Rencontre avec Sandrine Betuing, Olivier Carré, Jeanne Daufin, Émilie Rama et Maria Terrak, enseignants de classes de cycle 3 engagées dans le projet "Ma maison, ma planète...et moi !". Ce projet pluridisciplinaire à dominante scientifique vise à sensibiliser élèves, enseignants et parents aux aspects environnementaux, sociaux et sanitaires de l’habitat.

Pourquoi avoir choisi ce thème ? En quoi est-il intéressant pour les élèves ?

Jeanne Daufin : Ce thème est intéressant car il est pluridisciplinaire avec une dominante science et géographie. Il permet d'aborder les notions d'écologie, d'énergie, de citoyenneté à travers des situations de classe diverses et variées où l'élève propose et met en place ses propres expériences. Cela favorise une prise de conscience quant à notre devoir écologique. Les élèves acquièrent des savoirs et un vocabulaire adéquat qui leur permettent de se conduire en citoyen responsable.

Olivier Carré : Parce qu’il poursuit le travail mis en place l’an passé avec le CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement), où nous avons travaillé sur l’aménagement d’une ville, de ses quartiers en le comparant à celui d’une petite ville de montagne Font Romeu (classe de neige 2009/2010). Et puis la reconstruction du quartier dans lequel vit la plupart des élèves de la classe, m’a conduit à m’intéresser à l’habitat de nos jours et à la prise en compte de la problématique environnementale.

Émilie Rama : J’avais étudié le thème du "climat, ma planète et moi" avec une autre classe et je voulais tester celui-ci qui est finalement sa continuité. C’est un sujet
très intéressant qui, pour certains élèves en particulier, met en valeur l’habitat de leur pays d’origine. Cela devient un prétexte pour en parler. C’est également l’occasion d’aborder les différences entre habitat individuel et habitat collectif et de se rendre compte des avantages et des inconvénients dans les deux cas.
C’est par ailleurs un excellent support pour prendre conscience de l’importance de changer nos habitudes.

Maria Terrak & Sandrine Betuing : Nos élèves avaient travaillé l’an dernier sur le module "Rien ne se perd" qui traite la problématique des déchets. Cela nous semblait intéressant d’étudier ce thème sur l’éco habitat dans la continuité. Par ailleurs, les enfants avaient abordé il y a deux ans, le délicat sujet du réchauffement climatique qui constitue également un projet EEDD.

Pourriez-vous décrire comment se déroulent les séances en classe ?

Comment chauffer de l'eau avec le Soleil ?Comment chauffer de l'eau avec le Soleil ?
Les élèves identifient les variables qui permettent de chauffer l’eau le plus efficacement possible. La météo étant défavorable...la lampe remplace ici le Soleil !

Jeanne Daufin : L'enseignant engage les élèves sur une discussion : soit un rappel de la séance précédente, soit le lancement d'un nouveau thème: échanges / interactions. Puis, les élèves sont placés en situation de recherche et doivent, le plus souvent possible, imaginer une expérience qui permettrait de vérifier leurs hypothèses. Cela passe par le schéma scientifique individuel ou de groupe. Chaque groupe vient ensuite présenter son expérience, on en discute et généralement on écrit sur une affiche les éléments que nous gardons. Les différents groupes mettent en oeuvre leurs expériences pendant une durée précise.
Ils relèvent les résultats obtenus, discutent et vérifient leurs hypothèses. Enfin, une trace écrite collective est rédigée puis recopiée dans le cahier d’expériences.
Il peut arriver, suivant les séances, que les élèves n'aient pas d'expériences à faire mais doivent se consulter pour répondre à une demande précise : associer paysages et habitats, se répartir sur un planisphère virtuel, réfléchir au cycle de vie de certains matériaux et justifier leurs réponses.
A chaque séance, il y a des échanges entre pairs qui permettent de se poser des questions et, le plus souvent d'y répondre.

