L'esprit critique dans le quotidien d'un enfant

Portrait de Gabrielle Zimmermann

Les enfants ont-ils besoin d'esprit critique ?

Bien observer, tester, soupeser l’information, s’y appuyer pour argumenter, imaginer pour innover : ces compétences sont au cœur de la pratique des sciences et peuvent être mises à profit dans la vie quotidienne, dans notre appréciation critique et honnête du monde qui nous entoure. Mais pourquoi travailler sur ces questions, en classe ? Les enfants ont-ils "besoin d'esprit critique", et que peuvent apporter les sciences en ce sens ?

Pour tenter de répondre à cette question, suivons le guide, au gré d'une petite fiction. Un guide qui s'appelle Nora. Elle est à la fois moi, vous et tous les enfants : ce sont toutes ces petites phrases d'élèves, glanées dans les 50 classes impliquées dans les tests de notre ouvrage, qui l'ont inspirée. Nos filles, nos fils, ces élèves en amont des adultes et citoyens que nous devenons.

« Je m’appelle Nora. Cette année, je rentre en CM1. J’aime les chats, écouter de la musique, la gym et jouer à la Nintendo DS.

Je suis grande, j’ai 9 ans. Il y a beaucoup de choses dont je suis sûre ! Je sais, par exemple, que le crayon tombe de la table si je le pousse dans le vide. Je ne l’ai jamais vu faire autrement, alors j’ai de bonnes raisons de penser que ça se passe tout le temps comme ça. Mon petit frère m’énervait avec ça, quand il était bébé : il n’arrêtait pas de pousser mes crayons de la table pour les voir tomber, encore et encore. Je crois qu’il était en train de regarder si ça arrivait tout le temps. Heureusement, il a compris que oui, parce que j’en avais marre de ramasser. A force, j’avais installé un panier au pied de la table à l’endroit où les crayons tombaient, et je le remontais avec une ficelle.

Maintenant, il a trois ans. Il sait beaucoup de choses aussi, déjà, mais parfois il se trompe. Dans ma famille, on fait de l’escalade. Papa grimpe, maman grimpe, je grimpe, et il commence aussi à grimper. L’autre jour, il a demandé à la dame du supermarché où était le mur d’escalade, parce qu’elle avait un mousqueton pour accrocher ses clefs. Qu’est-ce que j’ai ri ! Il croît que tout le monde grimpe, du coup !

C’est mal de se moquer. D’autant que moi aussi ça m’arrive, parfois, de croire que les choses sont tout le temps vraies. L’autre jour, par exemple, mon père a acheté des fraises blanches. Toutes blanches ! Mais des fraises : j’ai bien regardé, elles étaient exactement pareil, en dehors de la couleur. Avec les petites graines dessus et tout.
Vraiment, je pensais que toutes les fraises étaient rouges. Il y en a peut-être des violettes, ça se peut, du coup. Je pense que dans les livres, on peut trouver. Ou sur Internet, mais je suis tombée sur des fraises bleues en cherchant un peu, alors je crois que je ne sais pas bien aller sur les bons sites. Mon frère, il y a cru, lui. Mais bon. Il croît aussi que les dragons ont existé comme les dinosaures.

Ma copine Zoé, elle dit que ce n’est pas parce qu’on n’a jamais vu quelque chose que ça n’existe pas. Elle me dit que c’est pareil que pour les fraises blanches : que peut-être un jour le crayon ne tombera pas de la table, par magie. Je pense que non, que ce n’est pas pareil, mais je ne sais pas bien quoi lui dire pour lui expliquer.
Surtout que c’est difficile : elle adore la chanteuse Violina, qui croît à la magie et qui a même un bracelet porte-bonheur. Elle le portait à chaque fois qu’elle a passé une audition et qu’elle a été prise. On peut acheter le même : Zoé l’a. Moi je pense que c’est juste parce qu’elle chante bien qu’elle a été prise à ses auditions, Violina. Elle portait le bracelet à ce moment mais ça n’a rien à voir. Ça aussi, je ne sais pas trop comment le dire à Zoé. En plus, sa mère y croît aussi.

D’autres fois, on croit qu’on comprend pourquoi quelque chose arrive, mais on va trop vite. Moi aussi ça m’arrive, hein. L’autre jour, j’ai vu mon chien qui courait comme un fou en aboyant, et j’ai cru qu’il y avait un voleur. J’ai eu peur. En fait, c’était à cause d’une souris. Parfois, comme là, c’est simple de trouver la cause. Mais d’autres fois non. Pourquoi le crayon tombe de la table, d’ailleurs, tiens ? Je ne sais pas. Mais j’aimerais bien savoir ».


