Darwin et l'évolution

Biographie de Charles Darwin
Auteurs : Didier Pol(plus d'infos)
Résumé :
Petite biographie de Charles Darwin à l'occasion de l'année 2009, décrétée "Année Darwin"  à l'occasion du bicentenaire de sa naissance et du cent-cinquantenaire de la publication de son ouvrage fondateur "L'Origine des espèces".
Publication : 11 février 2009

Charles Darwin est probablement un des scientifiques qui aura laissé l’une des traces les plus marquantes et les plus durables dans l’histoire de la biologie. En effet, en formulant une théorie de l’évolution fondée sur des données scientifiques documentées et cohérentes, reliées par un mécanisme explicatif et qui, aujourd’hui, constitue l’une des grandes théories unificatrices de la science contemporaine, il a contribué plus que tout autre à la convergence des multiples disciplines qui composent les sciences biologiques.

C’est dans son ouvrage princeps paru le 24 novembre 1859, intitulé On the Origin of Species by Means of Natural Selection or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (Sur l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races les meilleures dans la lutte pour la vie) qu’il a rendu publique pour la première fois sa théorie de l’évolution. Il publia aussi de nombreux articles scientifiques, notamment de géologie sur la formation des récifs coralliens ou sur celle des îles volcaniques ainsi que des monographies de zoologie, en particulier sur les Cirripèdes, un groupe de curieux crustacés souvent confondus avec des mollusques et qu’il qualifiait « d’odieux ». Il publia également plusieurs livres, en particulier L’Origine de l'Homme et la sélection liée au sexe, puis L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux.


Balanes (crustacés cirripèdes) sur une coquille



Darwin est né le 12 février 1809 à Shropshire (Angleterre), l’année même de la parution de l’ouvrage de Lamarck, Philosophie zoologique, dans lequel ce dernier exposait la notion de transformisme. Darwin était originaire d’un milieu favorisé et cultivé. Son grand père Erasmus Darwin était médecin, mais aussi poète, et il se rendit célèbre par la publication de Zoonomia ou les lois de la vie organique en 1796, livre qui affirmait l’origine commune de tous les êtres vivants et qui fut mis à l’index par l’Église catholique. À l’école, il s’intéresse beaucoup à la zoologie, mais aussi aux plantes, à la poésie, à la peinture ainsi qu’à la médecine en accompagnant son père médecin dans ses tournées. Il entreprend à sa suite des études de médecine, mais y renonce après deux ans, puis se lance dans des études de théologie afin de devenir pasteur. Cependant, au cours de cette période passée à l’université d’Édimbourg, il étudie les sciences naturelles avec A. Sedgwick et J. Henslow, respectivement professeurs de géologie et de botanique qui deviennent ses amis. C’est d’ailleurs J. Henslow qui le recommande auprès de Robert Fitz Roy, capitaine du HMS Beagle, en partance pour un voyage d’exploration en 1831. Fitz Roy cherche quelqu’un pour aider le naturaliste du bord à cartographier les côtes d’Amérique du Sud, l’objectif principal du voyage.


HMS Beagle (source : Wikimedia Commons)

Le voyage du Beagle autour du monde (source : Wikimedia Commons)


Le Beagle était un navire jaugeant à peine 240 tonneaux emportant à son bord 76 passagers et membres d’équipage. Son périple va durer près de cinq ans et il va faire le tour du monde. Ce voyage se révélera déterminant pour Darwin et le conduira à formuler 10 ans plus tard sa théorie de l’évolution, en la fondant notamment sur la multitude d’observations scientifiques réalisées tant au cours du voyage que de retour en Angleterre et sur les échantillons (plus de 5 000) et les notes (plus de 1 500 pages) accumulés. En effet, Darwin ne se contente pas de faire de la cartographie. Il décrit minutieusement la géologie des régions explorées, la faune et la flore, il compare ses observations avec celles relatées dans la littérature scientifique, recueille des quantités considérables d’informations, aussi bien directement par ses observations, qu’indirectement en interrogeant les populations et il recoupe ses informations pour les valider. Il étudie ainsi de nombreux groupes d’animaux et réfléchit à la signification des données récoltées. À son retour, il se réservera l’étude d’une partie des spécimens récoltés, ceux qui l’intéressent le plus car problématiques, et confiera les autres à des spécialistes. Tous ces travaux seront à l’origine de nombreuses publications.

