux issus d'une étoile proche de l'astre éclipsé, étaient déviés par le puissant champ de gravité de ce dernier. Cela signifiait que la gravitation n'était plus correctement décrite par la loi de l'attraction universelle de Newton, mais devait s'interpréter comme la manifestation d'une " courbure " sous-jacente de l'espace-temps, engendrée par les corps massifs. Bien que le public ne comprit rien à cette nouvelle théorie, Einstein devint presque du jour au lendemain le savant le plus populaire du monde. "

25 février 1952, Egypte : L'éclipse solaire de Bernard Lyot
En revanche, ce grand astrophysicien – et bricoleur de génie – que fut Bernard Lyot est peu connu du grand public français : cela est bien dommage ! En effet, c'est lui qui inventa puis mit au point le "coronographe", appareil permettant d'étudier la couronne solaire en dehors des éclipses : cela fit progresser rapidement, avant l'ère spatiale, la connaissance de l'atmosphère du Soleil. Grâce à ses remarquables travaux, Bernard Lyot devint en 1939, à 42 ans, le plus jeune académicien des sciences. (Déjà, à l'âge de 13 ans, il avait rédigé seul un cahier d'expériences dans le plus pur esprit La main à la pâte, bien avant l'heure…). Début 1952, en prévision de l'éclipse totale du 25 février, il se rendit à Khartoum, capitale du Soudan alors anglo-égyptien, à la tête d'une équipe de jeunes astronomes dont certains, comme Jean-Claude Pecker et Audouin Dollfus, devinrent célèbres par la suite. Parmi les nombreuses expériences prévues, la mission de Bernard Lyot consista à utiliser un spectrographe à fente courbe, conçu et construit par ses soins, pour affiner l'étude de la couronne solaire : ce fut une totale réussite. D'autre part, la radioastronomie en plein essor à l'époque, apporta lors de cette éclipse une contribution très importante. Mais en revanche, cette mission fut fatale à son auteur car, le 2 avril 1952, Bernard Lyot tombait foudroyé par une crise cardiaque…

30 juin 1973, au dessus de l'Afrique : L'éclipse solaire du Concorde 001.
A partir des années 50, de nombreux vols scientifiques furent organisés à bord d'avions de plus en plus rapides. Ces derniers étaient chargés de se maintenir un maximum de temps au cœur même de l'ombre lunaire filant à presque 3000 km/h ! Ce procédé devait permettre aux astronomes de prolonger le plus possible, en fonction de la vitesse de l'avion, la durée de leurs observations durant la phase de totalité de l'éclipse. Après la Caravelle, les équipes scientifiques s'embarquèrent à bord de bombardiers, de jets, de chasseurs de plus en plus rapides… L'un de ces vols obtint un succès retentissant : ce fut celui du premier prototype du Concorde, lequel terminait ses années d'essai. Aux altitudes stratosphériques, il volait à Mach 2 (deux fois la vitesse du son) et surtout, il permit l'implantation d'un hublot optique suspendu au plafond de sa carlingue. Ainsi, les astronomes à son bord purent profiter de …74 mn de totalité ! A l'origine de cette aventure, il nous faut citer Pierre Léna, (le co-fondateur, 23 ans après, de La main à la Pâte avec Georges Charpak et Yves Quéré) : à cette époque, il était à la tête du groupe d'astrophysique infrarouge de l'observatoire de Meudon déjà impliqué dans des expériences à bord d'avions. Mais cette expérience, très coûteuse malgré tout, ne fut pas renouvelée par la suite : entre temps, les scientifiques se préparaient à franchir un autre pas, spatial celui-là…

11 août 99, au-dessus de Europe : L'éclipse solaire de la station Mir.
Le 11 août dernier , c'est depuis l'espace que l'on a pu apercevoir dans sa globalité la tache, sur Terre, du cône d'ombre de la Lune lors de l'éclipse de Soleil : les quelques personnes qui ont eu ce privilège se trouvaient ni plus moins à bord de Mir, la station orbitale russe. Travaillant à bord depuis six mois, le spationaute français Jean-Pierre Haigneré a pu observer la tache d'ombre filant à vive allure peu avant son passage sur la France. Elle traversait alors la Manche recouverte de nuages et offrait l'aspect – peu engageant selon ses dires ! – d'une large tache noire aux contours très flous… Il en a pris néanmoins une très belle photo que l'on retrouve dans plusieurs publications, dont la revue L'Astronomie de la SAF ( n° 113, été 99) et l'ouvrage Eclipses, les rendez-vous célestes déjà cité.

Pour clore cette rubrique consacrée aux " éclipses d'hier et d'aujourd'hui ", laissons la parole à Jean-Claude Pecker, membre de l'Académie des Sciences, avec un court extrait de sa préface dans l'ouvrage Eclipses totales déjà cité :

"Les non-scientifiques eux-mêmes peuvent tirer plusieurs enseignements de ce passage de l'ombre de la Lune sur la Terre. L'un d'eux est le sentiment de la précision des événements astronomiques : à la fraction de seconde près, au mètre près, le trajet de l'éclipse est balisé des années à l'avance. Le caractère d'exactitude des déductions que l'on peut tirer de la connaissance scientifique s'affirme avec éclat."
"Mais restera aussi, simplement, pour nous tous, astronomes solaires professionnels ou amateurs, ce regard ébloui devant la beauté des phénomènes du ciel, à côté desquels notre Terre n'est qu'un caillou morose…"


 

Historiettes en forme de " bulles "

Un peu d'humour et de poésie avec cette ribambelle de " bulles " trouvées dans les pages du livret de l'exposition " Ciel, une éclipse ! "  . Sans doute ont-elles inspiré plus d'un visiteur… Alors, pourquoi pas vous ? Essayez donc à votre tour !