La Terre et son manège

Emmanuel Davidenkoff  : Vous allez nous parler d'une expérience pratiquée pratiquement pendant toute une année avec des enfants de cycle III donc âgés de 9 à 11 ans. Au départ vous avez des programmes scolaires qui vous disent qu'il faut apprendre aux enfants l'articulation Terre-Soleil-Lune. Tout ce qu'on vous demande c'est de faire des relevés avec les enfants avec des petits bâtons qu'on appelle des gnomons, qui permettent de mesurer les ombres ?

Christophe Le Deit : Voilà. On leur demande de partir des gnomons pour avoir des observations directes et essayer d'apporter des réponses aux différentes questions que se posent les enfants à partir de là. Ils font beaucoup d'hypothèses.

E.D.  : Alors par exemple ils se demandent si la Terre tourne autour du Soleil ou autour d'elle-même. Comment faites-vous, vous leur donnez la réponse ?

C.L.D.  : Non. Justement on part d'un petit matériel simple : une lampe de poche et une balle en mousse par groupe. Ils font des manipulations pour essayer de trouver la bonne réponse et justement dans ce cas précis, il est impossible d'apporter la réponse directement. Dans ces cas là j'apporte un document. Là j'avais pris un document de Copernic. C'était très intéressant parce que c'était lié au programme d'histoire et c'était l'occasion aussi de montrer les difficultés à l'époque d'être scientifique et les grosses difficultés à imposer ses idées face à la puissance de la religion.

E.D.  : Vous en avez aussi profité pour faire de la technologie.

C.L.D.  : Lorsque nous avons déterminé tous les mouvements du système Terre-Soleil-Lune, nous avons décidé de réaliser une maquette motorisée simulant ces mouvements. Tout cela avec un seul moteur. Donc cela nous obligeait à étudier la transmission du mouvement, la réduction du mouvement.

E.D.  : Quand on est enseignant est-ce que c'est compliqué de réorganiser toute une année, de traiter les programmes de cette façon là ?

C.L.D.  : C'est évident qu'on ne peut pas tout traiter de cette façon là mais l'avantage d'une telle approche c'est déjà une grande motivation pour les enfants et puis ça permet d'articuler l'ensemble de la classe autour de ce projet.

 

Ce travail a obtenu un prix « Main à la Pâte » remis à l'Académie des sciences le 1/02/2005.