Dans les Îles Galapagos, il s’intéresse particulièrement aux pinsons dont il dénombre 14 espèces différentes, non seulement entre elles, mais aussi de celles du continent. Le vice-gouverneur Lawson lui fait remarquer que, de manière étrange, chaque espèce provient d’une île différente. Darwin déclara d’ailleurs lui-même : « L’idée ne m’était jamais venue que la faune d’îles séparées par quelques miles à peine et d’endroits soumis à des conditions physiques identiques pût être dissemblable. » Il remarqua aussi que les populations de tortues sur chaque île avaient des caractéristiques tellement distinctes les unes des autres que les habitants pouvaient dire de quelle île provenait n’importe quelle tortue simplement en la regardant.

Cependant, cette observation commença à le préoccuper et il indiquera un peu plus tard : « On pourrait imaginer vraiment qu’à partir d’un petit nombre d’oiseaux vivant à l’origine dans cet archipel, une espèce a été prise et modifiée dans des buts différents… ». Mais ce n’est que 23 ans plus tard qu’il rendra publique sa théorie de l’évolution. Vers 1844, il commence à la formuler par écrit, mais ne diffuse son travail qu’à des naturalistes proches de lui. À cette occasion, il écrivit à son ami, le grand botaniste Hooker : « Enfin un rayon de lumière m’est venu et je suis presque convaincu que les espèces ne sont pas (c’est comme si j’avouais un crime) immuables. Je pense que j’ai découvert (c’est une présomption) le moyen simple par lequel les espèces deviennent remarquablement adaptées à des fins variées. »



Quatre espèces de pinsons des Îles Galapagos (source : Wikimedia Commons)

Sa théorie se fonde sur l’idée que de petites modifications dues au hasard sont triées par une sélection naturelle qui s’exerce dans la compétition entre les membres d’une même espèce pour les ressources alimentaires, la reproduction ou la protection des descendants. Envisagé sur de très longues périodes - le célèbre géologue Lyell a démontré à cette époque que les temps géologiques se comptent en millions d’années - ce mécanisme pourrait conduire à la formation d’espèces nouvelles.


Couverture de l'édition originale
(source : Wikimedia Commons)

Mais Darwin retarde sans cesse la publication de sa théorie car il craint les réactions négatives du milieu scientifique. C’est une lettre, envoyée des Îles Moluques en 1858, qui va le décider. Dans ce courrier, qu’il transmet immédiatement à Lyell, Alfred Russel Wallace, un naturaliste autodidacte vivant en Asie, lui soumet une théorie similaire à celle qu’il a rédigée dès 1842. Aussi, Lyell et Hooker, botaniste contemporain réputé, présentent simultanément devant la société linnéenne de Londres, le 1er juillet 1858, les notes de Darwin et de Wallace qui font immédiatement grand bruit.

Dès lors, Darwin se lance dans l’écriture d’un ouvrage pour le grand public et, le 24 novembre1859, la première édition de The Origin of Species by Means of Natural Selection, or The Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life (L’origine des espèces par la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie) est publiée.

Sa théorie est très mal reçue par les églises catholique et protestante qui le condamnent fermement. Il en sera de même lorsqu’il publiera The Descent of Man and Selection in Relation to Sex (L’Origine de l’Homme et la sélection liée au sexe) en 1871. Pourtant, peu à peu, les églises chrétiennes en viendront à considérer que l’évolution n’est pas incompatible avec la religion, même si, aujourd’hui, il faut faire face aux offensives des créationnismes ou de l’Intelligent design.

Darwin mourra sans avoir eu connaissance des données apportées par la génétique. C’est pourtant en 1865 que sont publiés les travaux fondamentaux de Grégor Mendel qui vont conforter sa théorie. Mais cette publication d’un obscur moine de Moravie ne fut guère diffusée. Darwin s’est éteint à Down, le 19 avril 1882. Son corps repose à l’abbaye de Westminster à Londres. Depuis la publication de sa théorie, toutes les nouvelles découvertes, de l’embryologie à la biologie moléculaire en passant par l’anatomie comparée et les autres disciplines constituant la biologie sont venues confirmer l’idée centrale de Darwin, même si, bien évidemment, sa théorie a été considérablement développée et précisée. Bien que d’autres avant lui aient formulé l’idée d’évolution de diverses manières, il reste considéré comme le « père » de la théorie de l’évolution et l’aphorisme de Theodosius Dobzhansky (1900-1975), un des grands généticiens du XIXème siècle, selon lequel « Rien n’a de sens en biologie, si ce n’est à la lumière de l’évolution » conserve tout son sens.