Science et confiance : Mieux comprendre comment les scientifiques parviennent à un consensus autour des questions du réchauffement climatique

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Auteurs : MATHIEU FARINA(plus d'infos)
elena Pasquinelli(plus d'infos)
Résumé :
Livret complet pour le formateur (format PDF)
Publication : 4 Juillet 2018

Objectifs pédagogiques détaillés

 

L’objectif de cette activité est de permettre de réfléchir à des difficultés que l’enseignant (le citoyen plus en général) peut rencontrer face à des théories scientifiques comme celle de l’évolution ou du réchauffement climatique anthropique, ou à des faits comme l’exploration spatiale.

Ces thèmes, bien qu’ils ne fassent pas l’objet de controverse scientifique, sont parfois présentés comme tels par leurs détracteurs.

Soutenir qu’une théorie scientifique n’est pas consensuelle (au sein de la communauté scientifique) est une stratégie efficace pour faire surgir le doute quant à sa solidité. Même si on ne met pas en doute les fondements de la théorie, on peut alors être tenté de la mettre sur le même plan que les théories “alternatives”.

En fait, ces thèses ne sont pas des théories scientifiques, car elles ne sont pas soutenues par des preuves solides et ne devraient pas être confondues avec des théories scientifiques bien établies. Le risque est de créer de la confusion sur la nature même de la science, de ses méthodes et de la manière dont sont construites les connaissances scientifiques.

Cependant la tentation d’enseigner “les deux versants” est forte, notamment lorsqu’on ne veut pas donner une impression de la science comme étant dogmatique, fermée, irrespectueuse des différentes sensibilités. La difficulté consiste donc à ne pas tomber dans le relativisme sans pour cela donner une image de la science comme un dogme.

En réalisant cette activité, les participants sont amenés à réfléchir à des familles d’objections comme: “Soyons ouverts : tout le monde a le droit à ses opinions: il faut respecter les différences d’opinion et les considérer toutes égales entre elles !” ou “La science est une discipline qui invite au doute! Il faut douter tout le temps, de tout et de tous…”. Ces objections se retrouvent dans les différents contextes présentés, car elles dépassent le cadre de l’une ou l’autre des thèses : au-delà du contexte et du contenus spécifique à chacune (théorie du réchauffement climatique anthropique, théorie de l’évolution, histoire des explorations spatiales), elles révèlent toutes une mauvaise compréhension de la nature de l’entreprise scientifique.

De cette manière, les participants prennent conscience du fait que pour répondre au problème du climat, il ne suffira pas d’apporter des réponses disciplinaires aux objections.

De façon complémentaire, ils prennent conscience du fait que les considérations qui permettent de répondre aux objections contre la théorie du climat pourront être remobilisées en d’autres contextes – théorie de l’évolution, négationnisme relatif à des faits établis par des méthodes rigoureuses.

 

Objectif « Esprit Scientifique, Esprit Critique »

On présente souvent le concept d’Esprit Critique comme équivalent à celui d’Esprit de Critique, ou en relation avec une idée de « doute radical ». Si tout le monde cherche à nous tromper, si nous pouvons nous tromper nous-mêmes, la seule solution ne serait-elle pas de ne plus croire en rien ni personne, de se retrancher dans une position de doute constant et non différencié ? Ainsi, les informations publiées dans un journal réputé et celles publiées dans un blog obscur auraient le même statut de « fiabilité » ; et il n’y aurait pas de différence entre une opinion et une connaissance scientifique.  

Bien que cela puisse paraître paradoxal, une composante fondamentale de l’esprit critique est celle de savoir faire confiance. Mais c’est bien sûr une confiance éclairée et fondée qui est ici en jeu. Toutes les informations ne sont pas de même valeur ; toutes les sources ne sont pas également fiables et une opinion ne vaut pas une connaissance bien étayée lorsqu’il s’agit d’être fidèle aux faits. Il est important donc d’apprendre à placer sa confiance sur les bonnes sources.

Cette approche pose la question des raisons qui doivent nous pousser à accorder légitimement notre confiance en la connaissance scientifique. Pour répondre à cette question il est indispensable de mieux connaître les processus qu’utilisent les scientifiques pour construire et valider leurs théories. Ces processus passent par la mise en cohérence de nombreux faits et arguments bien construits. Une théorie rend les scientifiques capables de faire des prédictions : lorsque de nouvelles preuves confirment ces prédictions, la théorie se retrouve validée. Une théorie solide et capable d’expliquer de nombreux faits ne sera pas pour autant abandonnée à la lumière d’un unique fait contraire : une théorie solide est rarement remise en question du jour au lendemain. Elle évolue en incorporant les nouveaux faits mais ne néglige pas cependant les connaissances faibles du passé. Découvrir le fonctionnement de la science permet également de comprendre comment les scientifiques d’un domaine tombent d’accord sur les aspects principaux de la théorie : leur domaine a progressivement sélectionné les méthodes les plus adaptées et les mieux à même de produire des données objectives. La science ne cache pas ses incertitudes et au contraire déclare de façon systématique son degré de confiance envers chaque fait. Ceci ne doit pas donner l’image d’une science incertaine qui inspire le doute. C’est au contraire une indication forte qui nous permet de distinguer des faits considérés comme certains par une large communauté d’experts, de ceux qui pourront, à la lumière de nouveaux éléments, évoluer.

L’ensemble de la formation vise à nourrir une réflexion sur l’esprit critique, la nature de l’entreprise scientifique et la confiance envers la science.


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