renaissance des ruisseaux dans "l'homme qui plantait des arbres" cm1

4 messages / 0 récent(s)
Dernier message
renaissance des ruisseaux dans "l'homme qui plantait des arbres" cm1

Bonjour,
j'ai lu à ma classe de CM1 "L'homme qui plantait des arbres" de Giono et ils se sont étonnés du fait que les ruisseaux qui étaient taris, renaissent après que les arbres (des chênes) aient été plantés. Cet étonnement m'a fait réfléchir au phénomène et m'a interrogé également... Est-ce grâce aux feuillages (évaporation et ombre) ? est-ce grâce au système racinaire qui a ramené l'eau en surface ? est-ce grâce à un changement dans le sol ? ... Bref, je n'en sais trop rien mais j'aimerai partir de cette découverte pour travailler sur l'eau dans la nature.
Pourriez-vous m'expliquer quel est le phénomène principal à l’œuvre afin que je puisse orienter mon travail ?
Grand merci d'avance

La forêt attire la pluie, dit-on. Ceci s'explique par la transpiration des arbres grâce aux stomates de leurs feuilles. Les stomates sont des structures qui peuvent s'ouvrir ou se fermer selon les conditions climatiques et l'état hydrique de l'arbre. Quand l'air est très sec, l'arbre ferme ses stomates pour ne pas se déshydrater et économiser l'eau. Signalons, au passage, que dans ses conditions, l'arbre ne peut pas non plus faire de la photosynthèse, puisque l'eau (vapeur), le dioxygène (sortant) et le dioxyde de carbone (entrant) passent par l'orifice des stomates. Si l'air est suffisamment humide, alors, les stomates s'ouvrent,l'arbre fait de la photosynthèse et transpire. La transpiration crée un mouvement ascendant de la sève, ce qui permet la distribution des sels minéraux et de l'eau dans le végétal. Les stomates vont permettre les échanges avec l'atmosphère : Du dioxyde de carbone entre, le dioxygène et l'eau sortent. L'eau transpirée va s'ajouter à celle déjà présente dans l'air. Pour qu'il pleuve il faut que l'air soit saturé en vapeur d'eau : humidité atmosphérique = 100%. Supposons que l'humidité atmosphérique soit de 95%, l'eau ajoutée dans l'air par l'ensemble des arbres transpirant peut suffire pour atteindre 100% et donc faire pleuvoir.

Bonjour,
Il n'y a pas, contrairement a ce que pensent les enfants, de relations directes entre la plantation des arbres et la réapparition d'un cours d'eau... C'est un peu plus compliqué...
Ce qui peut se passer, en revanche, c'est qu'au cours d'une grosse pluie, un ruisseau sous terrain se gorge d'eau et affleure à nouveau à la surface. Dès qu'il fait un temps plus sec pendant quelques jours, le niveau de l'eau redescend dans le ruisseau qui redevient souterrain...
Dans tous les cas il est intéressant de partir de la lecture de ce livre pour proposer une situation problème : est-il possible qu'un cours d'eau réapparaisse parce qu'on plante des arbres ? Si non, pourquoi ?
Ensuite vous pouvez travailler sur le cycle de l'eau et entrer dans les détails.

Corine Martel

Renaissance des ruisseaux

Il vous faut trouver la réponse, non dans la seule connaissance de l’évapotranspiration, mais sur le fonctionnement même d’un écosystème, en particulier du substrat (humus, sol et sous sol) sur lequel se développe l’écosystème.
L’écosystème décrit par l’auteur est aride, pauvre en végétation et les habitants du lieu poursuivent cette désertification en continuant à produire du charbon de bois, à partir des arbres qu’ils abattent sans se soucier des éventuelles conséquences. On peut ici débattre sur le labeur de l’homme qui a besoin de vivre (vente du charbon de bois) et de l’impact méconnu à cette époque sur le fragile écosystème provençal, avec des étés à fort déficit hydrique.
On connaît de nombreux sites pour lesquels cette géomorphologie est décrite. L’ultime phase est connu sous le nom de badlands (érosion rapide, ruissellement des eaux, creusement de canyon, etc )

Grâce à leurs racines et des symbioses avec les bactéries et les champignons du sol, les plantes ont la capacité de fixer l’eau qui percole dans le sol. Cette eau, en quantité aussi minime soit-elle, permet d’une part la montée des sels minéraux dans la plante mais aussi l’ouverture des stomates au niveau des feuilles. Par ailleurs, la nuit avec les baisses de température, l’eau atmosphérique se condense et favorise ainsi une augmentation de l’hygrométrie. Des plantes peuvent donc se développer et croitre dans des conditions extrêmement difficiles.

Le développement des chênes plantés par le berger puis des hêtres a donc permis :
• Le développement au dessus du sol, d’une nappe plus ou moins dense, de gouttelettes d’eau en suspension (brouillard, rosée).
• La fixation du sol et en particulier des particules argileuses. Celles-ci fonctionnent comme des éponges vis à vis de l’eau. En présence de l’eau atmosphérique condensée la nuit, les argiles gonflent et retiennent cette eau.
• La diminution très forte du ruissèlement. L’eau piégée par le sol argileux ne s’écoule plus sur le sol en entrainant avec elle les particules (sables, graviers, limons) qui forment le sol dans lequel s’installent les plantes.
• Le dépôt d’un humus, issu de la chute de feuilles et de brindilles à l’automne. Cet humus augmente les qualités nutritives du sol et garantit à celui-ci une moindre évaporation en gardant dans le sol une relative fraicheur
• Une circulation verticale des eaux retenues par les argiles vers le sous-sol (et non horizontale par ruissèlement). Par l’enrichissement du sol en particules fines, par la forte diminution de la dégradation de sol, les eaux, sous forme de gouttelettes s’infiltrent dans le sol pour se stocker dans une zone poreuse du sol (quelques dm à quelques m de profondeur)
• Ce stockage va inévitablement se mouvoir sous l’effet de la gravité (déplacement d’eaux phréatiques) pour percoler sous forme de sources qui, si elles deviennent pérennes, pourront donner naissance à de petits ruisseaux.

D’une certaine manière, Jean Giono exprime ici un des élément fondamental de l’écologie : protéger les écosystèmes ou tout au moins leur garantir une pérennité dans le contexte climatique où ils peuvent se développer. Un écosystème est un ensemble complexe constitué d’un biotope (sous-sol et sol) et d’une biosphère (ensemble des êtres vivants qui y vivent. Les relations entre ces deux ensembles sont complexes, encore méconnues pour certaines et bien souvent l’homme fait figure d’apprenti sorcier en voulant à tout prix se lancer dans des procédures de sauvegarde de la nature.

Thierry Chevallier