La science : des outils pour dépasser les limites de notre raisonnement naturel

"Je ne sais pas, et j’aimerais bien savoir". Cette phrase fut aussi celle de Georges Charpak, prix Nobel et l’un des fondateurs de La main à la pâte, au moment de définir la posture du chercheur. Dans ses mots, le scientifique n’est pas celui qui se pose comme détenteur du savoir : au contraire, il est celui qui ne sait pas. Mais qui a envie de chercher. Cette envie de connaître le monde nous est naturelle voire vitale. Pour prospérer dans notre environnement, pour réagir aux événements, pour vivre en société également : nous avons besoin de comprendre. Comme Nora, nous observons ce qui nous entoure et nous nous posons des questions. Nous essayons de regarder de plus près, d’expliquer ce qui se passe, nous cherchons l’information auprès de regards plus avisés, lorsque nous ne pouvons pas tester les choses nous mêmes avec ce qui nous semble être de la rigueur. Nous avons envie d’argumenter, lorsque nous sommes convaincus de quelque chose. Et parfois, nous résolvons des problèmes et inventons des solutions.
En somme, nous avons une tendance naturelle à questionner le réel pour agir au mieux : à faire preuve d’esprit critique. Non pas d’esprit DE critique, attitude qui consisterait à céder au relativisme et tout mettre en doute, non. Plutôt de soupeser l’information de façon juste dans le but d’agir avec discernement. De raisonner, au fond, simplement.

Nora nous l’apprend comme notre vécu : cette tendance et ces aptitudes naturelles connaissent des limites. Pour aller encore plus loin, nous avons besoin d’outils, surtout lorsque nous sommes face à des questions cruciales : concernant par exemple des questions environnementales ou de santé.

La science est la pratique experte de ces ces actes naturels : observer, expliquer, évaluer, argumenter, inventer. Au fil des siècles, elle s’est dotée de méthodes et d’outils qui peuvent nous inspirer – dans notre raisonnement du quotidien – pour connaître et dépasser nos limites. Dès le plus jeune âge, lorsque les sciences s’invitent en classe, pour peu de faire un pas de côté.
 


Un guide pédagogique pour travailler l’Esprit scientifique et l’Esprit critique en classe

De ce constat, est né l’ouvrage « Esprit scientifique, Esprit critique », que vous découvrez aujourd'hui : un guide de séances « clés en main » pour la classe, proposant aux enseignants et élèves de découvrir les méthodes et outils en sciences, puis de faire systématiquement ce « pas de côté » réflexif, puis le transfert vers la vie quotidienne.

Il s’articule autour des 5 « blocs » thématiques énoncés précédemment : Observer, Expliquer, Évaluer, Argumenter et Inventer, déclinés en savoir-faire cohérents avec le Socle Commun.

Pour répondre aux problématiques de la jeune Nora, ils sont indispensables.

Voici, ci-dessous, comment ils s’articulent avec les situations qu’elle nous rapporte, quotidiennes de sa vie d’enfant.
 


Au gré des activités (de sciences, mais aussi de mathématiques ou de lexique), Nora et ses camarades s’exercent à observer de façon précise, à mobiliser le vocabulaire adéquat, à ne pas estimer une grandeur « à la louche » mais à utiliser un outil pertinent comme la règle ou la balance. Ils découvrent comment sont construites les connaissances, et à les distinguer des données, des exemples isolés.
Ils approchent les notions de cause et d’effet tout en maniant des mots aussi simples et à la fois subtiles que « parce-que » et « donc », et explorent comment mettre en évidence si deux événements sont liés (ou non !) par une relation de cause à effet.
Lorsque c’est possible, ils ont l’occasion de tester leurs hypothèses sur les phénomènes et sinon, se dotent de check-lists pour mener des recherches documentaires fiables : en analysant les informations et les sources (en lien avec l’éducation aux médias).
A la lumière de cette compréhension de la façon dont les connaissances sont obtenues, ils apprennent à distinguer les bons arguments, fondés sur des faits (scientifiquement étayés), de ceux reposant sur des émotions ou des postures d’autorité. Ils apprennent à les mobiliser pour construire des argumentaires pertinents, et à reconnaître les grandes caractéristiques d’une information délibérément fausse (ici un canular).
Enfin, ils collaborent pour résoudre des problèmes, imaginant et inventant des solutions, y compris dans le cadre d’une démarche technologique.

Puisse cet ouvrage vous aider à accompagner vos élèves !

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