Faut-il manger du Nuletta ?

Faut-il manger du Nuletta ?


Bloc 4 : Argumenter A partir du Cycle 3 2 activités
  • Objectif : à partir de questions d’ordre scientifique et éthique soulevées par des articles de presse liés à une controverse, analyser des faits pour se forger une opinion personnelle. Apprendre à se placer du point de vue d’autrui pour mieux comprendre les enjeux, découvrir que les situations peuvent être complexes et qu’un avis peut être nuancé.
  • Enseignements / Disciplines engagé(e)s : EMC, EMI, Français, Questionner le monde.
  • Compétences associées : Pratiquer, avec l’aide du professeur, quelques moments d’une démarche d’investigation – Exploiter un document constitué de divers supports (texte, schéma, graphique, tableau, algorithme simple) – Problématisation – Conceptualisation – Argumentation – Pratiquer une démarche d’investigation : savoir observer, questionner – Justification rationnelle.

Activité 1 : Une alerte au Nuletta ?

Objectif général : Introduire la notion de controverse, à partir d’une discussion.
Déroulé et modalités : A partir de questions d’ordre scientifique et éthique soulevées par des articles de presse liés à une controverse (phase 1), la classe mène une discussion à visée philosophique (phase 2).
Durée : 1 h à 1 h 15
Matériel : • Pour chaque groupe d’élèves : un exemplaire des fiches 1a et 1b.
• Pour l’enseignant : la fiche « comment mettre en place une activité de débat à visée philosophique ? », un support pour les traces écrites des élèves, éventuellement un enregistreur pour réécoute et retranscription.
Message à emporter : Certains sujets ne mettent pas tout le monde d’accord, on dit qu’ils sont sujets à controverse.

Déroulé possible

Phase 1 : Étude documentaire (environ 20 min)

Objectif : Analyser des coupures de presse soulevant des questions d’ordre philosophique et éthique, approcher la notion de controverse.

L’enseignant place les élèves par binômes ou par groupe. Chaque groupe reçoit une coupure de presse : soit l’article « Alerte au Nuletta ! » (Fiche 1a), soit le communiqué de presse de la société Nuletta (Fiche 1b). Il est recommandé de faire travailler plusieurs groupes sur chacun des documents afin d’enrichir les échanges lors de la mise en commun.

Les groupes travaillent en autonomie autour des questions suivantes :

  • Quelle est la nature du document ?
  • Dans quel type de média a-t-il été diffusé ?
  • Quel est son thème général ?
  • Listez deux ou trois informations contenues dans le document qui vous semblent très importantes.

Phase 2 : Discussion à visée philosophique (environ 40 min)

Objectif : S’engager dans une discussion à visée philosophique.

La question « faut-il manger du Nuletta ? » est à présent soulevée, en lien avec la consommation d’huile de palme. L’enseignant propose à la classe d’en parler, à la fois sur la base des documents qui viennent d’être étudiés et du vécu personnel des élèves.

Note pédagogique
La typologie de discussion proposée ici s’inspire des activités de philosophie pour élèves introduites par M. Lipman dans les années 1970 aux États-Unis.

Les élèves et l’enseignant, parmi eux, se placent en cercle. L’enseignant rappelle alors les règles de la discussion à visée philosophique, dont l’objectif est d’avancer ensemble sur une question importante posée, et non « d’avoir raison ». On cherche avec les autres, on ne lutte pas contre eux. Il ne s’agit pas, ici, de défendre l’opinion contenue dans le document que l’on a étudié en phase 1. Les règles sont présentées dans la fiche « comment mettre en œuvre une activité philo en classe ».

L’enseignant décide à l’avance la durée de la discussion (de 30 à 45 min en fonction de l’âge et des habitudes des élèves). Cette durée ainsi que l’installation en cercle sont annoncées à l’avance aux élèves au même titre que les autres règles : ces éléments permettent d’encadrer la discussion et de lui donner son caractère philosophique (en sortant de la discussion libre et non réglementée).

La discussion commence. Certains enfants consom­ment l’équivalent du Nuletta à la maison, d’autres non, et les raisons sont évoquées (les leurs ou plus vraisemblablement celles de leurs familles). Certains enfants auront déjà entendu parler de la controverse au sujet de l’huile de palme. Certains auront peut-être visité des zoos ou musées où une information est donnée à ce sujet. Certains enfants seront peut-être originaires d’Asie ou d’Afrique, où l’huile de palme entre dans la composition de la cuisine traditionnelle. Le champ des possibles est vaste.

Pendant la discussion, l’enseignant reformule les propos des élèves, les étaye, au besoin relance la discussion autour d’un point prometteur, met en évidence les arguments partagés, les points de désaccord, fait remarquer en quoi consiste une affirmation argumentée, gère la prise de parole, peut demander à un élève de reformuler, préciser, développer, valorise ce qui est dit, encourage, ne juge pas, peut demander de l’entraide entre élèves si besoin. Il ne donne pas son propre point de vue.
Au cours de ce débat, on ne vote pas : la discussion philosophique n’a pas pour but de prendre une décision de façon démocratique mais d’étayer des arguments et de préciser des concepts, d’enlever des ambiguïtés de la pensée, ensemble, par l’argumentation collective.

