La démarche d'investigation, comment faire en classe ?

Quelques questions fréquentes d’enseignants

1- Comment démarrer un nouveau sujet ?

On dit très souvent que l’intérêt de l’enfant doit être central dans ces activités d’investigation. Cela ne veut pas dire qu’il faille impérativement partir des centres d’intérêt a priori des enfants. De la même manière, prévoir une mise en scène pour qu’il n’y ait qu’un seul enfant qui se préoccupe du sujet ne garantit pas la mobilisation de toute la classe sur le sujet en question. Il est possible de démarrer un sujet de manière relativement artificielle, à condition d’amener les enfants à se questionner.

2- Doit-on tolérer les écarts orthographiques dans le cahier d’expériences ?

Dès l’instant où les élèves produisent eux-mêmes des écrits, il faut s’attendre à des erreurs notamment orthographiques et grammaticales. C’est normal : cela traduit le fait qu’ils ne sont pas capables de faire ce qu’ils n’ont pas encore appris… Si c’est le maître qui corrige, il est peu probable que cela se traduise par un progrès chez l’élève. Il est de loin préférable que ce soit l’élève lui-même qui s’en charge. Mais le risque est alors de transformer les activités scientifiques en séances d’orthographe et d’aboutir à une lassitude (voire un blocage) des élèves. Une certaine tolérance paraît donc nécessaire. Pour autant, aller trop loin dans celle-ci aboutirait à l’effet pervers consistant à laisser croire aux élèves qu’il n’y a qu’au moment des séances de langue maternelle qu’ils doivent être attentifs à l’orthographe. On les priverait d’une occasion supplémentaire pour exercer leur attention face aux règles orthographiques qu’ils sont censés connaître, reconnaître et appliquer. Pour que l’orthographe soit peu à peu maîtrisée en fin d’école primaire, il faut lui accorder un effort permanent, y compris pendant les activités scientifiques.
Toute la compétence de l’enseignant consiste à exercer une exigence raisonnable sur ses élèves :

- suffisamment forte pour ne pas tolérer une écriture qui ne tiendrait aucunement compte des apprentissages en cours ou passés dans le domaine de la langue ; il s’agit de développer des automatismes de fonctionnement/comportement de rédacteur.

- mais aussi correctement dosée pour ne pas détourner certains élèves de l’envie d’écrire qui, souvent, se manifeste dans les activités scientifiques.
Remarque : il est conseillé d’informer les parents des « règles du jeu » adoptées dans le cahier d’expériences afin qu’ils n’interprètent pas la présence d’erreurs comme du laxisme, voire de l’incompétence de la part de l’enseignant(e).

3- Comment s’appuyer sur les acquis antérieurs des élèves issus de classes différentes ?

Une solution réside en partie, dans les outils mis en place pour assurer la continuité des apprentissages d’une classe à l’autre, voire d’une école à l’autre. Le cahier d’expériences que l’élève conserve durant sa scolarité, est l’un de ces outils.
Le cahier journal du maître, les progressions, programmations sont aussi des outils de continuité qui pourront renseigner les maîtres sur ce qui a été traité antérieurement.
Enfin, au cours de la séquence elle-même, il est souvent possible de dégager plusieurs questionnements ou plusieurs composantes du même questionnement, ce qui permet de faire travailler sur un même thème des élèves ayant des acquis différents.

4- Comment écarter les argumentations erronées sans écarter les élèves auteurs eux-mêmes ?

