Fiche synthétique: La curiosité

La curiosité

 

La curiosité est une composante essentielle de notre cognition. Elle est impliquée aussi bien dans l'apprentissage que dans la prise de décision. Elle joue un rôle essentiel dans notre bien-être et dans nos interactions avec le monde naturel et social.

« Peu de phénomènes ont été le sujet d’aussi longues discussions que la connaissance humaine. Pourtant, cette discussion a porté peu d’attention à la motivation qui sous-tend la quête de la connaissance, de sorte que deux questions importantes nous interrogent encore. La première est pourquoi les êtres humains consacrent tellement de temps et d’efforts à l’acquisition de connaissances… La seconde […] pourquoi, de l’infinie variété des objets de connaissance de l’univers, certains sont plus ardemment recherchés et plus facilement retenus que d’autres.»  (Berlyne 1954, p. 180)
 

 


Comment s'active la curiosité?

Souvent, ce qui attire notre intérêt au cours de la journée peut perdre son charme peu de temps après. À l’inverse, nous pouvons nous intéresser et nous engager durablement dans un domaine qui jusqu’alors nous était indifférent. La curiosité peut être active pendant des heures, des jours, voire des années – ou seulement quelques minutes. La nature des situations susceptibles de réveiller la curiosité est aussi variée. La curiosité peut être suscitée par quelque chose de surprenant ou de nouveau, un événement externe qui nous met dans un état déplaisant, inconfortable, d’incertitude que nous allons chercher à surmonter. Mais la curiosité peut aussi surgir par elle-même, comme une envie qui pousse à se mettre en quête de quelque chose de nouveau, à explorer, à chercher à connaître ou à en savoir plus. Dans ce cas, elle ressemble plus à un désir et à un intérêt qu’à un besoin, et elle ne semble pas, en tout cas, constituer une réaction à une situation externe. Il est avéré que les êtres humains et d’autres animaux se mettent spontanément à la rech

 

Un peu d'histoire

En 1890, le psychologue et philosophe américain William James décrit 2 formes de curiosité: la curiosité comme instinct, ayant une utilité pratique immédiate, et la curiosité scientifique, sans fondement utilitaire, excitée par le ressenti de lacunes, d’incohérences dans la connaissance, par des énigmes. 

Par la suite, d’autres psychologues - et notamment Daniel Berlyne - ont maintenu la distinction entre la curiosité comme pulsion vitale excitée par la nouveauté, et la curiosité en tant que recherche persévérante d’une connaissance qui n’a ni valeur pratique ni urgence

Une autre distinction qui a reçu beaucoup d’attention, notamment dans les années 1970-1980, est celle existant entre la curiosité comme état passager, dans lequel n’importe qui peut se trouver à un certain moment de sa vie, et la curiosité en tant que trait de personnalité, c’est-à-dire un état permanent même s’il n’est pas toujours actif, et qui serait plus marqué pour certains individus que pour d’autres. 

La recherche en psychologie des années 1950-1960 s’est concentrée surtout sur la curiosité perceptive des animaux non-humains, notamment les rats. Mais de nouvelles recherches ont été développée à partir des années 2000 qui cherchent à identifier les bases neurocognitives de la curiosité et qui étudient la curiosité à travers des simulations portées par des ...robots. 

 

 

Qu'est-ce que la curiosité?

La curiosité peut être considérée comme une forme spéciale de recherche d'informations.

La théorie la plus répandue en psychologie, décrit la curiosité comme la perception qu’il existe un écart entre ce qu’on sait et ce qu’on voudrait savoir.  Cette perception s'associe à une sensation négative de privation et d’inconfort. On développe alors une motivation à se mettre en quête d’informations. Remplir le "différentiel de connaissance" produit du plaisir, et fait en sorte que, par la suite, on se mette spontanément à la recherche de situations qui pourront susciter un différentiel et produire de nouveau du plaisir.  (Ce qui permet d’expliquer pourquoi, dans certains cas, la curiosité « nous tombe dessus » en raison de la perception, plus ou moins consciente, d’un conflit, ambiguïté ou lacune de connaissance; alors que dans d’autres cas, nous nous mettons volontairement dans la situation où ces conditions vont se produire.)

La curiosité a des bases neurobiologiques

Les neurobiologistes recherchent ses bases en relation avec le circuit neuronal de la récompense ou du plaisir, impliqué dans les comportements de recherche et d'exploration avec ou sans motivation externe. Ils onti rapproché la curiosité de l’activité d’un circuit neuronal particulier, connu sous le nom de circuit de la récompense, parce qu’il s’active lorsqu'un animal reçoit une récompense, en produisant une sensation de plaisir. Cependant, le circuit de la récompense est impliqué dans une variété d’états mentaux, liés à la motivation, à l’apprentissage, au renforcement des comportements.

La curiosité peut être simulée

Les roboticiens on créé des modèles de la curiosité en tant que recherche d'un progrès vers de nouvelles connaissances.

 

La valeur positive de la connaissance pour la curiosité

Selon la théorie du différentiel de connaissances,

- pour être curieux il faut déjà posséder des connaissances.

Pourquoi? Parce que plus on en connaît d’un domaine, plus il est facile de remarquer si des connaissances manquent et lesquelles. En quelque sorte (et comme cela arrive dans le cas de la perception), les connaissances manquantes font « pop » et attirent notre attention comme un carré rouge sur un tableau blanc.

La théorie du différentiel de connaissances prédit aussi que 

- la motivation augmente à mesure que l’on approche de son objectif

 l’impossibilité d’apprécier son ignorance est une barrière à la curiosité: le besoin d’informations doit être clairement perceptible par l’individu pour que celui-ci puisse s’en inquiéter.

En résumé, la théorie du différentiel de connaissance implique que  la curiosité nécessite des connaissances préalables, qu’il est nécessaire de rendre les apprenants conscients qu’il leur manque des connaissances et que ce manque peut être comblé. 

 

 

La curiosité est activée par le juste niveau de complexité et d'incertitude

 

D’autres facteurs que la nouveauté peuvent influencer (stimuler, ou bien étouffer) la curiosité des enfants:

 

- par exemple, lorsque la cause d’un événement est incertaine, la curiosité pousse l’enfant à continuer à la chercher ; lorsque la cause est claire, l’enfant cesse de la chercher et s’intéresse à autre chose.

 

- Un autre facteur qui peut influencer la curiosité des enfants est l’attitude des adultes qui les entourent;  notamment le fait que ces derniers fournissent des explications exhaustives concernant le fonctionnement d'obsets que l'enfant peut lui-même explorer limite sa motivation à le faire.

 

Il semble donc possible d’influencer la curiosité des enfants d’âge scolaire, en adoptant une attitude qui laisse les enfants découvrir le plus possible par eux-mêmes le « comment ça marche » des objets qu’ils ont à leur disposition.

 

 

 

 


Février 2016

Texte rédigé par Elena Pasquinellimembre de la Fondation La main à la pâte


 


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