Les chemins de l'eau

1 - L'eau du robinet... et les autres
Auteurs : Michel Lardé(plus d'infos)
Résumé :
Cette séquence a pour enjeu de faire discerner des différences de qualité de l'eau, l'eau qui nous entoure en interaction avec la présence des hommes. Que buvons-nous ? Quels sont les autres usages de l'eau dans les maisons ? Quels sont les usages de l’eau dans notre environnement ? D'où vient l'eau qui arrive dans nos maisons ? Où va l'eau qui en repart ? Quelles sont les eaux « sales » ? Quelles sont les eaux « propres » ? Qu'est-ce qu’une eau propre ? Qu'est-ce qu’une eau potable ?
Publication : 30 Avril 2013

Avant-propos

On devrait pouvoir distinguer les eaux domestiques et les eaux de ruissellement en aval ; les eaux suffisamment propres pour être rejetées dans le milieu naturel ou pour des usages d'irrigation par exemple, des eaux à destination de la consommation humaine (potable). Le vocabulaire lié à la qualité de l'eau sera noté pour en ajuster la signification au cours du module : traitement, assainissement, nettoyage, purification, épuration, eau propre, eau potable, eau pure…

Les élèves sont amenés à s'exprimer sur ce qu'ils croient savoir ; les propositions sont comparées et affichées en vue de leur discussion ultérieure au cours du module. Les connaissances des élèves sur les chemins de l'eau seront à préciser au cours du module, à la fois pour chaque élément et en replaçant chaque étape dans un schéma d'ensemble plus précis. On pourra sur des schémas de « chemins de l'eau » faire colorier de couleurs différentes les eaux propres et les eaux sales. La présence d'une usine de traitement peut apparaître sur certains schémas proposés par les élèves.

Une comparaison entre eau du robinet et eau en bouteille (eau « de source » ou eau « minérale ») peut être menée  avec activités de comparaison des goûts, comparaison des étiquettes, recherche des avantages et inconvénients.

Une approche historico - géographique pourrait compléter cette première séquence : en a-t-il été toujours comme cela ? est-ce partout comme ça dans le monde ?

Débat sur l'eau du robinet

En France, on boit l’eau du robinet, sauf s’il est mentionné « non potable ». L’enseignant  introduit  le questionnement : est-ce que vous buvez de l’eau du robinet ? pourquoi ? qu’est-ce qui nous garantit qu’elle est bonne ? quelle est la différence avec l’eau en bouteille ? qu’en pensez-vous ?

Des échanges verbaux s’en suivent. Certains élèves affirment par exemple : « Si elle n’était pas bonne, on le dirait ! » D’autres élèves déclarent boire l’eau du robinet chez eux, mais pas au collège et d’autres encore disent ne boire que de l’eau en bouteille ! … Ils en apportent d’ailleurs au collège. Un élève évoque une fontaine à eau mise à leur disposition au restaurant scolaire, un autre considère qu'il ne s’agit pas de l’eau du robinet.

La question "l’eau d’un robinet est-elle toujours bonne à boire ?" est posée, puis notée par les élèves sur le cahier d’expériences. Cette question va permettre peu à peu de se poser un problème plus large.

Une demi-séance est consacrée à un débat sur les arguments que peuvent fournir les élèves tenant de l'une ou l'autre des propositions :

  • « Oui, elle est toujours bonne à boire »
  • « Non, elle n’est pas toujours bonne à boire ».

Pour remédier à la passivité de certains, c’est le groupe-classe qui gérera la discussion. Les élèves se répartissent selon l’une ou l’autre affirmation et argumentent entre eux, puis confrontent leurs arguments.

Il est important d’observer l’investissement de chacun des élèves, de relancer l’intérêt individuellement, de faire naître la nécessité d’écrire tout ce qui est dit pour préparer la confrontation.

L’eau du robinet est-elle toujours bonne à boire ? Des arguments et des anecdotes peuvent faire l’objet d’un débat « questions-réponses » entre les élèves. Des pistes peuvent être amenées par le professeur pour enrichir le débat.

Quelques propositions d’élèves

Choix 1 : « L’eau du robinet n’est pas toujours bonne à boire, car elle peut rendre malade si on l’utilise ». Il y a confusion entre cause et conséquence ou mauvaise utilisation de « car ». Une proposition de reformulation peut être proposée : « Je sais que l'eau du robinet peut (dans certains cas) rendre malade ; elle n'est donc pas toujours bonne à boire ». Il faut faire préciser les cas par les élèves.