Cette question pose le problème de l’amalgame souvent établi entre l’auteur et l’idée exprimée. L’esprit scientifique consiste, entre autre chose, à distinguer le contenu (l’hypothèse par exemple) du contenant (l’auteur de l’hypothèse). On peut affirmer que faire preuve d’un esprit scientifique, c’est admettre presque comme constitutif le droit à  l’erreur et au tâtonnement, fruits d’une pensée toujours fondée même si elle s’avère inexacte ou incomplète. Il est donc du rôle du maître de ne pas systématiquement prendre en compte toutes les propositions erronées mais de ne pas non plus les rejeter systématiquement. Certaines permettront de faire avancer l’étude en cours. Par ailleurs, les rapports établis dans la classe entre toutes ses composantes humaines doivent permettre l’accueil de toute les propositions et leur traitements sans jugement sur les personnes, mais en mettant le savoir questionné à l’épreuve. La posture professionnelle de l’enseignant est fondamentale dans ce domaine.

5- Que faire si les élèves ne posent pas de questions ?

Le questionnement peut venir du maître, mais prévoir un questionnement suffisamment  ouvert pour ne pas bloquer les élèves et suffisamment complexe pour qu’ils ne trouvent pas immédiatement la réponse (cf. plus haut)

6- Que faire quand un élève fournit immédiatement la solution à toute la classe (par exemple lors d’un débat) ?

La prendre comme hypothèse au même titre que les autres. L’énoncé de la solution par un élève ne remplace ni le débat, ni l’expérimentation. Rester neutre, imperturbable.

7- Demander leurs hypothèses aux élèves est une idée intéressante. Mais alors ne risque-t-on pas de se retrouver face à un grand nombre d’hypothèses différentes : faut-il toutes les vérifier, est-ce possible ?

Il faut toutes les faire émerger, mais il est rarement souhaitable de les vérifier toutes
Les hypothèses doivent être discutées. Le tri entre celles qui sont traitées et celles qui peuvent être rejetées doit être explicité avec les élèves : certaines ne sont pas vérifiables, d’autres peuvent être momentanément écartées par l’argumentation.
Certaines hypothèses peuvent être mises de côté momentanément pendant qu’on en expérimente une autre. Quelquefois, l’expérimentation rend inutile le retour sur l’hypothèse provisoirement mise de côté.

8- Comment gérer au mieux le bruit, l’excitation, le dérangement qu’occasionne souvent une activité expérimentale ?

Acquérir un comportement adapté est un apprentissage qui ne concerne pas seulement les sciences. Une pratique régulière est nécessaire.
Le maître doit avoir fixé des objectifs comportementaux et donc viser une progression chez ses élèves.
Mais, les objectifs sont à adapter au comportement initial des élèves et à leur âge. Il doit donc choisir l’activité expérimentale en tenant compte du comportement de sa classe.
Prévoir une bonne organisation de l’espace, du matériel et du temps. La phase expérimentale doit être courte au début (il faut savoir s’arrêter, même si des groupes n’ont pas fini) ;
Revenir en permanence sur les règles de vie de la classe. Montrer sa présence, circuler. Ne pas baisser les bras
Les élèves ont besoin de faire des expériences. C’est une composante importante du développement de la pensée.

9- Les élèves ne savent pas travailler en groupes. N’est-il pas, dès lors, très difficile de faire des sciences ?

Il faut considérer le travail de groupes comme un véritable apprentissage.
Pour cela, ne pas hésiter à déplacer les tables pour que tous les élèves et le maître soient bien installés. Donner des rôles à chaque membre du groupe (président, secrétaire, responsable du matériel, etc.).
Ne pas hésiter à continuer si les premières séances n’ont pas été exemplaires : c’est le prix à payer pour apprendre.
Imposer un certain nombre de règles auxquelles il est important de se tenir comme
- les rôles
- un découpage précis du temps
- les consignes : ce que les enfants doivent faire et produire
- un signal si le niveau sonore est trop élevé

varier les demandes de production des groupes (faire un texte, un schéma, une affiche, un exposé, des hypothèses, de la recherche documentaire, répondre à un questionnaire.

*Questions et réponses extraites
1-du « Guide des formations adaptées à la mise en œuvre des programmes rénovés de l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école primaire ». Ministère Education Nationale. France,
2- d’un document en ligne sur le site de l'Académie de Grenobles