Olivier Carré : Nous travaillons à trois, une enseignante ESAP, Florent - Polytechnicien stagiaire - et moi-même. J’organise les séances en les adaptant à ma programmation ainsi qu’au public élèves, selon les objectifs que nous nous sommes fixés pour la séance. Un élève est désigné pour écrire tout ce que nous notons
au tableau et qui ne serait pas repris dans le cahier d’expériences afin que je puisse donner cette trace écrite, par la suite, en classe.

Maria Terrak & Sandrine Betuing : Les premières séances trop documentaires ont été assez laborieuses. Dès l'entrée dans les séances de manipulation et d'expérimentation, le travail de groupe, l'activité et la recherche ont été favorisés.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Jeanne Daufin : Oui, en ce qui concerne la lecture et la prise d'indices pour répondre aux questions sur le cycle de vie des matériaux, ainsi que pour la répartition des richesses, de l'eau etc....sur la planète. Ces séances très intéressantes sont malgré tout assez denses et demandent du temps. Il est nécessaire d'être au point sur tout le vocabulaire utilisé et nous devons également être capables de répondre aux différentes questions des élèves qui s'avèrent parfois complexes.

Olivier Carré : Pas toujours facile de faire directement le lien avec ce qui est l’objet de notre travail : l’habitat. Parfois, certaines notions sont trop abstraites pour les enfants. Ils ne font pas toujours le lien avec l’habitat. Autre problème, le quartier de la Commanderie, en pleine rénovation ne semble pas suffisamment prendre en compte l’aspect environnemental tel qu’on en parle au cours des séances. C’est dommage ! Le béton est omniprésent…et l’éco habitat reste marginal.

Maria Terrak & Sandrine Betuing : Le lien entre les séances et l'habitat n'est pas toujours lisible pour les élèves (isolant, chauffe-eau, circuit de l'eau).

inégalité d’accès aux ressources naturellesLes élèves prennent conscience de l’inégalité d’accès aux ressources naturelles et aux richesses dans le monde. D’où la nécessité de limiter notre consommation d’énergie et d’eau.

Aviez-vous déjà mené en classe un travail sur l’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD) ?

Jeanne Daufin : Oui, l'année passée, nous avions testé, avec une douzaine de classes en France, ce sujet d’étude en cours d’élaboration.

Olivier Carré : Oui, l’an passé, nous avions commencé à évoquer le sujet avec le CAUE.

Plusieurs classes travaillent simultanément sur ce thème. Est-ce un avantage ?

Jeanne Daufin : Oui, car cela permet d'échanger nos expériences de classe et de remédier éventuellement aux difficultés rencontrées.

Olivier Carré : Oui, car cela permet les échanges, on recueille les impressions des uns et des autres et on voit les séances plus ou moins difficiles à mener. C’est très enrichissant, d’autant que nous sommes parfois nous-même mis en situation de recherche dans le cadre du travail mené avec le RAR.

Émilie Rama : Oui, pour comparer le déroulement des séances et les reconstruire éventuellement pour qu’elles soient mieux adaptées à nos élèves.

Plus généralement, que pensez-vous d’un enseignement des sciences fondé sur la démarche expérimentale ?

Jeanne Daufin : Je ne peux en penser que du bien car cela permet à l’enseignant de s'investir dans un projet pédagogique favorisant à la fois le langage (oral et écrit), l'expérimentation, le raisonnement, la citoyenneté. C'est une façon plus ludique d'aborder les sciences, beaucoup moins rébarbative qu'un enseignement dit "classique".

Olivier Carré : C’est très intéressant, mais cela prend beaucoup de temps et il faut bien penser à l’organisation matérielle… Les élèves intègrent bien les notions abordées et prennent un réel plaisir lors de ces séances de sciences.

Maria Terrak & Sandrine Betuing : La mise en place d'une démarche expérimentale est plus facile avec un accompagnement ESAP. Nous suivons, malgré tout, la
même démarche en sciences sur d'autres modules, sans accompagnement, et essayons de la mettre en place en mathématiques, en géographie, en arts visuels et en
instruction civique.

Émilie Rama : Je ne sais plus faire autrement.

Propos recueillis par Nicolas Demarthe
(texte extrait de la revue "Cap sciences", janvier 2011, éditée par le centre de ressources de Nogent sur Oise