Comment prendre l'air ?

Emmanuel Davidenkoff  : Vous travaillez avec des « petits », moyenne et grande section de maternelle, donc des enfants de 4 à 5 ans et vous commencez quand vous abordez un sujet par les voir individuellement. Pourquoi ?

Sylvie Chatain  : Parce que avant d'aborder une notion je veux savoir quelles sont les conceptions initiales et les représentations des enfants. C'est à partir de ce recueil que vont émerger les différentes hypothèses.

E.D.  : Et alors là on fait des découvertes. Vous avez récemment travaillé sur le thème de l'air.

S.C.  : Oui. Dans les questions j'avais demandé aux enfants :
« -qu'est-ce que l'air selon toi ? »
« -où y a-t-il de l'air ? »
« -des machines peuvent-elles faire de l'air ? »
Certains enfants pensaient qu'il y avait de l'air dans la classe, d'autres qu'il y en avait seulement dehors. Les enfants qui pensaient qu'il n'y avait pas d'air dans la classe s'appuyaient sur la langue française. En effet les adultes vont dire fréquemment :
« -ouvre la fenêtre il faut faire rentrer l'air »
« -nous allons sortir et prendre l'air ».

E.D.  : Vous êtes face à une explication très rationnelle. Ce n'est pas du tout l'enfant perdu dans son imagination au contraire.

S.C.  : Au contraire.

E.D.  : Qu'est-ce qui se passe si on laisse finalement ces fausses représentations flotter et si on fait un cours un petit peu habituel ?

S.C.  Les enfants à priori ne changeront pas leur conception initiale tant que l'expérience ne leur permet pas une construction de savoir.

E.D.  : Et là en l'espèce vous avez mis en place quel type d'expérience ?

S.C.  : Une expérience toute simple. On a pris des sacs plastique et on en a fait des petits parachutes. Donc on pouvait attraper de l'air. En resserrant le sac plastique, en faisant un petit trou, le sac s'est dégonflé mais c'était bien de l'air qui sortait.
On avait réussi à « prendre l'air ».

 

Ce travail a obtenu un prix « Main à la Pâte » remis à l'Académie des sciences le 1/02/2005.