A la fin de la discussion l’enseignant peut demander aux élèves de noter dans leur cahier, par une phrase, des mots ou un dessin, une synthèse de la discussion ou une conclusion collective (s’il y en a une). L’expression d’une opinion personnelle intermédiaire est possible. Elle sera de toute façon proposée en fin de la séquence globale.

Une phrase de conclusion plus générale sur la notion de controverse peut être rédigée par la classe, par exemple : « Certains sujets ne mettent pas tout le monde d’accord, on dit qu’ils sont sujets à controverse. Dans ce cas, on se demande comment faire pour se faire une opinion solide (fondée) pour soi-même. »


Activité 2 : Quelle position adopter vis-à-vis de l’huile de palme ?

Objectif général : Apprendre à se placer du point de vue d’autrui pour mieux comprendre les enjeux, découvrir que les situations peuvent être complexes et qu’un avis peut être nuancé.
Déroulé et modalités : Par un jeu de cartes argumentatif, les élèves explorent la question de l’huile de palme contenue dans une pâte à tartiner fictive : le Nuletta (phase 1). Ils sont invités à tenter de comprendre la posture de personnages ayant des intérêts variés vis-à-vis du Nuletta (phase 2). Enfin, ils sont invités à choisir une posture personnelle vis-à-vis du produit, de façon anonyme.
Durée : 1 h à 1 h 30
Matériel : Pour chaque groupe d’élèves : un jeu de cartes (Fiche 2) et une réglette (Fiche 3)
Message à emporter : Parfois, quand une question est sujette à controverse, il y a des arguments pour et des arguments contre. Ce qui est important est de bien s’informer, pour pouvoir se faire une véritable idée de la question.

Déroulé possible

Phase 1 : Étude documentaire et activité de classement argumenté (environ 30 min)

Objectif : Explorer de façon documentée les différents fondements d’une question soumise à controverse. Considérer et comprendre des faits, de nature scientifique.

Les élèves sont répartis en 5 groupes (important). L’enseignant distribue à chaque groupe une enveloppe contenant un jeu de cartes « faits relatifs à l’huile de palme contenue dans le Nuletta ». Il demande alors aux élèves de prendre connaissance des cartes et de les organiser dans l’espace de la table, en rassemblant ensemble celles qu’ils souhaiteraient associer. Une rapide mise en commun permet de faire le tour des catégories proposées par les élèves, par exemple celles rassemblant les cartes en lien avec la santé, celles évoquant plutôt les questions environnementales, celles évoquant des propriétés en lien avec l’industrie… ou celles rassemblant les alternatives à la consommation du Nuletta. Une carte, très factuelle, reste souvent seule : c’est la carte indiquant quelle est la consommation moyenne d’huile de palme par habitant, par an.

D’autres élèves auront peut-être plutôt proposé un classement sur les avantages ou les inconvénients de l’utilisation de ce produit, et leur réflexion peut servir de transition : chaque groupe reçoit un exemplaire de la règle à curseur « avantages et inconvénients de l’huile de palme ».

L’enseignant demande alors aux élèves d’organiser les cartes dans l’espace autour d’une réglette à curseurs, qu’il distribue. Quels sont les arguments en faveur de l’utilisation de ce produit ? En sa défaveur ? Y a-t-il des arguments qu’on ne peut placer ni en faveur ni en défaveur, mais plutôt des faits, à mettre au milieu de la règle ? Les élèves travaillent en autonomie puis une mise en commun est organisée. Il y a des arguments en faveur de l’huile de palme, en sa défaveur également. Les deux points les plus discutables (avec des arguments pour et contre) sont ceux soulevés dans la controverse évoquée au tout début de la séquence :

  • Sur la santé : l’huile de palme fait augmenter le taux de mauvais cholestérol… mais aussi du bon. L’alternative est l’utilisation de margarine, qui ne fait augmenter que le mauvais cholestérol.
  • Sur l’environnement : les plantations d’huile de palme provoquent la déforestation de nombreuses régions, avec des conséquences sur les animaux qui y vivent. Il existe une certification attestant d’une agriculture durable du palmier à huile, mais elle est également critiquée car elle ne protège pas tous les types de forêts.

Cette mise en commun souligne que se faire un avis est plus compliqué qu’il n’y parait et qu’il est intéressant d’avoir tous les faits en main.

Phase 2 : Quelle position adopter ? Quelles conséquences sur la vie quotidienne ? (environ 30 min)

Objectif : Envisager la posture de personnages d’intérêts différents, vis-à-vis d’une controverse.