Choix 2 : « L’eau du robinet est toujours bonne à boire  parce qu’on s’en sert pour la cuisine. Quand on ne peut pas boire l’eau, c’est écrit ! Il y a des usines qui nettoient l’eau… »

D'autres arguments sont aussi évoqués : « l’eau du robinet n’est pas mauvaise puisqu’on l’utilise pour se brosser les dents...  Si on achète de l’eau minérale, c’est parce que l’eau du robinet a un goût (sapidité) et que l’eau minérale donne la santé... Dans les bouteilles d’eau minérale, il n’y a jamais de microbes… »

L'enseignant incitera les élèves à noter les arguments pour chacun des choix.

À ce stade de la séquence, l’adjectif « potable » qui peut être employé par les élèves (inscription sur les fontaines publiques) signifie « qui peut être consommée », sans que soient associés les critères de potabilité. Ceci devra être précisé ultérieurement lors de la séquence 3 qui porte sur l'analyse de l'eau.

Recherche pour comparer l'eau du robinet et l'eau en bouteille

L'eau en bouteille est-elle meilleure (au goût ? pour la santé ?) que l'eau du robinet ? La question du goût (et de l'odeur) des différentes eaux peut aussi être posée avec un atelier de dégustation de différentes eaux du robinet et de différentes eaux en bouteille. Certains élèves trouvent que l’eau  du robinet a une odeur, la trouvent salée ; d’autres sans odeur et sans goût particulier. En revanche, la question de la santé peut trouver réponse avec une étude documentaire comparative sur l’eau du robinet et l’eau en bouteille :

  • Quelle eau choisir ? 
  • Connaît-on réellement la valeur de l’eau que l’on boit ?
  • Que contient-elle?
  • Convient-elle à notre organisme ?
  • Est-elle adaptée à nos besoins ?

Au cours de son cycle dans la nature, l’eau se charge en éléments nutritifs mais aussi en diverses pollutions. L’eau de pluie est la première touchée par ce phénomène. Elle entre en contact avec l’atmosphère et les sols (pollution par les véhicules, les mégots, les animaux, les engrais, les pesticides, etc.).

Les eaux usées comportent huiles, détergents, matières organiques et autres déchets, médicaments, et souvent d'autres polluants qui ne devraient pas s'y trouver. Les eaux industrielles sont soumises à des règles de nettoyage avant d'être remises dans la nature ou dans le circuit d'assainissement des villes.

L’eau du robinet :

L’eau du robinet est une eau potable possédant des avantages non négligeables.

1 - Aspect  économique : l’eau du robinet est en moyenne 130 fois moins chère que l’eau minérale.                   

Catégories

Eau du robinet

Eau minérale

Eau de source

Prix moyen par litre

0,00345 €

0,44 €

0,15 €

Prix moyen annuel

2,44 €

316 €

108 €

Tableau comparatif des coûts (coûts moyens au 1er janvier 2012) pour 2 litres consommés par jour et par personne en France.

2 - Sûreté : bien qu’elle suscite de la méfiance, elle est très contrôlée (la teneur en nitrates a été sujette à débat, mais leur nocivité est actuellement revue à la baisse). En cas d'événement exceptionnel (inondation par exemple), une information est donnée et un dispositif palliatif est organisé.

C'est une eau potable, c'est-à-dire conforme aux exigences sanitaires définies par décret. Cinquante-quatre paramètres différents font l'objet d'une surveillance et sont régulièrement analysés. L’eau est traitée pour éliminer les bactéries, les virus et toute forme de pollution dissoute qui pourrait provoquer des  maladies chez les consommateurs. C’est un des aliments les plus surveillé, plus réglementé d’ailleurs que certaines eaux minérales.

3 - Goût : l’eau du robinet peut avoir un goût de chlore. Ce dernier permet de désinfecter l’eau et d’éliminer les bactéries ou micro-organismes responsables de problèmes intestinaux. Le calcaire apporte à l'organisme du calcium essentiel à la croissance et à l’entretien du squelette. Le calcium joue également un rôle important dans la contraction musculaire et cardiaque.

4 - Aspect  pratique : elle est disponible à tout moment sans nécessité de stockage.

5 - Aspect écologique : elle ne génère pas de déchets (pas d’emballage) et ne nécessite pas de transport. Mais elle sert aussi à des usages qui n'ont pas besoin d'eau potable !!

L’eau en bouteille :

Deux types d'eau sont commercialisés : l'eau dite «  de source » et l'eau dite « minérale ».

