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Franck Ramus: Dyslexie: Prédicteurs de la dyslexie et des capacités de lecture
Auteurs : Equipe La main à la pâte(plus d'infos)
Résumé :
Predicteurs de la dyslexie et des capacités de la lecture en France et dans huit pays européens. Franck Ramus (LSCP-Ens Paris). Colloque "Troubles du langage écrit de l'enfance à l'âge adulte", organisé par le laboratoire PDPS de l’Université de Toulouse II-Le Mirail, en association avec l’APEDYS Midi-Pyrénées. Toulouse : Université Toulouse II-le Mirail, 16-17 mars 2012.
Publication : 24 Décembre 2013

Predicteurs de la dyslexie et des capacités de la lecture en France et dans huit pays européens

Franck Ramus (LSCP-Institut d'étude de la cognition, Ens Paris)

 Copyright : Tous droits réservés à l'Université Toulouse II-Le Mirail et à l'auteur.

Qu'est-ce que la dyslexie?

"En France on considère qu’environ 5 à 15 % des enfants ont des difficultés à apprendre la lecture (ministère de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie, 1999; OCDE, 2004). Ces chiffres dépendent évidemment des tests utilisés et des seuils de performance retenus pour définir ces difficultés.

La population considérée comme étant « en difficulté » est bien entendu extrêmement diverse. L’apprentissage de la lecture étant une tâche cognitive complexe, dont l’objet est l’acquisition et la maîtrise d’un objet défini culturellement, il n’est pas étonnant que cet apprentissage puisse être entravé par de nombreux facteurs différents. Citons pêle-mêle les plus évidents : l’absence ou l’inadéquation de l’enseignement de la lecture, les désavantages sociaux et culturels, les troubles du langage, les déficits intellectuels, les troubles d’attention, les troubles du comportement, les déficits sensoriels non corrigés (malvoyance, malentendance)... On voit immédiatement que de nombreux facteurs à la fois environnementaux et biologiques peuvent sous-tendre des difficultés d’apprentissage de la lecture.

La constatation remarquable qui a été faite à de nombreux reprises depuis plus d’un siècle (Pringle-Morgan, 1896; Stephenson, 1907), c’est qu’il existe un certain nombre d’enfants qui présentent un trouble sévère d’apprentissage de la lecture, alors même qu’ils sont normalement intelligents, n’ont aucun déficit sensoriel, grandissent dans un milieu familial et social favorable, et ont reçu un enseignement approprié. Ce trouble, inexplicable au premier abord, a conduit à l’hypothèse d’un trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture, également appelé dyslexie développementale, et souvent abrégé dyslexie. Le terme résulte d’une analogie avec les troubles spécifiques de la lecture acquis par lésion cérébrale (dyslexies acquises, ou alexies) découverts peu de temps auparavant (Déjerine, 1891). dans cette section, les termes dyslexie (développementale) et trouble spécifique de la lecture (en fait : de l’acquisition de la lecture) sont utilisés de manière interchangeable.

De nombreuses études à plus grande échelle ont confirmé l’existence d’enfants dyslexiques, leur prévalence étant estimée entre 1 et 7 % (Lindgren, de Renzi & Richman, 1985). encore une fois, ces chiffres de prévalence sont à prendre avec précaution, puisqu’ils dépendent inévitablement de la définition de la dyslexie et du seuil de sévérité choisis. il est de plus à noter que la langue et le système d’écriture influençant la difficulté de l’apprentissage de la lecture, ils influencent également la prévalence mesurée de la dyslexie (voir notamment Lindgren et al., 1985 concernant l’influence de la définition et de la langue sur la prévalence).

On voit donc que la dyslexie n’est qu’un facteur parmi d’autres contribuant aux troubles de lecture au sein de la population. il n’est pas question de considérer que tous les enfants en échec scolaire ou ayant des difficultés en lecture sont dyslexiques. La distinction entre dyslexie et difficultés de lecture est extrêmement importante, même si, en pratique, il n’est pas toujours évident de les distinguer clairement d’un point de vue clinique. La suite de cette section ne concerne que la dyslexie. Pour un ouvrage de référence beaucoup plus complet sur la dyslexie, on pourra consulter l’expertise collective de l'INSERM « Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : Bilan des données scientifiques» (2007)."

(Extrait de: Ramus (2012). Les troubles spécifiques de la lecture. L'Information Grammaticale, 133, 34-40.)

 

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