La démarche d'investigation, comment faire en classe ?

Traces écrites

L’expression « traces écrites » englobe plusieurs documents différents : textes, dessins, schémas, graphes, tableaux, affiches, etc.
Les élèves sont invités individuellement ou en groupe à produire des écrits (textes, dessins, schémas, graphes) qui sont acceptés en l’état et utilisés en classe comme moyens pour mieux apprendre. Les élèves possèdent chacun un cahier d’expériences qui comporte en général trois types d’écrits bien distincts : les écrits individuels, les écrits intermédiaires et les écrits collectifs, les deux premiers étant libres, peu organisés tout au moins au début. En effet, progressivement avec l’aide du maître mais aussi par autocorrection, l’élève organise ses notes, améliore son orthographe et son expression écrite.

a) Les écrits individuels : selon l’âge des enfants, cette partie individuelle comprend des dessins (essentiellement pour les 5-6 ans qui ne savent pas encore ni lire ni écrire), des schémas, des textes divers, un protocole expérimental, le matériel nécessaire, une hypothèse et ce que l’élève pense faire ou voir, un compte rendu de l’expérience réalisée, les résultats.
L’objectif de ce type d’écrits est d’aider non seulement l’élève à se souvenir mais aussi à structurer sa pensée. C’est bien souvent en écrivant que l’on est amené à réfléchir et, comme le dit cet enseignant « Quand les élèves avaient peu écrit, ils avaient insuffisamment réfléchi et le débat qui s’instaurait pour valider les hypothèses dans les échanges collectifs à l’oral était pauvre sans cette phase d’écriture ». Il est donc très important que chaque enfant l’utilise sans crainte d’être jugé par l’enseignant (fautes d’orthographes, contresens, dessin incomplet ou  avec trop d’embellissements, conclusion erronée…) et comprenne qu’il s’agit d’un support à l’activité scientifique. C’est la raison pour laquelle nous proposons de ne pas juger ces écrits individuels à ce stade ni dans un premier temps de les corriger. Une contrainte cependant : l’enfant doit pouvoir se relire.
Comment faire ?
Se réserver des moments (pas trop longs) où les élèves écriront chacun sur son cahier. Cela peut consister à demander de dessiner un montage expérimental, à faire des prévisions en justifiant sa prévision (par exemple prévoir si tel objet va couler ou flotter en essayant de dire pourquoi - à élaborer un protocole expérimental, etc.

b) Les écrits intermédiaires. Ces écrits sont en général des écrits de groupe et ont très souvent pour vocation de communiquer aux autres ce que le groupe pense et/ou a fait. Il s’en suit que cet écrit est plus travaillé dans sa forme que l’écrit individuel puisque les autres élèves de la classe doivent pouvoir le lire et le comprendre. Il se présente sous différents formats : affiche, compte rendu de groupe, etc. et ne devrait pas en principe comporter de fautes d’orthographe, mais il peut comporter des dessins incomplets, des contresens et des conclusions erronées.
Comment faire ?
Il s’agit à chaque fois que les élèves travaillent en groupe de leur demander un écrit précis : écrire une affiche, un protocole expérimental, dessin en vue d’une réalisation d’objet technique….

c) Les écrits de la classe ou écrits collectifs. Il s’agit de traces élaborées collectivement en classe entière avec l’aide du maître qui aide à la formalisation et à l’organisation et qui veille à ce que ces écrits ne s’éloignent pas du savoir établi par la communauté scientifique. Ces écrits ont en effet le statut de « savoir » (cela est l’équivalent du résumé qui est bien souvent dicté par le maître mais qui, ici, est élaboré par la classe et le maître) et se  distinguent des autres écrits soit par la couleur de la feuille ou de l’encre utilisée ou parce qu’ils sont dans des encadrés, sur une affiche… L’exigence sur le respect des règles orthographiques et syntaxiques est ici très grande.
            L’ensemble de ces écrits permet à l’enfant de réaliser les progrès qu’il a fait, de se souvenir de ce qui a été fait et de constater l’évolution de sa pensée au cours de l’année, voire de plusieurs années successives. Par ailleurs, la lecture par le maître des écrits individuels et intermédiaires lui permet de suivre le cheminement personnel de l’élève et du groupe, de prendre connaissance des idées préalables, des essais, erreurs, et progrès. C’est souvent en lisant ce cahier que l’enseignant s’aperçoit que telle notion, qu’il croyait être bien assimilée par l’ensemble de la classe, a été comprise totalement différemment, et cette lecture lui permet d’organiser et de modifier le contenu des séances de classe plutôt que d’attendre l’évaluation qui peut avoir lieu plusieurs semaines plus tard. Cependant, il est nécessaire d’être vigilant à ne pas transformer totalement une classe de sciences en cours de langue maternelle et de faire seulement en sorte que les activités scientifiques donnent à l’élève une occasion supplémentaire de s’exercer à la pratique de l’écrit, de l’oral et de renforcer ses compétences langagières.