L’enseignant distribue à chacun des 5 groupes une carte « personnage » et les élèves en prennent connaissance. Les personnages sont : l’industriel de la société Nuletta, le primatologue, le consommateur insouciant, le consommateur responsable et le consommateur militant. L’attitude et les enjeux de chacun de ces personnages sont décrits sur les cartes. Il demande alors aux élèves de déterminer à quels faits de leur frise leur personnage est le plus sensible. Qu’est-ce qui va être le plus important pour lui ? Voici un exemple, mais aucune « bonne réponse » n’existe : les élèves seront libres d’argumenter selon leur avis.

  • Il apparaît que l’industriel de la société Nuletta est plutôt sensible aux arguments agricoles, industriels et commerciaux, vers la droite de la règle. Les aspects de santé l’intéressent car ils ne doivent pas être trop en défaveur de son produit.
  • Le consommateur insouciant est celui qui a le moins de cartes associées : il ne s’intéresse pas aux débats ni aux enjeux pour sa santé ou pour l’environnement. La seule chose qui compte pour lui est de retrouver le goût de son Nuletta et de ne pas payer cher, arguments issus de la droite de la règle. Sans le savoir, il a des préoccupations allant dans le sens de celles de l’industriel.
  • Le consommateur responsable aime le goût du Nuletta et ne souhaite pas payer trop cher non plus. A la fois, il est informé des problèmes provoqués par l’huile de palme sur l’environnement. Du point de vue de la santé, il est préoccupé mais reçoit des informations contradictoires. Il sait que des alternatives au Nuletta existent.
  • Le consommateur militant est très soucieux de la défense de l’environnement. Il n’est pas intéressé par les propriétés agricoles ou industrielles de l’huile de palme et considère surtout, en termes de santé, les arguments en défaveur de ce produit. Il ne mange pas de Nuletta, par conviction, et doit absolument trouver des alternatives : il ne se préoccupe pas du prix. L’essentiel des arguments qui l’intéressent sont vers la gauche de la règle.
  • Le primatologue est très soucieux des arguments relatifs à l’environnement, vers la gauche de la règle. Il est à la fois conscient des raisons pour lesquelles les industriels choisissent d’utiliser l’huile de palme, à la droite de la règle. S’il se place en tant que consommateur, se rapprochera-t-il plus du consommateur militant ?

Au cours de la mise en commun, l’enseignant invite la classe à réfléchir aux conséquences directes sur la vie quotidienne des postures des trois types de consommateurs : insouciant, responsable et militant.

Les élèves évoquent, par exemple, que le consommateur insouciant « s’en moque », et qu’il continuera à manger du Nuletta sans se poser de questions. Le consommateur responsable choisira pluôt de se tourner vers les produits sans huile de palme ou faits maison, mais qu’il pourrait aussi bien simplement choisir de diminuer sa consommation de Nuletta et de n’en manger que de temps en temps. Ils ne le voient pas s’impliquer dans des actions de protestation. En revanche, le consommateur militant cessera toute consommation de Nuletta de façon certaine, et entrera dans des actions contre ce produit : manifestations, actions sur internet, port de badges…


Conclusion générale

Individuellement, par groupes ou collectivement, les élèves écrivent une conclusion, par exemple : « La question de l’huile de palme contenue dans la pâte à tartiner est compliquée : il y a des arguments pour et des arguments contre. En fonction de qui on est, de nos obligations ou de nos convictions, nos choix ne sont pas les mêmes et les conséquences sur notre vie quotidienne non plus. Ce qui est important est de bien s’informer, pour pouvoir se faire une véritable idée de la question. »

Enfin, à bulletin secret, l’enseignant peut proposer à la classe de voter pour le personnage de consommateur dont il se sent le plus proche. Les résultats sont alors dépouillés, à titre purement informatif. En général, peu d’élèves se placent encore du côté du consommateur insouciant, et pour cause : ils sont maintenant bien informés.

L’enseignant fait brièvement discuter les élèves autour du rôle que jouent les connaissances scientifiques dans les débats de société. Quand on discute de comment préserver la biodiversité et pourquoi, de santé, de changement climatique, d’énergies, nous nous référons à des connaissances scientifiques, à des faits établis. C’est bien l’une des raisons pour lesquelles il est si important de se familiariser avec ces connaissances à l’école et aussi, en général, de comprendre comment elles sont produites. Ceci fait de nous des citoyens plus informés, capables d’intervenir dans les débats et de faire des choix éclairés, comme le cas du Nuletta l’a bien montré.


Evaluation

L’évaluation de ce type d’activité est bien sûr délicate, et ne peut pas s’apparenter à une évaluation sommative. Elle sera formative, en cours de séquence, et fera l’objet d’une « validation » bienveillante, car elle sera le reflet d’une réflexion en cours de construction.

Nous proposons ici une grille d’observation, qui pourra guider l’enseignant dans cette évaluation. Si les activités de discussion se répètent régulièrement, il pourra utiliser cette grille comme un outil d’évaluation de la progression de chaque élève et de la classe par rapport à cette typologie d’activité. D’autres grilles seront proposées sur le site Internet du module, orientées sur le langage, les arguments développés…


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Partenaires du projet

Fondation La main à la pâte CASDEN