  • L’eau de source (eau des sources) est en réalité puisée dans des nappes différentes. Sa composition peut varier dans le temps. Elle est potable, c’est-à-dire qu’elle ne présente aucun risque pour la santé. Elle est peu minéralisée. L’eau de source obéit à la même réglementation que l’eau du robinet, mais ne doit pas subir de traitement de désinfection. En cas de problème, elle est interdite à la vente. 
  • L'eau minérale est une eau de source qui contient des minéraux en quantités importantes. Elle est toujours puisée à la source et mise en bouteille sur place, après une opération de normalisation des taux affichés des différents minéraux qui entrent dans sa composition. Ces eaux minérales sont censées traiter des dysfonctionnements du corps humain, d’où la nécessité de ne pas boire toujours la même eau. Selon leur nature, le choix d’une eau minérale se fera en fonction de ses propriétés thérapeutiques. L’eau minérale ne répond pas à la même réglementation que l’eau du robinet. Elle est soumise à des normes spécifiques comme la teneur en « fluor » jusqu’à 5 mg/l (dans l'eau du robinet, la teneur est de 1,5 mg/l ). D’autres eaux minérales riches en bicarbonate de sodium favorisent la digestion, améliorant l’hydratation et réduisant la fatigue musculaire. Pour une consommation quotidienne, il vaut mieux privilégier des eaux faibles en sels minéraux. Pour la consommation courante, il vaut mieux préférer une eau peu ou très peu minéralisée, soit moins de 300 mg/l de résidus secs.
  1. Sûreté : ces eaux de source sont contrôlées sur le plan sanitaire. 
  2. Bienfaits : toutes les eaux de source ne contiennent pas les mêmes éléments dissous. Les eaux minérales offrent une eau adaptée à d'éventuelles carences.
  3. Goût : leurs goûts diffèrent selon leurs composants et sont appréciés de façons différentes selon les consommateurs.

* Relatives à l’eau du robinet et aux eaux minérales suivant le code de la santé publique.

Synthèse

La synthèse devrait permettre d'arriver à quelques formulations qui vont parfois à l'encontre des pratiques des élèves ou de leurs idées préalables :

  • Il n'y a jamais assez d'eau pour en gaspiller.
  • En France, l'eau du robinet distribuée dans les maisons est potable et très surveillée, au moins autant que l'eau en bouteille commercialisée.  Hors des maisons, en ville, elle est indiquée «  non potable » si tel est le cas.
  • L'eau de source est celle qui comporte le moins de substances autres que l'eau. C'est celle qu'on donne aux bébés.
  • L'eau minérale est utile à la santé de ceux qui présentent certains déficits : consommer tous les jours la même eau minérale n'est pas forcément bon pour la santé. L'eau minérale présente une teneur garantie en certains sels minéraux ; pour cela, elle est souvent  « normalisée », car la source n'est pas aussi constante.
  • Les eaux commerciales coûtent beaucoup plus cher que l'eau du robinet.

Émergence de  questions sur les chemins de l'eau

Après ce débat sur l'eau du robinet et l'eau en bouteille, l'enseignant cherchera à faire s'exprimer les élèves sur les chemins de l'eau « de ville » :

  • D’où vient l’eau ?
  • Quel est son chemin jusqu’au robinet ?
  • Où va l’eau utilisée dans la maison  (pour la cuisine, la vaisselle, la toilette, le lavage, etc.) ?
  • Comment est-elle nettoyée ?
  • Buvons-nous l'eau ainsi nettoyée ?

Les réponses des élèves sont parfois surprenantes  et font percevoir à l'enseignant les idées préalables qu'il faudra faire évoluer : « L’eau vient de la mer, puis va au château d’eau et arrive dans nos maisons… elle vient des égouts, puis passe au château d’eau et arrive au robinet… elle vient des égouts, se fait nettoyer, puis va au robinet… les eaux usées vont dans les égouts, puis dans un château d’eau, puis dans la mer… elles vont dans des usines de nettoyage, puis dans les robinets ou dans des usines pour être mises en bouteille… ».

On peut interroger les élèves :

  •  sur ce qu'on trouve normalement  dans les eaux usées au sortir des maisons,
  • sur ce qu'il faut éviter d'y jeter,
  • sur ce qu'on trouve dans les eaux de ruissellement.

On fait ainsi émerger l'idée de la nécessité de nettoyer l'eau avant de la rejeter dans la nature, pour ceux qui n'en avaient pas pris conscience.

Un schéma peut être produit, représentant les chemins de l'eau ; les propriétés supposées de l'eau sur chacun des tronçons du trajet seront colorées selon le caractère propre, sale, potable, ou d'une autre couleur si on ne sait pas.  Les schémas seront comparés.  Ils sont hypothétiques et devront être modifiés au fur et à mesure de l'avancée du module.

La visite d'une station d'épuration est annoncée. On essaye de localiser sur le schéma des chemins de l'eau où peut se situer cette station et comment elle peut nettoyer l'eau.

Des situations hors norme peuvent être aussi évoquées par les élèves : inondations, catastrophes polluantes, maladies telles que la légionellose, etc. Les élèves peuvent s'interroger sur la garantie de potabilité (question à noter pour la poser aux experts lors de la visite).

Ils réfléchissent à un protocole expérimental « Comment nettoyer une eau sale (usée) ? » qu’ils devront mettre en œuvre lors de la séquence 2.