Comment faire ?

Lorsque les enfants sont jeunes, et qu’ils ne savent pas encore écrire, l’enseignant leur demande de représenter ce qu’ils ont vu ou fait. Or, bien souvent, ces mêmes enfants représentent, en plus des objets étudiés, le Soleil, des fleurs, la maîtresse…C’est en précisant les questions que l’on arrive à ce que les enfants comprennent ce qu’ils doivent représenter. Par exemple si de jeunes enfants travaillent sur les ombres, c’est en leur demandant explicitement ce qu’il faut pour avoir des ombres qu’ils se focaliseront sur le matériel et non sur la maîtresse.
De même plus tard, lorsqu’ils travaillent en électricité, au début ils représentent une pile, une ampoule et des fils qui arrivent un peu n’importe où sur l’ampoule. C’est en leur demandant de dessiner les montages qui marchent (l’ampoule brille) et ceux qui ne marchent pas (l’ampoule ne brille pas) qu’ils réalisent eux-mêmes l’importance du culot et du plot de l’ampoule.
Avec des enfants de 5 ans, il est possible de leur proposer une structure de cahier comme le montre l’illustration suivante : ces enfants sont habitués à faire des dessins qui correspondent à des questions précises

D’autres enseignants utilisent aussi un codage différent selon les âges, comme l’indique l’illustration suivante, ce qui aide à structurer le cahier, la partie individuelle comme la partie collective :


Circonscription de Mâcon- Evelyne Villard

D’autres enseignants peuvent aussi afficher dans leur classe un document plus complet auquel enseignant et élèves se réfèrent en permanence (cf. annexe 2)

Liens entre écrits individuels, intermédiaires et collectifs

Donnons, à titre d’illustration deux exemples :

- Un enseignant demande à ses élèves de relever la température d’un glaçon au cours du temps et de noter individuellement les résultats de mesure. L’enseignant constate alors que ces résultats sont présentés un peu n’importe comment. Il regroupe quelques présentations sur une même feuille et demande aux élèves réunis en petits groupes de travailler sur ces présentations afin de dégager ce qui manque, ce qui est important de faire apparaître et comment le faire apparaître. Une mise en commun permet d’établir collectivement une façon de présenter (en tableau) les résultats, présentation qui sera ensuite utilisée sans aucune difficulté par tous les élèves de la classe. Ce travail a pris du temps mais l’acquis est là car les élèves ont ensuite, d’après leurs cahiers, présenté tous de façon correcte les résultats de mesure.

- De même, il est possible de demander à des élèves plus âgés (9-10 ans) d’écrire individuellement un compte rendu d’expérience sans aucune consigne de la part du maître. Le résultat est très varié : des compte rendus comprenant trois lignes, d’autres des dessins et peu de textes ou le contraire…. Là encore l’enseignant peut choisir quelques compte rendus très différents et demander à des groupes d’élèves de travailler sur l’un d’eux et de dégager ce qui manque, ce qui devrait apparaître, etc. La mise en commun permet alors d’élaborer collectivement ce que doit comporter un compte rendu. Là encore, il est possible de penser que cela prend du temps mais l’acquisition est loin d’être négligeable !

Exemples d’écrits individuel et collectif

Voici (à gauche) un extrait du cahier de Sidonie d’une école de Bergerac qui a, comme les autres élèves, observé des sabliers et écrit ce qu’elle avait remarqué et les questions qu’elle se posait. Après cela, les enfants ont mis en commun leurs observations et réflexions (à droite).

 
Écrit individuel                                                              Écrit collectif

Voici des écrits intermédiaire et collectif réalisés par des élèves de cycle 3 à l’occasion du module « Vivre avec le Soleil »
Ecrit intermédiaire


Ecole A. Pajeau, Antony - France

Ecrit collectif


Ecole A. Pajeau, Antony - France